À l’occasion de la sortie de son ouvrage « Ce qu’attend l’Afrique, ressources locales, tensions mondiales », Benoît Chevalier a accordé un entretien à Abidjan.net le jeudi 30 avril 2026 à Abidjan-Cocody. Une intervention au cours de laquelle il a livré sa lecture des enjeux économiques majeurs du continent, entre souveraineté, valorisation des ressources locales et industrialisation.
D’entrée, l’auteur pose le cadre : « Ce qu’attend l’Afrique, c’est la liberté de ses choix ». Une souveraineté qu’il distingue clairement de toute logique d’isolement. « La souveraineté, ce n’est pas l’autarcie. Aucun pays ne peut tout faire seul », souligne-t-il, insistant sur la nécessité pour les États africains de définir ce qu’ils doivent produire eux-mêmes et ce qu’ils doivent construire en partenariat. Pour Benoît Chevalier, l’enjeu central réside dans la capacité des pays à maîtriser leurs choix stratégiques, dans un contexte international marqué par des tensions et des crises successives.
Abordant la question des ressources naturelles, l’auteur met en garde contre les dérives classiques observées dans plusieurs économies. « Le risque, c’est de tomber dans une logique de rente qui bénéficie à un petit nombre », explique-t-il. Il évoque également le danger de la “maladie hollandaise”, qui peut fragiliser l’ensemble du tissu économique.
Dans ce contexte, il insiste sur la nécessité pour les pays africains de dépasser la simple exploitation des matières premières. « Il faut transformer localement, structurer des filières et renforcer la résilience économique », recommande-t-il. Prenant l’exemple de la Côte d’Ivoire, il souligne les avancées observées, notamment dans certains secteurs de transformation, tout en appelant à accélérer le rythme.
Pour Benoît Chevalier, l’industrialisation constitue un axe central du développement du continent. Elle permettrait non seulement de créer de la valeur ajoutée, mais aussi de structurer l’économie autour de filières intégrées. « Quand on crée des filières, on crée un écosystème : grandes entreprises, PME, très petites entreprises et même l’informel », explique-t-il.
Toutefois, il insiste sur le fait que cette industrialisation doit être pensée de manière stratégique, en lien avec les capacités locales et les besoins du marché.
L’auteur met également en avant le rôle du capital humain, appelant à une meilleure adéquation entre formation et emploi. « Le plus important, ce n’est pas seulement le savoir, mais le savoir-faire », affirme-t-il, évoquant la nécessité de former des compétences techniques et industrielles adaptées aux réalités économiques africaines.
Au-delà des constats, Benoît Chevalier insiste sur l’urgence de l’action. Selon lui, les décisions prises aujourd’hui par les acteurs politiques et économiques seront déterminantes. « Les choix et les décisions à court terme vont déterminer la trajectoire des quinze prochaines années », prévient-il.
Dans un contexte de « polycrises » économiques, géopolitiques et environnementales, il appelle à une approche lucide et pragmatique, loin des postures idéologiques. Refusant de se positionner entre afro-optimisme et afro-pessimisme, il se définit comme « lucide et enthousiaste ».
Benoît Chevalier porte dans ce livre un regard lucide et enthousiaste sur les mutations et les innovations que ce continent, que l'on traite trop souvent comme un pays, porte en lui.
Selon l’auteur qui fut un haut fonctionnaire et travaillé pour la Banque africaine de développement, l'Afrique est à un carrefour de son histoire: « le chemin qu'elle suivra l'affectera - elle et le monde - de manière inédite. Son parcours résonnera particulièrement en Europe, elle qui cherche également à être souveraine dans ses valeurs et ses intérêts dans un contexte géopolitique tourmenté. », prévient-il. Un éclairage nouveau, engagé et iconoclaste sur le continent africain et ses réalités économiques, culturelles, linguistiques et politiques.
Cyprien K.

