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Économie Publié le samedi 9 juin 2012 | L’intelligent d’Abidjan

Echanges / Rareté de la petite monnaie : La galère des consommateurs, une aubaine pour les spéculateurs

Echanges / Rareté de la petite monnaie : La galère des consommateurs, une aubaine pour les spéculateurs
© L’intelligent d’Abidjan Par KS
Economie: le dollar américain regagne de la valeur à la bourse
Photo: pieces de monnaie américaine
Aujourd’hui plus qu’hier, avoir de la petite monnaie pour effectuer un achat relève d’un parcours du combattant. Ils sont rares les commerçants, chauffeurs de taxis ou autres prestataires de service qui peuvent vous remettre la monnaie sans rouspéter. La petite monnaie est devenue un bien si rare que les agents économiques préfèrent la garder jalousement. D’où vient la crise de la petite monnaie ? Eclairage.

Se rendant un jour de Niangon Nord dans la commune de Yopougon à bord d’un taxi communal aux Toits Rouges, un autre quartier de la même commune M. Konaté a été confronté au problème de la petite monnaie. La course lui est revenue à 300 FCFA. Quand il tend un billet de 2.000 FCFA au chauffeur, ce dernier pique une colère. ‘’Je n’ai pas de monnaie. Tu aurais dû me dire avant de monter que tu n’en avais pas’’, lui lance-t-il sèchement. Le cas de M. Konaté est typique de celui que les Abidjanais rencontrent chaque jour en se rendant sur leurs lieux de travail. A la boulangerie, chez le boutiquier du quartier, chez l’épicier, au marché ou même dans les grandes surfaces, c’est au bout d’une gymnastique arithmétique que le vendeur finit par remettre la monnaie, s’il ne vous refoule pas carrément.

Ça commence avec les pièces de 500 F
On avait vécu cette situation dès la sortie des pièces de 500 FCFA. Leur introduction sur le marché avait suscité un réel intérêt de thésaurisation chez les usagers. Des commerçantes préféraient en faire des stocks chez elles à la maison, au lieu de les offrir aux clients. Nous n’en sommes plus là. Aujourd’hui, c’est une autre spéculation qui a cours avec les pièces de monnaie et qui débouche sur un juteux commerce. L’immeuble «La Pyramide» au Plateau face à la Bceao est une place tournante, mieux une place financière à ciel ouvert. Ici la transaction consiste à vous fournir de la monnaie en coupures de billets craquants de 1000 FCFA, moyennant un prélèvement de 10 %. Pour 10.000 FCFA que vous donnez, on vous remet neuf billets de 1000 FCFA. Ces ‘’cambistes’’ opèrent à visages découverts avec des liasses de billets de banque en main.

Quand vous leur demandez si l’argent provient de la Bceao mitoyenne, vous êtes confronté à l’omerta, la loi du silence. Ils ne vous donneront jamais leur source d’approvisionnement. Ce marché est exclusivement réservé aux billets. Pour les jetons, il se raconte en ville que les collecteurs des églises, les chauffeurs de bus et les conducteurs de gbaka alimentent, de leur côté, un autre circuit de commerce de jetons. Les chauffeurs de Gbaka traitent généralement avec des jeunes filles, vendeuses ambulantes dans les gares. La réciprocité est la règle : ‘’je te donne, tu me donnes’’. Les réseaux se développent par affinités. Les pompistes des stations de carburant et les transporteurs en commun se rendent ainsi des services mutuels. Idem pour le vendeur de cigarettes et les semi-détaillants mauritaniens ou de l’aboki (commerçant nigérien de café au lait) du quartier et du livreur de pains. Dans tous les cas de figure, la monnaie manque. Ce qui occasionne souvent une dépense minimum imprévue de 500 à 1.000 FCFA pour avoir la monnaie de 10.000 FCFA ou 5.000 FCFA. Si tel n’est pas le cas, inutile de vous rendre dans une station de taxis. Et à Abidjan, la fameuse phrase «montez avec la monnaie», à la bouche des apprentis et chargeurs hante chaque jour l’usager du taxi, du Gbaka ou du bus.

Ce qu’en disent les banquiers
Du côté des banques, on donne une autre explication. Les cadres de banques rencontrés sont unanimes pour reconnaître la rareté des pièces de monnaie. Ils accusent la Banque centrale. ‘’Le problème c’est avec la Banque centrale. Elle n’arrive jamais à couvrir la totalité de notre commande. Par exemple, si nous commandons pour 5 millions en pièces, si nous avons trop eu, c’est un million. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas satisfaire la demande de nos clients’’, explique D Kadi de la Société générale. Qui rassure que la Bceao est en train d’examiner la question. Notre curiosité nous emmène à la Banque centrale. Ici on ne reçoit que sur rendez-vous, après avoir déposé une demande au préalable. Nous n’avons donc pu avoir de version officielle. Mais un cadre qui y travaille, explique sous couvert de l’anonymat que la Banque centrale elle-même est confrontée au même problème que ses clients. Ses commandes aussi ne sont pas satisfaites à 100 %. Mais, ajoute-t-il, il est plus cher de fabriquer des pièces que des billets. La production des billets est donc privilégiée au détriment des pièces, conclut le banquier.

Les effets du renchérissement du cours des métaux
Les pièces que nous utilisons dans l’Uemoa sont, selon des spécialistes, un alliage d’argent et de nickel. Deux métaux rares dont le cours ne cesse de grimper. La tonne de nickel valait au moment où nous rédigions cet article à peu près 17.900 dollars contre 5.500 dollars la même tonne il y a dix ans. L’once d’argent est partie de 5 dollars à 3.151, 1 dollars dans la même période considérée (une once = 28,34952 g). Une telle folie des cours entraîne ipso facto des commandes réduites pour les usines. Il en découle une augmentation du coût des facteurs pour la confection des pièces. Ce qui peut expliquer la réduction des commandes de la Banque centrale et par conséquent le manque de liquidités en termes de jetons. Face à ces faits, l’on se demande s’il ne faut pas procéder à l’émission de nouveaux moyens de paiement en revenant au billet de 500 FCFA. De même, on pourrait comme le suggèrent certains banquiers, imprimer des billets de 100 FCFA, 200 FCFA pour ne conserver que les pièces de petite valeur.

S. Débailly
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