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Sport Publié le jeudi 2 janvier 2014 | Le Patriote

La grande interview / Alain Lobognon (Ministre de la Promotion de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs) : “850 millions de FCFA ont déjà servi à créer des entreprises”

© Le Patriote Par Atapointe
Cérémonie de clôture des 3ème assises de la Jeunesse
Jeudi 31 Octobre 2013. Abidjan. L`université Felix Houphouet Boigny a abrité la cérémonie de clôture des 3eme assises de la jeunesse. Présence remarquée de l`artiste Asalfo, du ministre Alain Lobognon (photo) en charge de la jeunesse et du sport et du ministre d`Etat Hamed Bakayoko qui représentait le chef de l`Etat
Hier le ministre de la Promotion de la jeunesse, des Sports et Loisirs s’est longuement exprimé sur l’organisation du sport en Côte d’Ivoire. Dans cette deuxième partie de cet entretien exclusif, Alain Lobognon parle de sa politique de la jeunesse et des Loisirs. Il parle surtout du fonds national de la jeunesse, des emplois qu’il génère et des avantages de la carte jaune. Entretien.
LP : Nous rentrons dans l’année de la coupe du monde. Est-ce que les dispositions ont-elles été prises pour que la Côte d’Ivoire fasse un bon mondial au Brésil ?
AL : Tous les pays qualifiés sont prêts pour le Mondial. Aucun des trente-deux pays qualifiés ne peut dire qu’il n’est pas prêt pour la compétition. La FIFA a mis à la disposition de chaque fédération nationale des ressources pour préparer sereinement le tournoi. La presse doit le dire aux Ivoiriens. Pour éviter que la fédération nationale de football ne soient l’otage des dirigeants politiques, la FIFA lui met à disposition suffisamment de moyens. Il appartient donc à la fédération de se mettre sérieusement au travail. Maintenant, il est du devoir de l’Etat de Côte d’Ivoire d’accompagner son équipe nationale. Des moyens ont été dégagés par l’instance faîtière du football mondial. Il ne s’agira donc pas question pour la Côte d’Ivoire de faire plus que ce que la FIFA a fait. Ce n’est pas possible d’ailleurs. Aujourd’hui, nous avons besoin d’infrastructures. Je préfère dans une année du Mondial comme 2014 utiliser les ressources disponibles pour réhabiliter des stades, pour construire de nouveaux stades, pour équiper nos différents clubs, pour développer notre championnat national de football, pour réorganiser les centres de formation.

LP : Toujours au niveau du financement, vous avez alarmé les fédérations lorsque vous avez annoncé que le budget alloué aux compétitions internationales a été fortement amputé. Est-ce à dire plusieurs compétitions ne seront pas financées ?
AL : Laissez-moi vous faire une révélation. Le budget que nous avons reçu cette année est supérieur à ce qui a été accordé jusque-là. Malheureusement l’argent sortait des caisses de l’Etat pour financer des compétitions sans que cet argent ne soit inscrit au budget de l’Etat de Côte d’Ivoire. C’est le cas en 2013. La FIF à elle seule à dépenser plus que ce qui a été inscrit. On se dit dans un pays comme la Côte d’Ivoire où aime le football, où le football est une tradition, l’opium des populations, il faut toujours faire des efforts. Mais cela ne doit pas être la porte ouverte au laisser-aller. Chaque fédération se lève, identifie, fixe les compétitions auxquelles elle veut participer. Au motif que ce sont des Ivoiriens qui sont athlètes, elle demande que l’Etat paie. Souvent nous lisons des alertes dans la presse de certains dirigeants fédéraux qui disent être abandonnés par l’Etat dans tel ou tel autre pays. Mais l’Etat doit avoir ses priorités.

LP : Quelles sont ces priorités?
AL : Nous disons que l’argent dégagé pour le sport en Côte d’Ivoire ne doit pas servir seulement qu’à payer des billets d’avions ou des voyages. Encore moins des primes pour les athlètes. Des études nous ont permis d’identifier et de savoir qu’entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2012, ce sont 29 milliards F CFA qui sont sortis des caisses de l’Etat pour payer des billets d’avion, des primes à des athlètes pour des compétitions qui n’ont pas rapporté une seule médaille mondiale à la Côte d’Ivoire. Avec 29 milliards, on aurait pu avoir cinq beaux stades en Côte d’Ivoire. A un moment donné, il faut faire des choix. Et les choix que nous avons fait, c’est d’identifier un certain nombre de compétitions majeures dans l’année auxquelles la Côte d’Ivoire doit pouvoir participer pour faire bonne figure. Il s’agit donc d’éviter que la Côte d’Ivoire aille pour des compétitions sans intérêts.

LP : On parle de financement mais il ne faut pas occulter la formation. Celle des athlètes, des formateurs, encadreurs…Et l’un de vos projets majeurs à votre prise de fonction, c’est la réhabilitation de l’INJS. Un an après, rien ne semble bouger dans cet établissement.
AL : Je dis toujours qu’il y a des priorités pour l’Etat. Souffrez que je le dise. Dans un Etat organisé comme la Côte d’Ivoire, il y a des priorités. L’INJS (Institut national de la jeunesse et des sports) fait partie des priorités de l’Etat. L’INJS reçoit des subventions pour sa réhabilitation. Maintenant avec le nouveau texte portant réorganisation de cette école, vous verrez qu’elle prendra une autre tournure. Cette réforme passait d’abord par une redéfinition des missions de l’INJS. Pendant longtemps, l’INJS a formé des enseignants en Education physique et sportive (EPS) dont la plupart s’est retrouvée dans les bureaux du ministère des Sports. Pendant longtemps, l’INJS a formé de hauts cadres qui ne sont pas au service de nos fédérations sportives. Tout cela est regrettable. Pendant longtemps, l’INJS a fait fi d’un détail qui est important pour nous. C’est le sport. Jusqu’ici sortent de l’INJS, des enseignants d’EPS. Maintenant doivent sortir de l’INJS, et des enseignants d’EPS et surtout des spécialistes de sport pour nos différentes disciplines.

LP : A l’INJS couve aussi une crise avec le départ annoncé et manqué du Directeur général.
AL : Il n’y a pas de crise. Rassurez-vous ! Le moment venu, les Ivoiriens verront que l’INJS fait sa mue. Parce que désormais, l’INJS est une Université et nous estimons qu’il faut une personne de cran pour gérer l’Université que devient l’INJS. C’est nous qui avons nommé le Directeur auquel vous faites allusion. On peut qualifier ce qui s’est passé d’un malentendu. Il est clair qu’à l’INJS, il y aura un nouveau Directeur qui sera chargé de repositionner cet établissement à la hauteur des grandes écoles du monde, qui forment des responsables d’Education physique et des sports.

LP : Etes-vous satisfait de la reforme de l’OISSU ?
AL : Très satisfait ! Au niveau de l’OISSU (Office ivoirien des sports scolaires et universitaires), nous nous sommes fixés des objectifs, des priorités. Le sport, au niveau de nos écoles, de nos universités, doit être au c?ur des actions du ministère des Sports. Savez-vous que la réforme au niveau de l’OISSU est intervenue depuis 1998 mais elle n’a jamais été mise en application. Il s’agissait de rendre obligatoire l’enseignement du sport dans nos écoles. Malheureusement a depuis la création de l’Académie Mimosifcom, on a constaté que les enfants quittent l’école pour aller faire le sport dans la rue. La reforme est donc un mécanisme pour l’Etat de ramener les enfants à l’école où ils pratiqueront le sport tout en suivant leur cursus scolaire. Les générations dorées du handball et du basketball en Côte d’Ivoire sont parties des écoles. Il y a eu à Bouaké, Baldino et ses filles dont Namama Fadiga, Mariam Koné et autres au handball. A Bingerville, on a Dougouss avec le basketball. La Côte d’Ivoire a gagné parce qu’il y avait des athlètes bien formés à l’école. Il n’y a donc pas de raison que nous abandonnions cette politique de victoires qui est partie de l’école. Désormais, l’Etat va être regardant sur la formation des athlètes à partir de l’OISSU. C’est pour cela que nous avons créé trois fédérations au niveau des écoles (la fédération ivoirienne des sports scolaires au niveau du primaire, la fédération ivoirienne des sports scolaires au niveau du secondaire et la fédération ivoirienne des sports universitaires). Trois fédérations qui vont, sous la direction de l’OISSU qui reste l’office administratif, organiser le sport dans nos écoles et universités en mettant l’accent sur la détection dès le bas âge.

LP : Cela ne doit-il pas entraîner également la mise en place d’un lycée sportif comme promis par le président de la République ?
AL : Les études sont achevées en ce qui concerne le Lycée sportif. A la faveur de la visite d’Etat à Bouaké, le Président aurait du poser la première pierre. Mais ce n’est que partie remise. Nous pensons que si le rythme du travail est maintenu, le Lycée devrait ouvrir ses portes à la rentrée 2014-2015. Mais mieux, d’autres lycées devraient pouvoir voir le jour. Parce qu’il n’y a pas que l’Etat seul qui doit former. Nous avons proposé à tous les responsables de centres de formation, notamment les centres de formation de football, d’accepter d’ouvrir des écoles privées qui seront subventionnées par l’Etat. Ainsi donc les apprenants seront sous la responsabilité de l’Etat pour qu’on puisse mettre fin à la fuite de nos athlètes.

LP : Peut-on dire que 2013 aura marqué le retour de la Côte d’Ivoire sur scène internationale avec l’organisation d’événements comme l’assemblée de l’ACNOA, l’Afrobasket, la CAMS, la Coupe du Monde de Taekwondo, etc. ?
AL : Nous disons que le sport doit servir d’élément de diplomatie. Voyez-vous ! Vous avez un pays comme le Qatar qui doit organiser la Coupe du Monde 2022 de football. Aujourd’hui, le Qatar est présent sur toutes les scènes où on parle du sport. Cet émirat, présenté quelques années en arrière comme étant infréquentable a compris que par le canal du sport, il pouvait faire changer le regard des gens. Et ça marche pour ce pays. Le Qatar fait beaucoup de diplomatie au niveau du sport. C’est ce que nous entendons faire au niveau de la Côte d’Ivoire. Nous avons des champions, il y a les Didier Drogba qui sont des rois ailleurs. Pourquoi ne seraient-ils pas des rois en Côte d’Ivoire ? Vous avez des Didier Drogba qui sont des égéries de certaines marques publicitaires internationales. Pourquoi ne le seraient-ils pas en Côte d’Ivoire. C’est avec fierté aujourd’hui qu’on voit des panneaux avec nos grosses stars sur des affiches publicitaires. La dernière en date est Murielle Ahouré qui fait son entrée dans le cercle des athlètes sponsorisés. C’est dire que le sport ne doit pas être banalisé parce qu’il peut apporter beaucoup à un pays. C’est pour cela que nous pensons qu’il faut avoir un ?il nouveau sur le sport en Côte d’Ivoire, qui va nous permettre de revenir au premier plan dans tous les domaines. Au niveau de l’économie, le président de la République a réussi à sortir le pays des griffes de la crise économique et à le placer sur la voie de la relance. A notre tour de jouer notre partition pour le rayonnement de notre pays. Pour le président de la République, aucun sacrifice n’est de trop pour le rayonnement de la Côte d’Ivoire. Il nous a recommandé de nous investir là où l’image de notre pays se joue. Et c’est ce que nous essayons de faire malgré les multiples oppositions.

LP : Vous avez également en charge le département des Loisirs. A ce niveau, on a l’impression que la porte n’est pas encore ouverte ?
AL : Nous avons effectivement noté qu’il n’existe pas de politique nationale de Loisirs en Côte d’Ivoire. Mais pourtant, vous avez des centres de loisirs qui poussent à tout bout de champ.

LP : Que faut-il faire alors ?
AL : Il faut simplement les organiser. Et vous allez voir très bientôt les responsables des centres de loisirs se plaindre parce que l’Etat aura décidé de mettre de l’ordre. En Côte d’Ivoire, on a pris l’habitude d’évoluer dans le désordre, sans réglementation. Et celui qui décide d’amener tout le monde à respecter les prescriptions établies devient alors le hors-la-loi. Nous pensons que l’Etat peut mieux organiser le domaine des loisirs. Il y a un texte qui est en préparation qui viendra devant le Gouvernement et le Parlement pour réglementer la politique des loisirs en Côte d’Ivoire. En cas d’incident dans un centre de loisirs, on ne sait même pas qui endosse la responsabilité. Alors qu’ailleurs, les gens sont très regardants sur l’ouverture des centres de loisirs. C’est le lieu également de faire remarquer que toutes nos associations et fédérations ne font pas du sport. Certaines font du loisir sans s’en rendre compte. Mais il faut que tout cela soit marqué, matérialisé, dans un texte. Parce qu’il y a celles qu’on appelle fédérations sportives qui sont chargées de faire du sport de haut niveau, parce que ce sont des compétitions de dimension mondiale, et des fédérations de loisirs qui sont chargées de faire du sport de masse, du sport pour tous. Nous allons mettre tout ça dans un texte pour qu’on comprenne que ce n’est pas une simple dénomination.

LP : Parlons de la jeunesse. Vous avez réactivé la Carte jeune. Comment se comporte-t-elle et comment a-t-elle été accueillie par les jeunes ?
AL : La Carte jeune est un instrument d’identification des jeunes. Nous avons estimé que par le biais de cette carte, les jeunes devaient être traités autrement. La Carte jeune, pour la petite histoire, n’a pas été créée par nous. C’est un projet que le président Alassane Ouattara a lancé depuis 1992 et qui permettait aux jeunes d’accéder à des services à moindre coût. La Carte existe dans tous les pays. En Côte d’Ivoire, certaines personnes encagoulées ont vite fait de dire que nous avons ressuscité le projet parce que nous visions des intérêts pécuniaires. Ce n’est pas le cas. Nous disons qu’il faut identifier les jeunes et ceux qui iront prendre la Carte jeune aujourd’hui se rendront compte qu’elle leur ouvre les portes du Fonds national de la jeunesse (FNJ).

LP : Quels intérêts peut avoir un jeune en s’appropriant la Carte jeune ?
AL : Il y a une panoplie de services qu’offre la Carte jeune. Je reconnais que nous n’avons pas eu à communiquer largement et longuement sur la Carte jeune pour des problèmes budgétaires. Je pense que 2014 viendra mettre fin à ce lancement manqué, parce qu’on en aura fini avec la mise en place du Conseil national de la jeunesse (CNJ) dès le premier trimestre. Parce que ce Conseil devrait permettre aux jeunes de se prendre en charge et de discuter de leur avenir dans un cadre réglementaire.

LP : Qu’est-ce qui retarde la mise en place de ce Conseil ?
AL : Je vais répéter ce que nous avons dit au Parlement. Les jeunes sont manipulés par les politiques. Malheureusement, ils refusent de l’admettre. Mais nous leur disons que le jour où ils accepteront l’évidence, tout s’arrangera. Et ils verront que l’Etat les aura en estime. Il ne s’agit pas de brandir des tee-shirts de campagne aux jeunes. Il est de notre devoir, en tant que gouvernants, de dire aux jeunes qu’ils ont leur place dans la société. Mieux, qu’ils peuvent fortement contribuer au développement du pays. Les jeunes doivent pouvoir nous faire des propositions dans la prise en compte de leurs préoccupations. La stratégie que nous avons mise en place n’a pas fonctionné parce que nous avions copté des fonctionnaires pour conduire le processus. Dès 2014, le CNJ sera mis en place parce que nous allons inverser les choses. Désormais, ce sont les jeunes qui vont composer le collège électoral pour mettre en place le Conseil national de la jeunesse. Il fallait pour l’Etat qu’il organise le CNJ. C’est ce qui a été fait puisque le décret existe. Mobiliser les moyens, les ressources existent. Maintenant, il faut des acteurs jeunes élus par leurs pairs pour utiliser les ressources et représenter la Côte d’Ivoire partout où on parlera de la jeunesse.

LP : Après un an de gestion, quel bilan peut-on faire du Fonds national de la jeunesse (FNJ) ?
AL : Le bilan est positif. Des emplois ont été créés. La moyenne nous a permis de comprendre qu’avec peu, on peut réussir beaucoup. Les jeunes ivoiriens n’ont pas été habitués à l’entreprenariat. Si bien qu’avant la mise en place du Fonds, vous entendiez des jeunes dire dans la presse qu’ils ont plusieurs projets et que l’Etat ne veut pas les financer. Lorsque nous avons mis en place le FNJ, nous avons dit aux jeunes que la seule caution qu’on leur demande, c’était la Carte jeune. Cette Carte permettait donc de suivre tout le processus de traitement du projet du jeune qui vient déposer un projet. Mais en réalité, les jeunes n’ont pas beaucoup d’informations. Donc très peu sont portés sur l’entreprenariat. Et ceux qui veulent le faire ne choisissent pas les domaines qu’il faut. C’est le constat que nous avons fait. Heureusement que bon nombre de jeunes ont compris qu’il fallait s’engager dans des secteurs à fort potentiel financier. Après une année, nous avons fait un rapport au Gouvernement. Nous savons que le Fonds va être revu à la hausse parce que nous avons eu à bénéficier d’un milliard FCFA pour la première année. Nous monterons en puissance pour permettre à tous les jeunes de Côte d’Ivoire qui veulent faire de l’entreprenariat de comprendre que le Fonds est à leur disposition. Je rappelle que le Fonds est gratuit. L’Etat finance à 100% le projet pourvu qu’on soit jeune, pourvu qu’on ait au maximum 35 ans.

LP : Le Fonds national de la jeunesse devrait permettre au Président de résoudre un épineux problème qui est celui du chômage et surtout lui permettre de tenir sa promesse de la création d’un million d’emploi. Etes-vous sur la bonne voie ?
AL : Enfin, un sujet qui devait préoccuper tous les Ivoiriens et plus particulièrement la presse de notre pays. Le FNJ, pour ceux qui s'en souviennent, est une initiative du Premier ministre Alassane Ouattara, aujourd'hui Président de la République de Côte d’Ivoire. Il faut rendre à César ce qui est à César. Lorsqu'il fit créer le FNJ au même titre que tous les autres fonds sociaux qui virent le jour en 1992, il avait voulu ainsi donner la chance aux jeunes entrepreneurs ivoiriens, du moins ceux qui voulaient entreprendre, pour tourner le dos à la fonction publique. Malheureusement, le décès du Président Félix Houphouët-Boigny en 1993 stoppa cet ambitieux programme d'insertion socioéconomique de la jeunesse ivoirienne. Même relancés sous d'autres dénominations, les différents projets s'étaient heurtés à la qualification et à la formation des bénéficiaires. Nombreux bénéficiaires très peu outillés pour la gestion d'un projet d'entreprise ont vite fait de confondre cet argent public comme un don à eux fait. Tirant les leçons des échecs passés, le Président Alassane Ouattara nous a demandé de mettre à la disposition des jeunes déjà formés, des ressources utiles à la création d'entreprises, de richesses et d'emplois pour d'autres jeunes. C'est tout le sens du FNJ nouveau créé en octobre 2012. Le FNJ est donc un fonds de garantie à la disposition de la jeunesse ivoirienne.

LP : Combien de jeunes a-t-il absorbé ?
AL : En douze mois de fonctionnement, ce sont près de 850 millions F CFA qui ont servis à créer des entreprises, essentiellement dans l'agropastoral et les services. Nous pensons que ce n’est pas assez, compte tenu des attentes des Ivoiriens. Car bon nombre de demandeurs des services du FNJ ont déjà dépassé l'âge de la jeunesse qui pour rappel en Côte d’Ivoire se limite à 35 ans. C'est pourquoi, à la demande du Président de la République, nous avons demandé à la direction du FNJ de permettre à des moins jeunes de s'associer à des jeunes pour soumettre des projets à financer. Et depuis, ces groupes s'adressent au FNJ qui les reçoit, les oriente et les conseille. Car notons-le, le FNJ tient à voir tous les projets réussir. Ce qui signifie que toutes les ressources investies doivent être remboursées afin de financer d'autres projets de jeunes, des projets qui créent des ressources financières et donc des richesses et des emplois.
Il appartient à tous les jeunes qui doutent ou qui hésitent encore à franchir la porte du FNJ qui utilise les sources d'informations modernes avec un site internet (www.fnj.ci) ouvert à tous et qui permet aux jeunes qui ont soumis des projets de suivre le traitement qui en est fait. Nos services sont non seulement sur la bonne voie, mais en 2014, les chiffres seront meilleurs parce que les ressources promises par le Président de la République seront revues à la hausse. Car ne cesse-t-il de dire, les jeunes doivent être les principaux bénéficiaires de ce premier quinquennat.

LP : A combien d’emplois aujourd’hui peut-on estimer l’apport du FNJ ?
AL : En matière de création de projets, le FNJ tient compte de la qualité du projet et plus précisément de sa particularité s'agissant dans un premier temps de l'innovation du projet donc des prévisions de richesses et dans un second temps, du nombre d'emplois possibles à créer. Au bout de douze mois, les projets déjà créés dégagent plus d'un millier d'emplois. Ce qui fait dire que le coût moyen octroyé par le FNJ est de l'ordre de 830.000 FCFA. Un tel indicateur est bon à prendre selon certains experts avec lesquels collabore le FNJ.

LP : Un gros souci pour la jeunesse est le montage de projets tenables. Comment le FNJ peut-il y remédier ?
AL : On s'est vite rendu compte que tous les Ivoiriens étaient intéressés par les services du FNJ. Et pourtant, tous ne sont pas jeunes. Tous n'ont pas le profil de l'entrepreneur, parce que tous ne savent pas monter un projet encore moins comprendre ce que c'est qu'un plan d'affaires. C'est pourquoi la question de la prise en charge des promoteurs des projets figure en bonne place au nombre des prestations du FNJ. Si par le passé, l'on s'était débarrassé des bénéficiaires en leur accordant des prêts encore en recouvrement, le dispositif actuel fait obligation aux conseillers projets du FNJ de s'assurer des bonnes dispositions de tout futur promoteur. S'assurer qu'il est l'auteur du plan d'affaires soumis en ligne sur le site du FNJ. Ce qui signifie qu'il réponde aux questions des spécialistes au sein du FNJ. S'assurer qu'il sait lire toutes les rubriques d'un plan d'affaires.
Et à la demande du Président de la République, l'encadrement se fait avant, pendant et voire au-delà du remboursement du prêt consenti par le FNJ. Car nous devons nous assurer que le bénéficiaire d'un financement n'a pas abandonné alors que tout avait été mis en place pour la réussite de son projet.

LP : Quand vous jetez un regard panoramique sur l’année 2013 avec tout ce qui s’est passé, vous pensez être un ministre incompris ou est-ce que ce sont vos reformes qui gênent ?
AL : Je ne dirais pas que je suis incompris. A huis clos, tous les responsables du mouvement sportif comprennent et partagent ce que nous disons. Sincèrement, nous pensons que ce sont les reformes qui gênent. Je l’ai déjà dit sur les plateaux de la Télévision nationale. Les reformes, on en fait un peu partout dans les différents secteurs d’activité de notre pays. Il faut qu’on accepte de faire des reformes au niveau du sport. C’est vrai que ces reformes ne profiteront pas au premier coup aux responsables fédéraux à qui tout a profité jusque-là. Ces reformes doivent profiter avant tout à la Côte d’Ivoire parce qu’il s’agit pour nous de glaner des médailles au niveau mondial. Mais il s’agit surtout pour les athlètes d’être reconnu dans le dispositif d’organisation du sport en Côte d’Ivoire. Les athlètes ne sont pas reconnus. Les athlètes qui ont fait les beaux jours du sport et qui se sont retirés aujourd’hui ne sont même pas reconnus. Nous sommes envahis aujourd’hui par des courriers d’anciens athlètes qui disent attendre la reconnaissance de l’Etat.

LP : Vos vœux pour l’année 2014.
AL : Que 2014 soit une année de succès pour les Ivoiriens dans leur ensemble, une année de réussite pour tous les jeunes dans tout ce qu’ils vont entreprendre, une année de bon choix pour les uns et les autres. Parce que notre pays a souffert des mauvaises orientations. Le salut du sport en Côte d’Ivoire ne viendra que des reformes. Qu’en 2014, la Loi sur le Sport soit enfin adoptée par le Parlement pour que notre sport soit engagé sur la voie du professionnalisme. 2014 sera une année exceptionnelle pour le sport mondial. La Côte d’Ivoire, pour la troisième fois, va en Coupe du Monde. Je voudrais lancer un appel à la pensée positive, aux supporters de notre équipe nationale de football. C’est vrai que les Ivoiriens ont tout temps souffert quand leur équipe nationale est sur le terrain. Mais il faut se dire qu’il y a des jours où des merveilles se produisent. Personne ne s’attendait à voir les Eléphants remportés Sénégal 92, nous pensons qu’ils sont sur la bonne voie. Nous leur demandons de faire confiance à tous les acteurs qui composent le mouvement sportif ivoirien, de croire en leurs chances. Et surtout se dire que la Côte d’Ivoire est sur la bonne voie et qu’avec très peu de moyens, nous pouvons réussir.

Réalisée par Koné Lassiné

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