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Société Publié le mercredi 1 septembre 2021 | AIP

Agboville : quand les femmes inventent le marché de médicaments traditionnels (Reportage)

Agboville – "Si tu as coco (hémorroïdes), palu, fièvre typhoïde, ta solution est là...". Tous les jeudis, les criées de nombreuses femmes fusent à hue et à dia dans ce lieu de commerce atypique qui draine du monde : le marché hebdomadaire des médicaments traditionnels d'Agboville.


Avec une clientèle en provenance aussi bien d'Agboville et les localités environnantes, que villes éloignés à travers le pays. Bon nombre de maladies trouvent leurs remèdes sur ce marché dont l'originalité se trouve dans le fait qu'il a été créé et est essentiellement animé et tenu par des femmes. Qui proposent une multitudes des remèdes à base de plante pour diverses pathologies : hémorroïde, tension, diabète, plaies de ventre, maux de tête ou de reins ou encore de poitrine, corps chaud, paludisme, fibrome, hernie, zona, kyste, fatigue, démangeaisons, pour ne citer que ces affections.


« Venez oh venez. Je suis là. Médicament de palu, coco, pipi au lit, bon médicament est là.... », s'époumone une vendeuse. Exposés sur des sachets noirs à même le sol ou sur des tables, les médicaments traditionnels se présentent sous plusieurs formes. En liquide, kaolin, des feuilles séchées ou non, des écosses ou des racines d’arbres, des poudres de toutes couleurs. Des vendeuses présentent leurs produits aux potentiels clients, expliquent la posologie du remède, essaient d’attirer l’attention des personnes qui déambulent par les noms de certaines maladies, dans une véritable foire de l’indigénat.

De 100 à 3000 FCFA


Situé au sein du grand marché d’Agboville, le marché de médicaments traditionnels est tenu essentiellement par les femmes de tout âge, jeunes, ou vieilles, qui viennent des villages environnants. Les prix varient entre 100 FCFA et 3.000 FCFA, des coûts à portée de main. Les posologies sont aussi nombreuses que variées avec parfois des recommandations strictes pour les applications sur la partie concernée, la concoction de suppositoires, des solutions buvables ou pour des bains, des lavements avec parfois des jours d’intervalle, de traitements par inhalation de la vapeur du médicament.


Dans un français peu élaboré, Dési Juliette, vendeuse de médicaments depuis quatre ans, expose ses traitements et leurs prix. « Je vends médicaments. Ça soigne plaies de ventre, maux de tête, maux de reins, corps chaud, ulcère, tout ça soigne. Je soigne les enfants. Je fais la boîte à 500 FCFA. Il y a pour 50 FCFA », dit-elle l’air sérieux et rassurant.


Juste à côté d’elle, N’Cho Béatrice venue du village de Gouabo, est très enthousiaste de présenter ses médicaments qu’elle vend depuis son jeune âge. « Je soigne fibrome, hernie. Tu ne prends pas grossesse je fais ça, maux de reins, la nuit tu ne peux pas faire affaire de madame, je fais ça. Coco, palu, tout je soigne. Il y a pour 500 FCFA, 1000 FCFA et 2000 FCFA. Les clients viennent d’Abidjan, Agboville, Dimbokro pour venir acheter. C’est ma maman qui m’a montré les médicaments », explique-elle.


Les remèdes les plus prisés sont ceux qui soignent l’hémorroïde, le paludisme, les fibromes et les traitements pour résoudre les problèmes de fertilité maternelle, selon Boka Germaine, qui totalise dix ans d’ancienneté dans la vente de ces remèdes traditionnels.


« Les hommes achètent beaucoup les médicaments de coco (hémorroïde) et les médicaments les plus recherchés par les femmes c’est pour les fibromes, Kystes et enfantement. Coco est le premier médicament. Il y a aussi palu, plaies de ventre, c’est ce qui marche le plus. Les clients viennent d’Abidjan, Bouaké, des autres villes. On ne vend pas cher parce que ça vient du champ », fait-elle savoir.


Renommée acquise


Le marché semble avoir gagné en renommée pour les résultats obtenus, aux dires de certains clients ou habitués. Parmi la clientèle, se comptent des revendeurs qui en ont fait une activité en dehors de la ville d’Agboville.


Une cliente, Mme Don Estelle, explique que ce marché lui a été recommandé par sa belle-mère qui est de la région. Elle ne cache pas sa satisfaction. « Mon bébé a des plaies de ventre et cela est visible sur sa bouche. Je suis venue prendre des médicaments et je vais à Abidjan. Ça fait la deuxième fois que je viens ici. Il y a tout ici et ils font de bons médicaments traditionnels. J’ai testé et c’était bon. Ici les médicaments ne coûtent pas chers. Ici, j’ai confiance et c’est pour cela que je suis là », déclare Mme Adon en suivant les prescriptions de la vendeuse.


N’Tapké Lucien, un revendeur, est quant à lui membre d’une équipe spécialisée dans le traitement des malades à l’aide de la médecine traditionnelle Abbey. « Comme on n’a pas les plantes, on vient s’approvisionner sur le marché de la médecine traditionnelle Abbey pour aller soigner les gens. On a tout ici, prostate, tension, cancer, on soigne tout ici. Je vais les revendre à Abidjan », signifie-t-il.


Kouamé Nicole est une habituée de ce marché. Elle y vient au moins trois fois dans le mois.


« Je suis venue spécialement pour payer les médicaments traditionnels. Ce sont des produits Abbey et comme c’est ma région, je maîtrise un peu. C’est de bonne qualité. C’est très bon », insiste-elle, en faisant savoir qu’elle est venue s’approvisionner en médicaments contre le paludisme et la fièvre typhoïde pour les revendre à Abidjan.

Pourquoi pas tous les jours?


Se réjouissant de ce marché tenu par des femmes et qui soulage les malades à moindre coût, une tradipraticienne-guérisseuse, N’Guessan Elise, souhaite qu’une place soit affectée à ces dernières pour que le marché puisse se tenir tous les jours.


« Ce marché de médicaments traditionnels est une très bonne chose et tous les jeudis mes sœurs sont là. Mais il faudrait que les autorités pensent aux femmes et qu’ils leur donnent une place pour qu’elles soient là fréquemment parce qu’après les jeudis il y a des malades mais les gens sont obligés d’attendre les jeudis. Il y a des maladies dont le traitement a vraiment besoin de l’indigénat », explique-t-elle, annonçant qu’elle entreprend des démarches à cet effet.


Une politique nationale de la promotion de la médecine traditionnelle a été élaborée en 2014 avec pour but essentiel de contribuer à l’amélioration de la couverture des besoins sanitaires de la population par une prise en compte effective et efficiente de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles dans le système national de santé. Environ 80% de la population, surtout en milieu rural, y a souvent recours comme alternative aux problèmes d’accessibilité aux soins et aux médicaments de la médecine moderne.


ena/tm

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