Présentée ce lundi 23 février 2026 au Salon international de l’agriculture (SIA) à Paris, la masterclass sur les “Créativités et innovations pour la rentabilité des exploitations d’élevage” a posé un cap clair : faire de l’innovation un levier de performance économique et d’attractivité pour la filière animale en Côte d’Ivoire. Portée par la volonté du Ministre Sidi Tiémoko Touré d’encourager l’investissement dans le secteur, cette initiative met en avant une vision structurée, chiffrée et résolument tournée vers la rentabilité des exploitations.
Au SIA 2026, la filière élevage ivoirienne n’est pas venue seulement exposer ses potentiels, elle est venue défendre une stratégie. C’est le principal enseignement de la masterclass animée par Monsieur Koné Songuida, coordonnateur du projet PRO-BOVINE, autour d’un thème central qui résonne comme un mot d’ordre économique « comment rendre les exploitations d’élevage durablement rentables grâce à la créativité et à l’innovation ? ».
Elle a déroulée une démonstration en cinq temps à savoir : l’état des lieux, l’environnement de production, le diagnostic des faiblesses, les solutions innovantes, puis les perspectives de rentabilité et de souveraineté alimentaire. Une architecture pédagogique qui a permis de passer d’un constat parfois sévère à une vision d’action concrète.
Le point de départ de la masterclass est sans ambiguïté : l’élevage ivoirien dispose d’un potentiel important mais insuffisamment valorisé. Monsieur Koné à rappelé que l’agriculture représente 14,8 % du PIB en 2024, tandis que l’élevage ne pèse encore que 1 % du PIB total et 6,7 % du PIB agricole, malgré une demande alimentaire tirée par une population nombreuse et en croissance. Ce décalage entre potentiel et performance alimente une dépendance structurelle vis-à-vis des importations. Les chiffres présentés sont parlants : 51 % de la viande et des abats consommés seraient importés, tandis que la dépendance est encore plus marquée pour le lait et ses dérivés, avec 87 % d’importations. Derrière ces données, la masterclass souligne l’enjeu majeur de la souveraineté alimentaire en produits animaux.
L’un des mérites de cette présentation est de ne pas s’arrêter aux difficultés. Elle a mis aussi en lumière la base productive existante. Selon le présentateur, il existe un cheptel bovin important, une dynamique avicole forte, des effectifs significatifs en ovins, caprins et porcins, ainsi qu’une diversité de systèmes de production allant de l’extensif traditionnel à des formes plus intensives et modernisées. Il a également insisté sur plusieurs atouts structurels de la Côte d’Ivoire notamment, des ressources pastorales disponibles, un réseau de services déconcentrés, des infrastructures agro-pastorales (barrages, ranchs, stations), des écoles de formation, et surtout un marché intérieur porté par une population jeune et nombreuse. Autrement dit, la filière ne part pas de zéro. Elle dispose déjà de fondamentaux que l’investissement privé, l’innovation technique et l’organisation économique peuvent renforcer.
Le coordonnateur du projet PRO-BOVINE a ensuite présenté avec clarté, les principaux verrous qui pèsent sur les exploitations. Ils sont de plusieurs ordres, les contraintes génétiques (faible performance de certaines races locales, accès limité au matériel génétique amélioré) ; les contraintes techniques et humaines (niveau de technicité insuffisant, faible adoption des itinéraires modernes) ; les contraintes sanitaires (maladies épizootiques, zoonoses, couverture vaccinale parfois insuffisante) ; les contraintes alimentaires (coût élevé de l’aliment, qualité variable des intrants, poids de l’alimentation dans les charges) ; les contraintes foncières (réduction des pâturages sous l’effet de la pression agricole et urbaine) ; les contraintes commerciales (accès limité aux marchés rémunérateurs, dépendance aux intermédiaires, volatilité des prix, faible structuration des producteurs). Monsieur Koné résume ce mécanisme en un cercle vicieux bien connu des filières peu structurées : performances faibles ; faibles revenus, sous-investissement et instabilité des prix, avec à la clé une compétitivité affaiblie.
Il a pendant cette masterclass indiqué que l’innovation devrait être perçue comme une réponse économique et non comme une simple vitrine. Selon lui, l’innovation n’y est pas abordée comme un slogan technologique, mais comme une réponse directe aux coûts, aux pertes et aux faibles marges. Le message est net : des exploitations performantes et rentables passent par l’innovation à plusieurs niveaux. A savoir l’habitat, le bien-être animal et l’efficacité productive. La reproduction et amélioration génétique accélérée ; l’alimentation : le cœur de la bataille de la rentabilité ; la santé animale : prévention, biosécurité et outils numériques et enfin l’innovation commerciale et organisationnelle.
Cette masterclass a pris une dimension particulière. Elle ne s’est pas contentée de dresser l’état du secteur mais a formulé une logique d’investissement. En mettant bout à bout génétique, alimentation, santé, technologies de conduite d’élevage et organisation du marché, elle a dessinée un écosystème dans lequel plusieurs segments peuvent attirer des capitaux : équipements, services vétérinaires numériques, fourrages, transformation, logistique, commercialisation directe, solutions de data et de traçabilité. Cette initiative s’inscrit pleinement dans la volonté attribuée au Ministre Sidi Tiémoko Touré de stimuler l’investissement dans la filière animale ; non pas par un discours général, mais par une démonstration structurée des gisements de rentabilité.
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