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Kundé : «Pour une question d’orgueil et d’honneur, nous sommes obligés de continuer»

Publié le dimanche 15 avril 2018  |  Abidjan.net
Salfo
© Abidjan.net par DR
Salfo Soré, dit Jah Press initiateur de l’événement culturel les Kundé.


De son vrai nom Salfo Soré, Jah Press est l’initiateur de l’événement culturel tant prisé au Burkina que dans la sous-région : les Kundé, pour ne pas le nommer. Entouré de son commissariat général, cet homme de show-biz tient le pari de l’organisation de l’évènementiel depuis plus de 17 ans. Dans un contexte de raréfaction des ressources financières et en l’absence de la marraine « attitrée», Chantal Compaoré, comment survivent les Kundé ? Combien coûte l’organisation d’une édition de Kundé ? A moins de deux semaines de l’événement, où en est-on avec les préparatifs ?
Ce sont autant de questions auxquelles Jah Press a bien voulu répondre dans une interview accordée à votre journal, aouaga.com.

A moins de deux semaines de la prochaine édition des Kundé qui se tient le 27 avril au Palais des sports de Ouaga 2000, où en êtes-vous avec les préparatifs ?
On est assez rodé en la matière. Pour la partie organisation pure et dure on sait comment ça se passe. Pour la grande organisation, il faut beaucoup de moyens et c’est à ce niveau le problème. On est en train tout de même d’y aller. La manifestation a pu se tenir bon an mal an plus de 17 ans. On est en train de travailler pour faire avec ce qu’on a et proposer quelque chose de potable comme d’habitude aux téléspectateurs et à tous ceux qui attendent impatiemment cet évènement.
Comme vous le savez, la salle des Banquets a été réquisitionnée par la Justice militaire dans le cadre du procès du putsch manqué. Cette contrainte nous oblige à nous rabattre sur le Palais des sports de Ouaga 2 000 qui demande un plus gros aménagement. Il y a des équipes de la sous-région qui sont déjà venues sur place pour inspecter, prendre leur marque et faire des mesures au niveau de la salle. Pour l’instant, on peut dire que tout va bien.

Pouvez-vous, après la première conférence de presse sur l’évènement, revenir plus en détails sur les principales innovations de cette année ?

Cette année on a jeté un regard plus accentué sur la musique traditionnelle. Quand on considère certains artistes dans cette catégorie-là, on estime, en fonction de l’actualité du moment et de ce qu’ils mènent autour de leurs productions, que de réels efforts sont faits. Dans ce domaine, on a une dame comme Habibou Sawadogo. Par la force des choses on y retrouve également une autre dame, Hawa Boussim. Quand on prend ne serait-ce que ses deux femmes qui sont en compétition pour le Kundé d’or, et c’est une première, leur travail est basé sur la musique du terroir et c’est à l’honneur de la musique traditionnelle. C’est la même chose pour Don Sharp de Batoro qui, il faut le dire, fait beaucoup de recherches à ce niveau-là. Cette année la coloration des Kundé c’est du tradi-moderne. Ce sera l’innovation majeure au niveau de la catégorie du Kundé d’or. Maintenant dans l’organisation on essaie de mettre les petits plats dans les grands afin de tout faire pour que le décor soit à la hauteur des attentes. On fait aussi en sorte que des artistes étrangers invités puissent participer à la cérémonie avec leurs homologues burkinabè, pour que le spectacle qui va être produit soit vraiment des plus relevés et le meilleur possible.

Justement, comment se fait le choix des vedettes étrangères pour la soirée de gala ?

Le choix se fait à partir de l’engouement autour de certains artistes et aussi sur des « anciens » pour amener le public à voyager dans le temps. S’agissant de ces derniers ce n’est pas très facile, parce que beaucoup sont vraiment très fatigués par l’âge. Très souvent, on signe avec eux et à l’approche de l’évènement ils ont de petits bobos de santé. Ce sont des humains après tout, mais les gens oublient le plus souvent cela. On est donc obligé de les remplacer à la dernière minute. Il y a aussi les artistes très en vogue qui ont beaucoup de contrats, et pour cela il faut signer très tôt avec eux pour être sûr de pouvoir les faire venir.

Y aura-t-il des artistes ivoiriens cette édition-ci, si oui lesquels ?

C’est trop tôt pour dévoiler l’identité des artistes. Mais ce que je peux dire c’est qu’il y aura de grosses pointures du côté de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Nigeria, du Congo, de la France… Bientôt vous en saurez davantage.
Pour la désignation du Kundé d’or, le vote du public compte. Mais beaucoup voient dans ce vote un certain facteur de déséquilibre au travail du jury officiel. Quel est votre commentaire ?

Le vote du public impacte pour 25% seulement celui du jury. C’est un élément qui n’est pas fondamental, parce que 25% ne saurait déséquilibrer le travail d’un jury. Quand le choix du public coïncide avec celui des jurés, on est dans le meilleur des mondes possibles. A travers le vote du public, nous faisons un clin d’œil au partenaire par rapport à son soutien. Ce vote n’est pas limité et les gens peuvent voter autant de fois qu’ils le souhaitent. On ne peut donc pas prendre en compte que ce vote, parce qu’il y a des gens qui sont très bien organisés et qui peuvent trouver peut-être plusieurs dizaines de personnes avec des portables, rien que pour voter pour le même artiste. Si on ne fait donc pas attention les résultats risquent d’être biaisés. C’est pour cela que le jury a des critères sur lesquels il se base pour statuer.
On se rappelle l’année où Smockey a été choisi Kundé d’or. C’était un tôlée général, mais par la suite les gens ont reconnu qu’il est un artiste de talents, même si son genre musical ne faisait pas l’unanimité au sein des Burkinabè. Aujourd’hui, ça ne pose plus de problème que le jury choisisse son Kundé d’or qui ne soit pas forcément celui du public.


Pendant longtemps beaucoup ont vu la main de Chantal Compaoré derrière la tenue régulière et le succès des Kundé. Quelle réponse leur opposez-vous, maintenant qu’elle n’est plus Première Dame ?

La réponse est claire car, elle n’est plus là mais les Kundé continuent de se tenir. C’est vrai que le commun des mortels a vu les Kundé en des mallettes d’argent qu’on donne au Commissariat général. On a même entendu dire que les Kundé sont une idée de Chantal Compaoré qui s’est seulement chargée de trouver un comité d’organisation. Mais ce que les gens ne savent pas, quand on a eu l’idée d’organiser les Kundé en 2001 au ciné Neerwaya, le premier parrain était l’ancien ministre Mahamoudou Ouédraogo. Quand on lui a expliqué le concept, il a trouvé que pour valoriser les artistes, on ne devait pas leur donner des trophées dans des conditions sobres. Il fallait alors qu’on organise l’édition suivante avec classe pour montrer ce que ça valait vraiment. Il fallait donc que ça soit une cérémonie en couleurs et en direct à la Télévision nationale du Burkina (TNB), afin que les gens apprécient positivement le travail des artistes en une année. Le ministre a jugé bon de nous proposer un tuteur pour la deuxième édition, et il nous a proposé l’épouse du chef de l’Etat, donc une marraine. C’est encore lui qui nous a introduits chez l’ex-Première dame qui a voulu s’assurer que la manifestation était bien organisée. Après sa participation à la deuxième édition, elle a bien aimé et à chaque fois, elle nous renouvelait sa volonté de nous accompagner en étant toujours présente. J’avoue que cette présence systématique à chaque fois qu’elle avait le temps d’être là a permis au comité d’organisation d’être pris au sérieux et de donner une image positive à la manifestation, en nous crédibilisant aux yeux de notre partenaire. Chantal Compaoré nous a amenés là où nous sommes aujourd’hui. Ce fut un grand apport. Mais contrairement à ce que les gens pensent, c’est n’est pas une histoire de gros sous. Pour ça je dis non. La preuve, on a même organisé les Kundé pendant la Transition et ce fut un franc succès à tout point de vue.

Depuis le changement de régime, avez-vous réussi à rencontrer l’ex-couple présidentiel en exil à Abidjan ?

(Rires) Non. J’avoue que nos rapports avec l’ex-Première dame s’inscrivaient seulement dans le cadre des Kundé.

En termes chiffrés, combien vous coûte l’organisation d’une édition des Kundé ?

Aujourd’hui l’organisation des Kundé tourne autour de 100 à 150 millions de francs CFA. C’est cela la grande difficulté. Quand on arrive à boucler le budget ça se sent à travers le décor, les grands moyens qui sont déployés, la qualité des artistes, des invités… Et quand ce n’est pas le cas, on fait ce qu’on peut. Il ne faut pas qu’après la manifestation on se retrouve à la gendarmerie pour répondre à des convocations.

A combien peut s’élever l’apport des sponsors ?

De nos jours on l’estime à un peu plus du tiers du budget. Même avec l’apport des quelques mécènes ce n’est pas évident. Ailleurs les sponsors se bousculent et on a même l’embarras du choix. Au Burkina, avec la récession économique, tout le monde se plaint de la chute de son chiffre d’affaire. Quand on prend le cas de notre sponsor officiel qui est Orange, en Côte d’Ivoire, il donne beaucoup plus de moyens. Orange-Côte d’Ivoire, en termes d’abonnés, à lui seul dépasse ceux des trois téléphonies mobiles réunis exerçant au Burkina. Actuellement, son budget marketing est très élevé. Côté brasseries, entre la Côte d’Ivoire et le Burkina, c’est le jour et la nuit en matière de sponsoring. On espère que les choses vont évoluer chez nous, autrement c’est difficile et on commence à être très éprouvé. Le public attend toujours des innovations et les artistes sont capricieux. Les cachets ne cessent de monter, à tel point qu’on se pose bien souvent des questions. Cependant on va se battre jusqu’à la 20e édition et voir ce que ça va donner. Le risque est que si on veut garder le niveau actuel il faut qu’on ait une source de financement sûre et l’appui des politiques. Il faut en outre que chaque année il y ait un fonds pour les Kundé, sinon la qualité de l’organisation va se détériorer obligatoirement. Autant arrêter à un moment où les gens ont une bonne appréciation du comité d’organisation.

Malgré tout, peut-on dire que votre affaire est rentable ?

C’est justement parce que ça ne marche pas qu’on veut arrêter. Il faut dire que pour tenir, on ne gère pas que les Kundé. On fait aussi du marketing opérationnel avec certaines multinationales de la place. On travaille du lundi au lundi, et même les week-ends. Pour une question d’orgueil et d’honneur, il arrive qu’on reverse les petites économies qu’on a pour pouvoir organiser la manifestation et ça commence à être très pesant.


Halima K
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