En fin avril, vous avez sorti un livre intitulé « Houphouët-Boigny : la face méconnue ». Trois mois plus tard, vous sortez un livre « Général Ouassenan, l’homme qui a descendu le drapeau de la France ». Quelles sont vos motivations ?
J’ai une seule motivation : éviter que nos icônes meurent dans nos esprits après leur mort biologique. J’essaie d’apporter ma pierre à l’édification de la conscience nationale tout comme nos devanciers Grah Mel, Pierre Kipré et autres qui ont laissé assez d’ouvrages instructifs dans les bibliothèques. J’ai écrit sur le général Abdoulaye Coulibaly et le président Houphouët-Boigny. Aujourd’hui je parle du général Ouassenan. En décembre, un autre livre sortira. Je travaille parallèlement sur les manuscrits de certains de mes confrères dans le cadre de ma maison Sim Editions que j’ai portée sur les fonts baptismaux. L’année prochaine, j’écrirai sur le président de la République et d’autres icônes nationales. Ce sera pour écrire autre chose que ce que nous avons déjà lu sur le président Alassane Ouattara. Ce sera inédit c’est pourquoi, je prends tout mon temps. Pas de précipitation.
Pourquoi tous ces livres en si peu de temps ? Si nous comptabilisons bien ça fera trois livres dans cette seule année 2026. Qu’est-ce qui vous fait courir ?
Je me challenge moi-même. Je suis en concurrence avec moi-même. Sun Tzu, l’auteur de l’auteur de « L’Art de la guerre » n’indique-t-il pas que la plus grande bataille, c’est celle qu’on gagne contre soi-même. Je teste ma capacité de production. Est-ce que je peux faire comme nos confrères des autres continents qui produisent abondamment d’œuvres majeures en si peu de temps ? C’est la question que je me pose au quotidien.
D’où tirez-vous cette inspiration ?
Je ne saurai vous le dire mais sachez que je n’écris pas pour faire plaisir. C’est pourquoi je fais des biographies et non des hagiographies. Quand j’écris sur une personnalité, je fais ressortir aussi bien son bon côté que ses aspects négatifs étant entendu que nul n’est parfait.
Pour en venir au livre sur Ouassenan, dans quelles conditions il a été élaboré ?
La rédaction de ce livre a démarré en 2022 du vivant du général Ouassenan. C’est avec sa bénédiction que j’ai enquêté sur son parcours, sa carrière, sa vie professionnelle et sa vie familiale. On échangeait régulièrement sur tous les sujets. En 2023, en août, il est décédé pendant que nous étions à fond dans la rédaction de sa biographie. J’étais tellement découragé que j’ai rangé le projet du livre au placard pendant deux ans avant de le dépoussiérer cette année. C’est le lieu pour moi je remercier son épouse Veuve Gnanzou Antoinette et tous les enfants du General qui ont accepté d’apporter leur précieuse contribution à la rédaction du livre. Je n’oublie pas les membres de sa famille politique, le Pdci-Rda, qui ont joué une partition. J’exprime ma gratitude à toutes celles et à tous ceux qui à quelque niveau que ce soit ont donné un coup main pour cette œuvre. Je salue particulièrement le président Kébé Yacouba qui a préfacé l’œuvre et Me René Bourgoin qui a fait la postface.
En plus de sa vie privée, vous évoquez dans ce livre ses relations avec Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ? Comment faisait-il pour être en phase avec toutes ces personnalités ?
Il était très respectueux des institutions de la République et des personnalités qui les incarnaient. C’était cela son principe fondamental. Les lecteurs découvriront plusieurs aspects méconnues de ces grandes figures à travers leur compagnonnage avec Ouassenan. Le Général m’a fait assez de confidences sur leurs huis-clos et relations particulières que je me suis permis de rapporter.
Le nom Ouassenan rime avec trois faits historiques majeurs dans la conscience des Ivoiriens : la crise du Guébié en 1970, la bastonnade d’un directeur de publication et les fameuses opérations coups de poing. Pensez-vous avoir suffisamment élucidé ces trois questions qui collent à la peau de Ouassenan ?
Ce sera aux lecteurs d’évaluer mes investigations et dire si oui ou non après m’avoir lu, ils trouvent des zones d’ombres. De toutes les façons, on ne finit jamais de traiter un sujet. A tout moment, quelqu’un d’autre peut traiter un angle nouveau avec des éléments complémentaires. Ce que je peux dire est qu’il n’y avait pas de sujet tabous entre Ouassenan et moi. Je lui ai posé toutes les questions et je pense qu’il ne s’est pas débiné. Il a donné sa part de vérité sur tous ces sujets et bien d’autres auxquels vous ne pensez même pas.
En quelques lignes, on retient quoi de ces affaires encombrantes pour Ouassenan?
Il a raconté les circonstances de la bastonnade infligée à Aboudramane Sangaré qui était son cadet du lycée classique de Bouaké. Sur le Guébié, il a fait des révélations qui démontrent par A+B qu’il n’a pas exécuté le leader sécessionniste Kragbé Gnagbé Opadjélé. J’ai relu les articles des journaux de l’époque qui attestent que le sécessionniste était aux mains de la justice après son arrestation dans la forêt de Bobia. Mieux, je dirai que Ouassenan m’a remis une trentaine de photos exclusives sur la crise sécessionniste du Guébié. J’ai exploité une dizaine. En tant qu’ancien membre de la commission centrale du Conseil national des droits de l’homme, je ne pouvais pas exploiter certaines images attentatoires à la dignité humaine.
Sur les « opérations coup de poing », qui continuent d’inspirer jusqu’à ce jour les autorités sécuritaires de notre pays, il était lui-même sur le terrain, il survolait la forêt du Banco avec son hélico pour dénicher les nids de bandits. Il a même pris un de ses propres enfants à une heure du matin lors des opérations coup de poing. C’était un homme très rigoureux qui ne badinait pas les attitudes maladroites.
Quelle est la nature de ce livre ? Un document histoire ou un essai ?
Ni l’un ni l’autre. C’est une biographie. Je cerne toute la personnalité du général Ouassenan. Je mets en avant ses qualités mais également ses défauts. En plus d’avoir été celui qui a descendu le drapeau de la France à l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, il a posé plusieurs autres actes mémoriels qui continuent d’impacter la vie des gendarmes et des policiers. Il créé la garde présidentielle. Il a été écrivain, taekwondo-in, ambassadeur, député, fermier, etc.
Quel accueil les Ivoiriens ont-ils réservé à ce dernier livre ?
Vu l’engouement, je ne peux que rendre gloire à Dieu. Vous avez remarqué que l’amphithéâtre du Crrae-Uemoa a fait le plein de monde lors de la dédicace le 5 août 2026 en présence de plusieurs personnalités politiques, administratives et militaires. J’ai également fait une dédicace à Paris le 29 août où les Ivoiriens de la diaspora ont manifesté un réel intérêt pour ce livre. Je dis merci à tout le monde.
AN

