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Économie Publié le jeudi 18 novembre 2010 | Le Temps

Faut-il confier le monde aux économistes ?

4- Pas Infrastructures

L’objectif était principalement le démantèlement de la Direction du matériel des Travaux publics (Omtp) qui entreprenait pour le compte de l’Etat des travaux d’intérêt public notamment des constructions de routes, des ponts, se posant en concurrent direct des intérêts étrangers qui sont mieux outillés pour ce genre de travaux. Ce projet a favorisé l’arrivée des groupes tels que Bouygues et Lev…

5- Pas –Industrie/commerce

Le but véritable était la libéralisation des importations de divers produits industriels, c’est-à-dire la fin des protections dont bénéficiaient des entreprises nationales qui ne pouvaient soutenir
la concurrence des produits importés et qui n’avaient pas d’autre choix que de mettre la clé sous le paillasson. C’est le sort qu’ont connu beaucoup d’entreprises créées par des Ivoiriens qui ne
demandaient qu’à gagner leur vie et à pourvoir des emplois à des nationaux. La libéralisation a créé les conditions de la ‘’libanisation’’ de l’économie ivoirienne telle que nous la voyons actuellement avec pour conséquence, l’évasion fiscale, et toutes sortes de trafics et de blanchiment sans que l’Etat puisse faire les contrôles nécessaires parce qu’il n’a pas les moyens.

6- La privatisation

Une centaine d’entreprises vont être bradées dans le cadre de ce projet géré directement par le cabinet du Premier ministre Ouattara. Il fallait suivre de près ce projet pour mieux se servir et aider des proches. C’est ainsi que des entreprises rentables telles que Palm industrie, Eeci, Sodesucre…. vont être cédées à des groupes français. Ce fut également l’occasion de céder la part de l’Etat dans le capital des banques aux maisons mères françaises.

7- Projet d’appui économique

Un volet important de ce projet concernait la maîtrise des effectifs de la Fonction publique, c'est-à-dire la réduction des effectifs notamment le renvoi des journaliers et des agents temporaires
afin d’équilibrer des tableaux macro-économiques. Le président Fhb ne disait-il pas à son Premier ministre M. Ouattara «Vous aimez trop les chiffres, mais sachez que les chiffres s’appliquent à
des hommes».C’est ainsi que de nombreux Ivoiriens qui ont servi l’Etat avec abnégation vont être renvoyés de l’Administration sans ménagement

Il faut néanmoins reconnaître que l’ajustement a permis l’introduction des notions de ‘’bonne gouvernance’’. Ces notions universelles nous ont été imposées parce que nos dirigeants n’ont

pas toujours su s’éloigner des pratiques peu recommandables notamment dans le choix de ceux à qui on donne des responsabilités. Les critères d’appartenance clanique ont très souvent pris le dessus sur la compétence dans ce pays.

Les différents programmes d’ajustement ainsi que les accords de rééchelonnement intervenus au début des années 1990 n’avaient qu’un seul objectif, faciliter l’imposition de la dévaluation de 50%
du Fcfa intervenu en janvier 1994. Cette dévaluation qui a connu une période de maturation de plus de 10 ans à Washington a été imposée à la France et à nos pays. De son vivant, le Président Fhb a toujours refusé d’y recourir. Elle devrait normalement être une véritable manne pour notre pays qui reste une des économies les plus fortes de la zone franc. Malheureusement, la ‘’pluie de milliards’’ a surtout inondé les comptes en banques des dirigeants ivoiriens de l’époque. Au lieu de servir à relancer l’économie du pays, nous avons plutôt assisté à une série de scandales de détournements qui n’ont pas manqué de discréditer le régime vermoulu du Pdci, avec à la clé emprisonnement de Directeur général du Trésor dans une scabreuse affaire de détournement. Le Compte «Segregal» (entendez Secrétariat général du gouvernement) de la présidence
de la République était devenu une boîte noire pour des transferts journaliers d’argent de l’ordre de 80 millions de Fcfa à l’étranger.

Sans compter les «lignes budgétaires furtives» créées par le ministre des Finances pour transférer des milliards chaque année à l’étranger sans autre forme de procès.

Au vu de son parcours que peut le candidat sorti des Institutions de Bretton Woods pour le peuple ivoirien ? Lorsque l’on est familier à la fortune que connaît l’économie de notre pays, depuis ces trente dernières années, on est tenté de dire, très peu de choses, sinon renforcer la présence étrangère dans notre pays, réduire encore notre indépendance et détruire le peu de capacité de résistance de nos braves paysans qui sont plus que jamais à la merci des grands groupes étrangers. Puisque l’Etat s’est désengagé de l’aide aux paysans, ce rôle est joué par les grands exportateurs de nos produits, parce que la nature à horreur du vide. Ce sont donc ces grands
groupes qui leur fournissent maintenant plants, intrants et même leur font des avances sur récoltes futures réduisant chaque jour que Dieu fait leur indépendance, et faisant d’eux des éternels endettés.

La promesse de 12.000 milliards de Fcfa, en 5 ans, ne doit pas ébranler outre mesure les Ivoiriens. Si c’est un effort intérieur qui doit lui fournir cet argent, il faut se demander quelles sont les
nouvelles taxes qu’il va créer. Les groupes étrangers étant sous le parapluie protecteur de conventions fiscales bien ficelées quels seront les prochaines conditionnalités qu’il faudrait inventer pour qu’un tel plan soit crédible. Les Ivoiriens se souviennent de la fameuse carte de séjour, qui était censée procurer 8 milliards et qui se trouve être le catalyseur de la fraude à l’état civil dans notre pays et un des points d’achoppement des protagonistes de la crise que
nous connaissons actuellement. Si les 12.000 milliards de Fcfa qui doivent venir de l’étranger, qu’il nous en dise les conditionnalités.

Le peuple exsangue ne peut plus rien ajouter au fardeau qui est le sien depuis trois (3) décennies. Par ailleurs, avec le budget de notre pays qui avoisine les 2500 milliards de Fcfa par an, notre pays aura déjà à sa disposition en cinq années 11 000 milliards de Fcfa. L’effort que devra faire celui dont le «métier est de trouver de l’argent» ne sera que de 100 milliards en 5 ans soit 8,33% des fonds qu’il annonce soit 200 milliards par an, somme dérisoire par rapport aux enjeux et
surtout pour un homme qui se présente comme l’un des plus riches de la planète, l’ami des plus grands magnats du monde la finance.

Les remèdes apportés par les Institutions de Bretton Woods n’ont apporté que désillusion à notre pays. Malgré la profusion de médicaments notre pays se porte toujours mal sur le plan économique. Mais leur échec est patent et le cas de la crise asiatique de 1997 est éloquent. M. Ouattara avec élégance nous apprend par ses promesses qu’il va nous ramener une partie des prébendes opérées par ses sbires dans la partie du pays qu’ils occupent depuis 8
années. Parce qu’il sait que les Ivoiriens savent où est passé l’argent du café, du cacao, du bois, de l’anacarde, de l’or, des diamants, des casses des Banques. De Ouaga 2000 (la mère –patrie) jusqu’à Dakar en passant par Bamako, les braqueurs de l’économie ivoirienne ne sont pas allés avec le dos de la cuillère. A moins que ce ne soit dans les mariages grandioses que le ‘bravetchè’ a organisé lui-même pour remercier ses chefs de guerre qu’il a nourris, blanchis, et manipulés
pendant des années, en attendant qu’ils rentrent nuitamment frapper notre pays et nous imposer sa candidature. M. Ouattara qui dans son bureau climatisé de Washington, lançait en se bombant le torse «Je m’occupe de l’économie de 82 pays y compris le Japon», reconnaît implicitement le rôle néfaste des politiques du Fmi lors de la crise asiatique et lors des crises récentes dans certains pays du Sud de l’Europe, notamment la Grèce, où la Banque centrale européenne s’est opposée à une intervention du Fmi et a prôné une solution interne à l’Union européenne parce que les Européens savent tout le mal que cette Institution a fait à nos pays. Après d’âpres négociations, la décision a été prise de maintenir l’intervention du Fonds à un niveau symbolique pour ne pas qu’elle perturbe avec des conditionnalités inacceptables le pacte de stabilité budgétaire
européen.

Les travaux du prix Nobel d’Economie, l’Américain Joseph Stiglitz confirment nos inquiétudes. Ainsi, depuis trente ans, le Fmi fait passer l’intérêt de son principal actionnaire, les Etats-Unis avant ceux des Nations les moins favorisées qu’il a pourtant pour objectif de servir. Les politiques préconisées par les Fonds ont souvent aggravé les problèmes dont il avait à s’occuper, entraînant des conséquences sociales dévastatrices et un accroissement de la pauvreté.

Le parcours professionnel de M. Stiglitz est des plus éloquents. Professeur émérite d’économie dans de grandes Universités américaine (Standford, Yale, Oxford, Princeton Columbia…), il a
occupé jusqu’à 1997, le poste de Premier vice-président économiste en chef de la Banque mondiale à l’époque où M. Ouattara était encore sous le charme de Michel Camdessus et Stanley Fisher. Très vite, une violente polémique éclate entre lui et ce dernier, son homologue au Fmi à propos des remèdes imposés par le Fonds aux pays asiatiques. La Banque mondiale se désolidarise alors des positions du Fmi sur les conditionnalités de l’octroi des crédits. Il
quitte la Banque un an plus tard parce que sa liberté de ton exaspère les tenants de l’orthodoxie financière. Dans un ouvrage qu’il publie en 2002 Globalization and its Discontents traduit en français sous le titre de La Grande Désillusion, il fait des critiques acerbes sur le
système des Institutions de Bretton Woods, et offre également quelques réflexions et inspirations aux altermondialistes, aux critiques des protestataires de Seattle ou Gènes à l’égard de la
Mondialisation. Les travaux de M. Stiglitz contrastent avec les parcours de M. Ouattara à qui l’on ne connaît aucune publication scientifique en économie, mais est si content de se proclamer
économiste. Notre économiste en chef, a-t-il seulement lu les travaux du professeur Valy Charles Diarrassouba (Tuho) , cet autre économiste ivoirien qui a publié des centaines de contributions sur
l’économie du développement et a formé des centaines d’étudiants à travers le monde ? Les vrais économistes travaillent dans l’ombre et font avancer la société et évitent de se frapper la poitrine, surtout lorsqu ’ils ont passé leur carrière dans des bureaux climatisés de Washington, et aussi parce qu’ils savent que les richesses qu’ils ont accumulées dans leurs comptes bancaires ouverts dans les paradis fiscaux à travers le monde, l’ont été parfois sur le dos et dans le sang
des pauvres du monde. On ne peut donc pas faire ici la liste des drames dont sont responsables les économistes dans le monde moderne. Les historiens de l’économie enseignent encore dans les
Universités, les dégats provoqués par les économistes dans les années 1920, au moment où l’Union Soviétique cherchait sa voie. Les querelles entre ceux qui prônaient le développement de l’agriculture et ceux qui penchaient pour l’industrialisation immédiate, ont provoqué plus de 30 millions de morts. Plus près de nous l’on se souvient des Chigago Boys avec le dictateur Pinochet au Chili dans les années 1970 qui non seulement ont amené l’inflation en Amérique Latine, mais ont cautionné des milliers de morts et de disparus dans
ces pays.

Suite et fin

Nalourgo Gnafopian
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