La Côte d’Ivoire a progressivement changé son approche de la question de la jeunesse, selon les chiffres officiels consulté par Abidjan.net ce mardi 18 août 2026. Longtemps associée aux questions d’insécurité et aux conséquences des crises sociopolitiques, la jeunesse ivoirienne occupe désormais une place centrale dans les politiques publiques, notamment à travers des initiatives axées sur l’emploi, la formation, l’entrepreneuriat et l’inclusion sociale.
Avec plus de sept habitants sur dix âgés de moins de 35 ans, la Côte d’Ivoire dispose d’une population particulièrement jeune. Cette réalité démographique constitue à la fois une opportunité pour le développement du pays et un défi pour les pouvoirs publics, notamment en matière d’éducation, d’emploi et d’intégration sociale.
D’après les sources du ministère en charge de la jeunesse, la perception de la jeunesse ivoirienne a longtemps été marquée par les conséquences de la crise post-électorale de 2010-2011, qui a fait plusieurs milliers de morts.
À la sortie de cette crise, de nombreux jeunes se sont retrouvés déscolarisés, désœuvrés et sans perspectives. À Abidjan, certains groupes de jeunes, communément appelés les « microbes », sont alors devenus le symbole d’une jeunesse livrée à elle-même et associée aux problèmes d’insécurité.
Le système universitaire avait également subi les conséquences de la crise. Après deux années de fermeture, plusieurs universités publiques ivoiriennes se trouvaient dans un état de dégradation avancé. Le gouvernement avait alors consacré 100 milliards de francs CFA à la réhabilitation des établissements d’Abidjan et du centre du pays.
Cependant, la reprise du système éducatif ne suffisait pas à résoudre la question de l’insertion professionnelle. L’accès à la formation et l’obtention d’un diplôme ne garantissaient pas automatiquement l’accès à un emploi.
Les chiffres officiels relèvent ainsi que, malgré un taux de chômage inférieur à 3 % selon les données citées de la Banque mondiale, 80 % des personnes sans emploi en Côte d’Ivoire sont âgées de 25 à 34 ans. Une situation qui a progressivement conduit les autorités à revoir leur approche de la question de la jeunesse.
Face à cet enjeu, les pouvoirs publics ont privilégié une politique davantage axée sur l’investissement dans le capital humain, l’employabilité et l’autonomisation des jeunes.
Cette nouvelle orientation s’est notamment matérialisée en 2023, année déclarée « année de la jeunesse » par le président Alassane Ouattara.
La même année, le gouvernement a lancé le Programme Jeunesse du gouvernement (PJGOUV), doté d’un budget de 1 118 milliards de francs CFA sur la période 2023-2025. Ce programme vise à renforcer l’insertion socio-professionnelle des jeunes.
Selon le ministère dirigé par Touré Mamadou , au cours de la seule année 2024, le PJGOUV a permis de sensibiliser 4,7 millions de jeunes, de construire ou de réhabiliter plus d’une centaine de structures de formation et de proposer 1,5 million d’opportunités d’emploi.
Créée en 2015, l’Agence Emploi Jeunes constitue également l’un des principaux instruments de cette politique. Elle intervient dans l’accompagnement des jeunes vers l’emploi et dans la promotion de l’entrepreneuriat.
Herman Nikoué, administrateur adjoint de l’Agence Emploi Jeunes, évoque notamment la création prévue d’un fonds de garantie dédié aux jeunes entrepreneurs. L’agence propose déjà des financements compris entre 100 000 et 25 millions de francs CFA pour accompagner les jeunes porteurs de projets.
Au-delà de l’emploi et de l’entrepreneuriat, l’action gouvernementale s’étend également à l’amélioration du pouvoir d’achat et à l’inclusion économique des jeunes.
Lancée en 2025, la Carte Jeunes cible les personnes âgées de 15 à 40 ans et leur permet de bénéficier de réductions auprès de plus de 150 entreprises partenaires.
C’est le cas de Leila Dosso, coordinatrice du projet, selon laquelle plus de 174 000 jeunes se sont inscrits et plus de 69 000 cartes sont activement utilisées. L’initiative vise ainsi à faciliter l’accès des jeunes à différents biens et services, tout en contribuant à leur inclusion économique.
La politique en faveur de la jeunesse comporte également un volet consacré à l’intégration sociale et à la citoyenneté.
Lancé en 2016, le service civique vise notamment à transmettre aux jeunes les valeurs de discipline, de solidarité et de responsabilité nécessaires à leur insertion dans la société.
Encore limité en nombre de bénéficiaires, le dispositif doit progressivement être renforcé. Les autorités ambitionnent de porter le nombre de bénéficiaires à 31 000 jeunes par an, grâce notamment au déploiement de centres de service civique sur l’ensemble du territoire national.
Une attention particulière devrait être accordée aux zones situées en dehors du Grand Abidjan, afin d’élargir progressivement l’accès au dispositif à l’ensemble des jeunes du pays.
Selon les éléments consultés , la Côte d’Ivoire est ainsi passée progressivement d’une gestion essentiellement sécuritaire des problèmes liés à la jeunesse à une politique davantage orientée vers l’investissement dans le capital humain.
Emploi, formation, entrepreneuriat, pouvoir d’achat et engagement citoyen constituent désormais les principaux axes de cette politique.
Le principal défi reste toutefois de transformer ces différents programmes et investissements en résultats durables, notamment en matière d’emplois décents, d’autonomie économique et d’insertion sociale.
Pour un pays dont la population est majoritairement jeune, la capacité à offrir des perspectives concrètes à cette génération constitue désormais un enjeu majeur de développement.
Cyprien K.

