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Art et Culture

Chronique: « RETOUR AUX BRAZZAVILLES NOIRES – HOMMAGE A GEORGES BALANDIER »

Publié le mercredi 8 janvier 2020  |  L’intelligent d’Abidjan


Sous la direction de Henri Ossebi, Régine Tchicaya-Oboa, Raoul Goyendzi


Georges Balandier, auteur notamment de « Sociologie des Brazzavilles noires » (1955), est l'un des anthropologues et sociologues africanistes de langue française les plus connus aujourd'hui. Trois ans après sa disparition, ce « retour » aux sources congolaises de ses travaux rassemble ici les contributions présentées lors du colloque qui lui a été dédié à Brazzaville en 2018, par des universitaires locaux et par leurs collègues venus d'ailleurs. Une manière d'appropriation individuelle et collective de l'empreinte intellectuelle, toujours présente, de cet inoubliable "élève de l'Afrique", comme il aimait le dire.

On ne remerciera jamais assez le comité d’organisation de ce colloque qui s’est tenu à Brazzaville, en 2018, en hommage à Georges Balandier. Henri Ossebi, Régine Tchicaya-Oboa et Raoul Goyendzi ont su réunir les meilleurs spécialistes de celui qui a toujours affirmé que « l’Afrique avait été sa seconde Sorbonne et qu’elle lui avait tout appris », comme nous le rappelle le sociologue Moustapha Tamba, professeur titulaire à l’Université Cheik Anta Diop de Dakar.

Apprendre de l’Afrique ? Faire de l’Afrique « sa seconde Sorbonne » ? Faut-il mettre en parallèle le livre d’Henri Michaux, « Un Barbare en Asie », paru en 1933, et la thèse complémentaire de doctorat de Georges Balandier, « Sociologie des Brazzavilles noires », qui sera publiée en 1955 ? Une phrase d’Henri Michaux permet ce rapprochement : « Jusque-là, les peuples pas plus que les gens ne m’avaient paru très réels ni très intéressants. Quand je vis l’Inde et quand je vis la Chine, pour la première fois, des peuples, sur cette terre, me parurent mériter d’être réels. »

Le poète Henri Michaux, qui n’est ni anthropologue, ni sociologue, a sûrement idéalisé ces peuples « réels » qu’il découvre en Asie. Il aura le mérite de se définir, lui, l’Occidental, comme le « barbare », alors que l’Occident reste persuadé, dans le droit fil d’une thèse imputée à Victor Hugo ou à Hegel, que s’accomplit, à travers la colonisation, une « mission civilisatrice ». A propos de l’Afrique, un grand humaniste comme Hugo dira : « l’Afrique n’a pas d’histoire. (…) peuplée, c’est la barbarie ; déserte, c’est la sauvagerie ». Pour Hegel, « les plus anciens renseignements que nous ayons sur cette partie du monde disent la même chose. Elle n'a donc pas, à proprement parler, une histoire. »

Georges Balandier considère, au contraire, que l’Afrique a une histoire, bien entendu l’histoire des Royaumes africains, et non pas l’histoire fantasmée d’une absence d’Histoire selon l’hypothèse hugolienne, mais aussi l’histoire des peuples réels, l’histoire de la vie quotidienne des Africains. Lorsqu’il parcourt Brazzaville, en 1948, il « oublie », volontairement, la ville blanche, la ville coloniale, pour se consacrer aux deux villes « noires » situées à chacune des extrémités de cette ville blanche, Poto Poto et Bacongo. De ces deux « Brazzavilles noires », Georges Balandier dira : « J’eus très tôt la certitude que les villes noires n’étaient pas des périphéries à tenir en oubli (…). J’y voyais au contraire un nouveau monde social en devenir, un milieu créatif où s’expérimentaient des relations inédites, où se manifestait la confrontation conflictuelle du traditionnel et du moderne. »

La thématique du retour que véhicule le titre de ce livre-hommage désigne aussi la thématique d’une relecture nécessaire de l’œuvre de Georges Balandier au moment où les sociétés africaines subissent, plus que jamais, cette « confrontation conflictuelle du traditionnel et du moderne ».La démarche de Balandier consiste à étudier l’Afrique « par le bas » et non « par le haut », c’est-à-dire depuis une histoire écrite par l’Occident qui « installe la supériorité imposant à l’autre une infériorité de nature et donc sans recours. ». Les deux « Brazzavilles noires » ne sont pas d’une nature inférieure à la « Brazzaville blanche », comme elles ne sont pas des villes dont l’exotisme conduirait à en faire un musée des traditions. Balandier n’est pas simplement un ethnologue, il est aussi un sociologue « attaché à la compréhension du réel dans toute sa complexité », comme le dit très justement, dans la contribution qui ouvre la première partie de cet ouvrage, le sociologue Moustapha Tamba.
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