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Société Publié le lundi 31 août 2026 | AFP

A Abidjan, trouver un logement est une quête longue et onéreuse

A Abidjan, trouver un logement est une quête longue et onéreuse
© AFP Par Issouf SANOGO
A Abidjan, trouver un logement est une quête longue et onéreuse

Cela fait des mois que Véronique et Faustin Kla cherchent une maison à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Ils sont fatigués de devoir ajuster leurs finances pour trouver le lieu où ils élèveront leur fils d'un an, Junior.


"On avait un budget de 80.000" francs CFA (122 euros), mais "à force de durer dans la recherche on l'a haussé un peu à 100.000" francs (152 euros), explique à l'AFP Faustin Kla lors d'une visite, découragé.


Comme dans beaucoup de métropoles en croissance sur le continent, trouver un logement abordable où il fait bon vivre est un casse-tête de plus en plus coûteux pour les habitants d'Abidjan.


En mai, dans un rapport, l'agence des Nations unies pour les villes et le logement, ONU-Habitat, indiquait que l' Afrique subsaharienne enregistrait le taux le plus élevé au monde (55%) d’"inaccessibilité des loyers", définie par des ménages consacrant plus de 30% de leurs revenus au paiement de leur loyer.


Or la population urbaine en Afrique devrait passer de 700 millions à 1,4 milliard de personnes d'ici 2050, créant une vingtaine de mégapoles de plus de 10 millions d'habitants, selon l'Union africaine.


A Abidjan, la population a doublé en 20 ans, pour dépasser six millions d'habitants, mais l'offre de logements reste insuffisante.


Et si la Côte d'Ivoire connaît un boom économique depuis plus d'une décennie, le salaire minimum de 75.000 francs CFA (114,33 euros) ne suffit pas pour pouvoir se loger décemment.


Résultat, des milliers de personnes finissent par s'installer dans des zones précaires, parfois inondables et interdites à la construction, où le gouvernement a encore mené récemment de violentes opérations d'expulsions et de démolition.


Aux côtés de son mari, Véronique Kla perd patience.


"Les maisons sont trop chères", s'agace-t-elle, critiquant également leur standing et leur accès difficile - ici, d'étroites routes sableuses à bosses et à trous.


- "Situation inédite" -


A Abidjan, chaque visite d'un logement coûte entre 5.000 et 10.000 francs CFA (entre 7,60 et 15,24 euros), versés à un agent immobilier exerçant parfois hors de tout cadre légal, et ce même si le logement ne fait pas l'affaire.


Eric Djédjé dit en avoir fait les frais pendant deux mois de recherche, avant de trouver sa maison dans les rues du quartier de Cocody.


Soulagé après son ultime visite, il signe son contrat de location mais doit faire face à une nouvelle difficulté, les conditions d'entrée.


Si le prix de son logement est fixé à 180.000 francs CFA (274,40 euros) mensuels, il devra payer cash "un montant total d'un million de francs" (1.524,50 euros), lui fait savoir le propriétaire, Aboubacar Bamba.


La somme comprend "deux mois de caution, deux mois d’avance, un mois de loyer pour le démarcheur (l'agent immobilier), les frais d'installation du compteur d'eau et d'électricité ainsi que d'autres frais annexes", détaille le propriétaire.


Il n'est pas possible de payer en plusieurs fois, ajoute M. Bamba, qui possède des dizaines d'appartements dans plusieurs quartiers de l'immense métropole.


D'autres personnes rencontrent un énième obstacle: prouver sa solvabilité, quand l'informel emploie environ 90% de la main d’œuvre du pays.


"La situation est inédite actuellement", juge Yao Ernest Kouadio, enseignant-chercheur en géographie à l'université de Cocody, spécialiste des questions d'urbanisme.


"La politique du gouvernement (en matière d'offre de logements) n'a pas suivi l'explosion démographique au niveau d'Abidjan", explique-t-il, ajoutant qu'"il n'y a jamais eu autant de quartiers précaires".


- 800.000 logements manquants -


Wayiribe Ouattara, urbaniste, estime que la majeure partie des Ivoiriens migrent vers Abidjan pour des opportunités de travail. La ville "concentre des activités économiques avec le port, l'aéroport, les grandes écoles et surtout tous les ministères", dit-il.


Paul Coulibaly, étudiant, cherche une maison pour sa tante installée à Gagnoa, dans le centre du pays, qui a été récemment mutée dans la capitale économique. Là aussi, le budget a dû être revu à la hausse, car avec 150.000 francs CFA (228,67 euros), impossible de trouver une maison, selon lui.


La forte pression foncière agit aussi sur le coût des dizaines de milliers de logements dits sociaux, censés être accessibles, selon l'urbaniste.


Mais à l'achat, ils coûtent parfois "25, 27 voire 30 millions" de francs CFA, soit plus de 45.000 euros. "Combien de personnes peuvent s'offrir ce logement-là ?", demande M. Ouattara, qui déplore par ailleurs la lourdeur administrative pour en être bénéficiaire.


Selon le gouvernement, la Côte d'Ivoire accuse un déficit de 800.000 logements, qui augmente d'au moins 5% chaque année. Il prévoit la construction de 150.000 habitations d'ici 2030.


nse-bam/pid/mba

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