Une enquête publiée le 9 février par le média d’investigation français Mediapart révèle des pratiques controversées d’épandage aérien de pesticides dans des plantations de bananes situées à Tiassalé.
En cause : une filiale de la Compagnie fruitière, premier exportateur de bananes en Europe.
Selon les éléments rapportés par Mediapart, un avion léger, capable de transporter jusqu’à 5 000 litres de liquide, aurait procédé, fin 2025, à des pulvérisations répétées au-dessus des parcelles exploitées par la Société de culture bananière (SCB), filiale ivoirienne du groupe basée à Marseille. Les opérations d’épandage se seraient poursuivies plusieurs fois par semaine tout au long de l’année 2025.
Toujours d’après Mediapart, trois substances actives ont été identifiées : le mancozèbe, le fenpropimorphe et le thiophanate-méthyle. Ces produits sont interdits dans l’Union Européenne en raison de leurs risques sanitaires et environnementaux. Certaines de ces molécules sont classées comme « probablement cancérogènes », suspectées d’être des perturbateurs endocriniens ou toxiques pour la reproduction et le développement fœtal.
Deux des cinq pesticides relevés dans l’enquête auraient récemment été interdits dans les aliments entrant en France. Toutefois, si la France a proscrit début janvier l’importation d’une quarantaine de fruits, légumes et céréales traités avec certaines de ces substances, les bananes ne figurent pas à ce stade parmi les produits concernés. La Compagnie fruitière a confirmé à Mediapart l’utilisation des produits cités, tout en s’inscrivant dans le cadre réglementaire applicable dans les pays de production.
Des travailleurs interrogés évoquent des symptômes tels que migraines, vertiges, vomissements ou diarrhées. L’enquête souligne que les salariés resteraient parfois dans les plantations pendant les opérations d’épandage. Rémunérés à la tâche environ 4 centimes d’euro par régime coupé selon les informations publiées – ils hésiteraient à interrompre leur activité, au risque de perdre une part essentielle de leurs revenus. L’exposition ne concernerait pas uniquement les ouvriers agricoles. Une école maternelle construite par la Compagnie fruitière à Spadi, au milieu des plantations, accueillerait les enfants des cadres.
Révèle le média français. Les populations riveraines feraient également état de troubles sanitaires récurrents. Ce nouvel épisode intervient dans un contexte de vigilance accrue à l’égard des multinationales agro-industrielles opérant en Afrique. En décembre dernier, les ONG Transparency International, ActionAid France et Intérêt à agir ont adressé une mise en demeure à la Compagnie fruitière.
Après une décennie d’enquête, elles évoquent de potentielles atteintes aux droits humains et à l’environnement imputées à une autre filiale du groupe, les Plantations du Haut-Penja (PHP), au Cameroun.
L’enquête de Mediapart relance ainsi le débat sur l’usage de substances phytosanitaires interdites en Europe mais autorisées dans certains pays tiers, ainsi que sur les conditions de travail et de protection sanitaire dans les filières d’exportation agricoles. À ce stade, aucune réaction officielle des autorités ivoiriennes n’a été rendue publique concernant ces révélations.
JEAN PRISCA

