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Économie Publié le lundi 22 juillet 2013 | Cote d’Ivoire Economie

Emergence de la Côte d’Ivoire en 2020 - Une relance au goût de caoutchouc

Depuis quelques années, on assiste à une véritable ruée des Ivoiriens, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, vers la culture de l’hévéa. Des démarches motivées par la hausse des cours mondiaux et à la rentabilité mensuelle de la production de latex, qui se sont traduites par de gros investissements, chez les privés comme chez les producteurs traditionnels.

La baisse de la production locale de cacao, due à la situation politique difficile que connaît la Côte d’Ivoire depuis 2002 et le vieillissement des plantations qui entraîne un manque à gagner important, a poussé les producteurs ivoiriens à se tourner aujourd’hui vers d’autres cultures, dont l’hévéa. Sans oublier les opportunités qu’offre cette culture depuis quelques années. « Planter de l’hévéa aujourd’hui est une garantie de revenu fixe », entend-on dire dans le milieu des producteurs. Cette maxime a fini par séduire un nombre important de paysans nationaux qui ont décidé de porter leur dévolu sur cette culture de rente, faisant peu à peu de la Côte d’ Ivoire un pays producteur de caoutchouc. En quelques années seulement de production extensive, la production du pays a considérablement augmenté : plus de 250 000 tonnes. Cette augmentation enregistrée, en partie grâce à de gros investisseurs, l’a été également par le labeur des paysans ivoiriens qui jouent un rôle tout aussi déterminant. Aussi l’Etat a-t-il favorisé l’extension de cette culture dans le pays. Il en a fait la promotion à ses débuts, au sud de la Côte d’Ivoire, compte tenu des coûts plutôt intéressants et des terres encore disponibles au centre et dans la moitié sud du pays.
Toutes les populations de ces zones se sont donc tournées vers la culture de l’hévéa car, disent-elles, elle génère des revenus mensuels, contrairement au cacao dont les revenus sont annuels. Cette permanence des revenus est donc un facteur clé du développement de l’hévéaculture en Côte d’Ivoire. Selon les experts, celle-ci est même un avantage par rapport à la culture du cacao, qui est saisonnière. Ce qui explique la ruée de nombreuses catégories socioprofessionnelles vers la production du latex. Cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, hommes politiques, tout le monde – ou du moins ceux qui en ont les possibilités financières – s’y adonne tête baissée.

Mobiliser son épargne pour ses vieux jours (inter)
Objectif majeur, se préparer une retraite dorée. En tout cas, l’hévéaculture a vite été perçue comme une activité rentable. Elle est devenue extensive en Côte d’Ivoire, conférant au pays une place de premier producteur africain de caoutchouc et septième mondial. Dans la pratique, ce sont 430 000 hectares de superficie cultivés, une production de 256 000 tonnes pour 412 milliards FCFA de recettes engrangées au cours de l’année 2012. Au vu de son apport incontestable au PIB, l’Etat envisage même d’accroître la production de latex à 600 000 tonnes à l’horizon 2020. Ce qui explique qu’il y ait des initiatives d’incitation de structures privées à l’hévéaculture. C’est désormais la fièvre du caoutchouc en Côte d’Ivoire. Un état frileux qui va bien au-delà de la paysannerie traditionnelle.
Au sein de l’élite citadine et cultivée, ils sont devenus de plus en plus nombreux à mobiliser leur épargne pour occuper les terres anciennes, acheter ou louer des espaces culturaux pour y faire de l’hévéa. Ce qui pourrait, à bien des égards, avoir une connotation de phénomène de mode. Quoique certains, plus enclins à faire réellement des profits, ont saisi l’opportunité de la hausse des cours mondiaux pour se lancer dans la culture de l’hévéa en Côte d’Ivoire. En effet, les cours du caoutchouc sur le marché se portent très bien. Mieux, «ils ne cessent de s’envoler depuis quelques années et pourraient rester dans cette progression pendant encore de longues années, en raison de la forte demande dans les pays émergents comme la Chine et l’Inde», affirmait M. Joseph Désiré Biley, président du conseil d’administration du Fonds du développement de l’hévéa, (FDH). Pour permettre aux planteurs ivoiriens de bénéficier de ces embellies et permettre à la Côte d’Ivoire d’accroître sa production, il faut encourager les Ivoiriens à s’investir efficacement dans cette spéculation. Aujourd’hui, il faut l’indiquer, le FDH subventionne le planteur à hauteur de 150 FCFA le plant dit « stump », et 200 FCFA de subvention pour le plant en sac, et ce dernier ne paye que la différence. Alors que le candidat à la création d’une nouvelle plantation d’hévéa devrait payer 350 FCFA par plant.

Quand l’arrivée des « privés » booste la production (inter)
Le kilogramme de caoutchouc est passé de 50 cents début 2002 à 2,35 dollars en juillet 2006. L’arrivée dans la filière de ceux que l’on appelle « les cols blancs » s’est fait vite ressentir. Les chiffres de l’Association des professionnels et manufacturiers du caoutchouc naturel (Apromac) décrivent très bien la montée en puissance des planteurs individuels. Alors qu’en 1996 les « privés » représentaient juste un peu plus de 25% de la production face aux « industriels », ils pesaient 46% de la production totale en 2004, et en 2007 ils totalisaient 61% des 188 523 tonnes du pays. La marge de progression de la production ivoirienne est grande. Selon un document produit par la mission économique française à Abidjan, 10 000 à 15 000 emplois directs sont observés dans le secteur, dont le chiffre d’affaires représenterait 15% des exportations agro-industrielles du pays. Toutefois, bien que la Côte d’Ivoire soit le premier producteur africain, sa production ne représente plus que 2% de la production mondiale, très loin derrière les géants asiatiques que sont la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie.
Les professionnels commencent aussi à s’inquiéter de la faible valeur ajoutée industrielle générée par le secteur. Si les usines se multiplient sur le terrain et se rapprochent des foyers de production, elles se contentent néanmoins d’une transformation primaire. Du caoutchouc naturel, l’on est passé au caoutchouc solide. Une poignée d’unités industrielles s’essaie à la transformation secondaire. Il est même prévu d’aller plus loin dans la transformation, mais la chute brutale des cours mondiaux est devenue depuis quelques années un facteur de réticence. Après un pic de 2,60 dollars le kilo en 2007, le cours de l’hévéa a brutalement chuté en fin 2008. II a démarré en 2009 à 1,35 dollar le kilo pour remonter à 1,5 dollar au mois d’avril de la même année. Aujourd’hui, bien que loin de la folle période des meilleurs prix, il semble avoir une embellie quelque peu acceptable après une période de conjoncture mondiale.

La Siph bat des records (inter)
Pourtant, les experts prévoient une augmentation de la consommation mondiale de caoutchouc naturel de 4% en fin 2013, un taux supérieur de 0,9% par rapport en 2012. En 2014, la croissance de la consommation devrait s’accélérer à nouveau, allant jusqu’à 4,7% avec l’amélioration des conditions économiques mondiales, même si le risque de ralentissement de la croissance mondiale reste élevé. La Côte d’Ivoire, qui est passée à plus de 270 000 tonnes, entend atteindre le pic de 300 000 tonnes fin 2014. Cette performance est à mettre au compte de la Société internationale de plantation d’hévéa (Siph) qui a réalisé un record de production de caoutchouc en 2012 avec une progression de 8%.
La Siph explique cette performance par le dynamisme des planteurs villageois en Côte d’Ivoire, émoussés par une instabilité récurrente des prix du caoutchouc sur le marché mondial, même s’il y a une consommation mondiale tirée par la Chine, qui se traduirait par une hausse légère des prix. Les producteurs d’hévéa, en réalité, ne manifestent plus l’engouement des années 2000. Il n’y a pas une véritable politique nationale de soutien des prix comme cela se voit dans la filière café-cacao. II la réclament pourtant à juste titre, se considérant comme déterminants dans la mobilisation des ressources financières au plan national. En sus, ils sont confrontés à un problème réel, celui de l’occupation étendue des terres cultivables, menaçant la production vivrière destinée à la consommation locale et à l’autosuffisance alimentaire. Les paysans en ont pris conscience, d’où leur volonté de réorienter leurs activités pour éviter à la Côte d’Ivoire de se retrouver à importer des cultures vivrières alors qu’elle pourrait naturellement en produire.

Cinq raisons d’investir dans l’hévéaculture

L’investissement dans l’hévéa attire pour plusieurs raisons. Premièrement, c’est une culture pérenne qui dure pendant plus de trente ans, qui assure donc une retraite confortable. Deuxièmement, plus les années passent, plus les arbres produisent – deux fois plus de tasses de latex – après la vingtième année. Troisièmement, l’hévéa procure des revenus mensuels, à l’exception de deux mois de soudure par an, tandis qu’avec le cacao par exemple, il n’y a que deux traites dans l’année. Quatrièmement, après la troisième année d’exploitation, c’est-à-dire moins de dix ans après la création de la plantation, l’investissement est totalement amorti. Cinquièmement, il y a moins de maladies que dans le cacao, et le travail n’est pas difficile dès que les arbres ont poussé : il suffit de payer les saigneurs (ouvriers qui procèdent à l’extraction du latex) chaque mois et de livrer le caoutchouc aux usiniers.


G. T.


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