Le samedi 23 avril, nous sommes la veille de la Pâques. L’hôtel du Golf semble peu emballé par la célébration de cette fête religieuse. Rien dans le décor n’évoque des dispositions particulières pour célébrer la résurrection du Christ. Ici, l’esprit est ailleurs. Les commentaires tournent autour des derniers développements de l’actualité, notamment l’attitude du président Alassane Ouattara vis-à-vis des personnalités du camp Gbagbo. On échange également sur les dernières poches de résistance à Yopougon et Abobo, avec en prime le cas Ibrahim Coulibaly dit IB, qui s’est proclamé chef du commando invisible. Dans le hall ce samedi matin, il n’y a pas grand monde. Preuve que l’hôtel s’est vidé d’une bonne partie de ses pensionnaires. Jusqu’à 16h, on pouvait compter ceux qui y sont attablés ou qui vont et viennent dans les allées. C’est sans commune mesure avec l’ambiance de ruche qui y prévalait avant et après le blocus imposé par les soldats pro-Gbagbo au lendemain de la marche du 16 décembre 2010. Depuis que le pouvoir a changé de main, bien de ceux qui y avaient été enfermés ont regagné leurs domiciles. Le vide est saisissant. Parmi ce petit monde, des journalistes, des parents et connaissances, des membres de l’entourage du président Ouattara : Eric Taba, protocole du chef de l’Etat; le président des jeunes du Rdr, Karamoko Yayoro ; Touré Mamadou, qui était le porte-parole de la jeunesse pendant la campagne présidentielle ; Romain Porquet, protocole de Henri Konan Bédié; Emile Ebrotié, chargé de communication du président du Pdci. Des membres du gouvernement aussi : Kandia Camara, Gervais Kacou, Adama Toungara, le ministre d’Etat et secrétaire général de la présidence, Amadou Gon. Autour des tables ou debout, on échange sur l’actualité.
COLERE CONTRE LES PRO-GBAGBO
On s’indigne notamment des propos de Mamadou Koulibaly au sortir de l’audience avec le chef de l’Etat ; de la déclaration du président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’dré, après avoir été reçu par le président de la République ; de la tentative du président de l’ancien parti au pouvoir, Pascal Affi N’guessan, d’animer une conférence publique vendredi dernier. « Le président doit éviter de chouchouter ces gens qui ne manifestent aucun remords après avoir plongé le pays dans le chaos. Non contents d’avoir occasionné tant de morts, ils viennent nous narguer », peste un monsieur en costume. Un autre trouve que le chef de l’Etat ne devrait pas donner l’occasion à ces dirigeants de l’ancien régime de narguer les victimes de leur forfaiture. Aussi salue-t-il la mise aux arrêts d’Affi N’guessan, suivie de son transfert à l’hôtel du Golf ce même vendredi soir. « On devrait les réduire au silence, leur interdire toute visite pour éviter qu’ils insultent par leurs déclarations, la mémoire des centaines de victimes de cette guerre », s’emporte une jeune dame, qui dit avoir perdu des parents lors de la féroce bataille d’Abidjan. Un cri du cœur que le directoire du Rhdp reprendra à son compte. Le même samedi, au terme d’une réunion tenue au Golf, ils ont proposé que les personnes assignées à résidence ou détenues soient soumises à un régime drastique, qu’elles soient notamment coupées de tout contact avec l’extérieur.
LE CAS IB DERANGE
Les cas IB et des miliciens de Yopougon sont également sur toutes les lèvres. Pour les uns, il urge d’en finir avec ces poches de résistance en matant purement et simplement ces récalcitrants. « Il faut vite pacifier tout Abidjan en neutralisant les miliciens de Yopougon et en délogeant IB. Je salue la fermeté dont le président a fait montre dans son intervention de la dernière fois devant les généraux », fulmine un jeune homme. D’autres plaident pour une issue négociée, s’agissant particulièrement du chef du commando invisible. « Il faut d’abord essayer de raisonner IB afin de l’amener à intégrer la nouvelle armée pour éviter un autre bain de sang à Abobo, qui a déjà assez souffert », estime l’un des tenants de cette thèse. Un proche du Premier ministre, aperçu dans le hall, insiste lui sur le caractère délicat de l’équation IB. « Il y a quelque chose de pas clair dans cette affaire IB. Le Rdr n’a pas joué franc-jeu. Le Premier ministre aurait pris ses responsabilités pour déloger IB mais il craignait qu’on crie au règlement de compte, eu égard à la vieille rivalité entre les deux hommes. C’est pourquoi il a demandé une autorisation officielle, publique du président de la République, avant d’agir. Ce qui a été fait à la faveur de la cérémonie ayant réuni les généraux de l’armée ».
TOUCHE PAS AUX PRISONNIERS VIP
Ce samedi-là, aucune trace des « prisonniers VIP du Golf », ces personnalités de l’ancien régime arrêtées et détenues dans cet hôtel. Elles sont toujours tenues à l’écart du public, comme des parias. Nul ne peut venir les regarder comme des objets de curiosité. Un soldat et le civil en sa compagnie l’ont appris à leurs dépens ; ils ont été vertement réprimandés par un membre du service de sécurité en civil, alors qu’ils tentaient de regarder les prisonniers par la façade arrière du restaurant Flamboyant, qui leur sert de cachot. « Messieurs, c’est pas permis ! Les a-t-il apostrophés. Après, les prisonniers vont venir raconter n’importe quoi aux organisations des droits de l’homme». Au Golf, on est donc soucieux de ne pas être pris en défaut de non-respect des droits de l’homme. Ceci explique-t-il certainement pourquoi les centaines de miliciens pro-Gbagbo mis aux arrêts et parqués sur le chaud bitume du terrain de tennis n’y étaient plus le week-end dernier. Ont-ils été tous libérés ou transférés ailleurs comme l’épouse de l’ancien président, Simone Gbagbo ? Personne n’a voulu nous répondre clairement. Seul rescapé, un jeune homme torse nu et en culotte noire. « C’est un détenu », nous a fait savoir un soldat, qui ne nous en dira pas davantage sur la destination des compagnons d’infortune de ce détenu qui, il y a quelques jours, avaient recouvert le court de tennis.
DES COMBATTANTS RACONTENT LA GUERRE
A deux pas du court de tennis, se dresse un camp militaire de fortune. C’est en fait l’espace qui servait de QG de campagne pendant la campagne électorale. Des soldats et d’affreuses armes de guerre constituent l’essentiel du décor. Kalachnikov aux pieds ou en bandoulière, les combattants devisent. Certains évoquent les moments de frayeur vécus pendant l’épique bataille d’Abidjan. « Gbagbo n’aurait jamais quitté le pouvoir si on ne s’était pas décidé à le déloger. Depuis notre descente sur Abidjan, nous avons pilonné sans répit les positions de ses troupes. Les choses ont traîné parce que nous ne connaissions pas bien Abidjan. Nous nous sommes engagés sur certaines voies qui nous ont été fatales du fait de cette mauvaise connaissance du terrain », commente un soldat. Un autre relève le rôle déterminant des snippers pro-Gbagbo perchés sur des immeubles, qui ont grandement contrarié leur offensive. « Ils ont du métier ; ils nous ont beaucoup gênés », admet-il. A un combattant qui semble regretter de n’avoir pas eu droit au butin de guerre comme certains de ses pairs, un autre lance ces mots de consolation : « Estime-toi heureux d’avoir eu la vie sauve ; c’est en soi une grâce divine.»
Assane NIADA
COLERE CONTRE LES PRO-GBAGBO
On s’indigne notamment des propos de Mamadou Koulibaly au sortir de l’audience avec le chef de l’Etat ; de la déclaration du président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’dré, après avoir été reçu par le président de la République ; de la tentative du président de l’ancien parti au pouvoir, Pascal Affi N’guessan, d’animer une conférence publique vendredi dernier. « Le président doit éviter de chouchouter ces gens qui ne manifestent aucun remords après avoir plongé le pays dans le chaos. Non contents d’avoir occasionné tant de morts, ils viennent nous narguer », peste un monsieur en costume. Un autre trouve que le chef de l’Etat ne devrait pas donner l’occasion à ces dirigeants de l’ancien régime de narguer les victimes de leur forfaiture. Aussi salue-t-il la mise aux arrêts d’Affi N’guessan, suivie de son transfert à l’hôtel du Golf ce même vendredi soir. « On devrait les réduire au silence, leur interdire toute visite pour éviter qu’ils insultent par leurs déclarations, la mémoire des centaines de victimes de cette guerre », s’emporte une jeune dame, qui dit avoir perdu des parents lors de la féroce bataille d’Abidjan. Un cri du cœur que le directoire du Rhdp reprendra à son compte. Le même samedi, au terme d’une réunion tenue au Golf, ils ont proposé que les personnes assignées à résidence ou détenues soient soumises à un régime drastique, qu’elles soient notamment coupées de tout contact avec l’extérieur.
LE CAS IB DERANGE
Les cas IB et des miliciens de Yopougon sont également sur toutes les lèvres. Pour les uns, il urge d’en finir avec ces poches de résistance en matant purement et simplement ces récalcitrants. « Il faut vite pacifier tout Abidjan en neutralisant les miliciens de Yopougon et en délogeant IB. Je salue la fermeté dont le président a fait montre dans son intervention de la dernière fois devant les généraux », fulmine un jeune homme. D’autres plaident pour une issue négociée, s’agissant particulièrement du chef du commando invisible. « Il faut d’abord essayer de raisonner IB afin de l’amener à intégrer la nouvelle armée pour éviter un autre bain de sang à Abobo, qui a déjà assez souffert », estime l’un des tenants de cette thèse. Un proche du Premier ministre, aperçu dans le hall, insiste lui sur le caractère délicat de l’équation IB. « Il y a quelque chose de pas clair dans cette affaire IB. Le Rdr n’a pas joué franc-jeu. Le Premier ministre aurait pris ses responsabilités pour déloger IB mais il craignait qu’on crie au règlement de compte, eu égard à la vieille rivalité entre les deux hommes. C’est pourquoi il a demandé une autorisation officielle, publique du président de la République, avant d’agir. Ce qui a été fait à la faveur de la cérémonie ayant réuni les généraux de l’armée ».
TOUCHE PAS AUX PRISONNIERS VIP
Ce samedi-là, aucune trace des « prisonniers VIP du Golf », ces personnalités de l’ancien régime arrêtées et détenues dans cet hôtel. Elles sont toujours tenues à l’écart du public, comme des parias. Nul ne peut venir les regarder comme des objets de curiosité. Un soldat et le civil en sa compagnie l’ont appris à leurs dépens ; ils ont été vertement réprimandés par un membre du service de sécurité en civil, alors qu’ils tentaient de regarder les prisonniers par la façade arrière du restaurant Flamboyant, qui leur sert de cachot. « Messieurs, c’est pas permis ! Les a-t-il apostrophés. Après, les prisonniers vont venir raconter n’importe quoi aux organisations des droits de l’homme». Au Golf, on est donc soucieux de ne pas être pris en défaut de non-respect des droits de l’homme. Ceci explique-t-il certainement pourquoi les centaines de miliciens pro-Gbagbo mis aux arrêts et parqués sur le chaud bitume du terrain de tennis n’y étaient plus le week-end dernier. Ont-ils été tous libérés ou transférés ailleurs comme l’épouse de l’ancien président, Simone Gbagbo ? Personne n’a voulu nous répondre clairement. Seul rescapé, un jeune homme torse nu et en culotte noire. « C’est un détenu », nous a fait savoir un soldat, qui ne nous en dira pas davantage sur la destination des compagnons d’infortune de ce détenu qui, il y a quelques jours, avaient recouvert le court de tennis.
DES COMBATTANTS RACONTENT LA GUERRE
A deux pas du court de tennis, se dresse un camp militaire de fortune. C’est en fait l’espace qui servait de QG de campagne pendant la campagne électorale. Des soldats et d’affreuses armes de guerre constituent l’essentiel du décor. Kalachnikov aux pieds ou en bandoulière, les combattants devisent. Certains évoquent les moments de frayeur vécus pendant l’épique bataille d’Abidjan. « Gbagbo n’aurait jamais quitté le pouvoir si on ne s’était pas décidé à le déloger. Depuis notre descente sur Abidjan, nous avons pilonné sans répit les positions de ses troupes. Les choses ont traîné parce que nous ne connaissions pas bien Abidjan. Nous nous sommes engagés sur certaines voies qui nous ont été fatales du fait de cette mauvaise connaissance du terrain », commente un soldat. Un autre relève le rôle déterminant des snippers pro-Gbagbo perchés sur des immeubles, qui ont grandement contrarié leur offensive. « Ils ont du métier ; ils nous ont beaucoup gênés », admet-il. A un combattant qui semble regretter de n’avoir pas eu droit au butin de guerre comme certains de ses pairs, un autre lance ces mots de consolation : « Estime-toi heureux d’avoir eu la vie sauve ; c’est en soi une grâce divine.»
Assane NIADA
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