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Économie Publié le mercredi 5 mai 2010 | Nord-Sud

Yamoussoukro : Transport urbain - Au moins 30% des taxis carburent au gaz

Les hausses successives du prix du carburant (essence et gasoil) ont eu raison de l’interdiction d’utiliser le gaz comme combustible dans les véhicules de transport. Plusieurs taxis-ville de Yamoussoukro carburent au gaz, nettement moins coûteux que les combustibles liquides. Ils se reconnaissent par les bouteilles de gaz coincées dans le coffre-arrière du véhicule.

Nous sommes trois passagers, assis sur le siège-arrière du taxi-ville de Yamoussoukro, qui avons senti dès que le véhicule a démarré, l’odeur du gaz émanant du coffre-arrière. A la question de savoir pourquoi son véhicule roule avec du gaz malgré l’interdiction, le chauffeur, A. Koné, s’étonne : «C’est que vous n’êtes pas d’ici. Sinon, 3 taxis sur 10 utilisent le gaz qui est nettement moins coûteux que l’essence et le gasoil». L’utilisation du butane a débuté dès que le prix du gasoil a dépassé la barre des 500 Fcfa le litre, justifie-t-il. Les premiers à virer au gaz, sont les véhicules à essence. Et quelques taxis à gasoil les ont suivis. La tendance va à la hausse puisque c’est plus économique, explique notre chauffeur.

Plus facile de boucler sa recette avec le butane

«On estime à 30 % des 1.152 taxis que compte la capitale politique (chiffre de 2009) qui roulent au gaz », déclare Diabagaté A, un transporteur. Qui précise que ces véhicules sont transformés sur place par des mécaniciens locaux. Qui se sont spécialisés dans l’installation des bouteilles et du circuit de gaz dans ces taxis. Une installation artisanale qui ne respecte pas les normes que l’on voit dans les véhicules venant d’Europe. Ce qui explique les fuites de butane dans certains taxis comme celui que nous avons emprunté.
«Heureusement que jusqu’à présent, nous n’avons déploré aucune catastrophe. Car, aucune assurance ne couvre ces véhicules, surtout que sur la carte-grise, la source d’énergie déclarée est soit ‘’essence’’, soit ‘’gasoil’’ », fait remarquer le transporteur. Mieux, ajoute-t-il, les transporteurs ne vont jamais à la visite technique avec un véhicule équipé de gaz. « On enlève tout avant la visite et on le replace après», révèle-t-il. B. Koné, un autre chauffeur de taxi est formel : il est plus aisé de boucler sa recette avec un véhicule à gaz qu’un autre à essence ou à gasoil. Avec 5.500 Fcfa, argumente-t-il, son plein de gaz est fait et lui permet de rouler jusqu’à 13h avant que son ‘’contractuel’’ ne prenne la relève. A eux deux, ils arrivent à boucler la recette exigée par le ‘’Dioulatiè’’, entendez le propriétaire du véhicule. Ces derniers demandent, aux dires du chauffeur, entre 10.000 et 14.000 Fcfa de recette journalière pour les voitures à gasoil. Lorsque le véhicule consomme du gaz, la recette quotidienne exigée monte entre 12.000 et 20.000 Fcfa. «Dans les deux cas, on tient compte de l’état et de l’âge du taxi. Avec mon contractuel, nous consommons 30 litres de gasoil par jour. Ce qui nous revient à 18.450 Fcfa au prix actuel du gasoil à la pompe. Alors que ceux qui roulent au gaz ne dépensent que 10.000 Fcfa. Vous comprenez aisément que l’économie qu’ils font est énorme», soutient K. Albert, un autre chauffeur qui est aussi propriétaire de son véhicule. Et qui n’exclut pas la possibilité de virer lui aussi au gaz si la hausse du carburant continue. «Nous, les chauffeurs, inhalons ces relents de gaz qui, on le sait, sont encore plus nocifs pour notre santé que la cigarette pour un grand fumeur», déplore Kader K. Malgré ce constat et à cause du manque de travail, il est obligé d’accepter de conduire son véhicule à gaz. Surtout, ce «nouveau type de carburant», il retourne avec un peu d’argent à la maison en plus de la recette. Facile de s’approvisionner en gaz à Yamoussoukro. On trouve ‘’les stations’’ partout dans la ville, malgré l’interdiction. Des clandestins bien visibles à la gare routière comme dans les arrière-cours de Dioulabougou et Habitat où l’on voit les taxis rentrer toute la journée. Il y en a un, au bord de l’avenue centrale de la ville, non loin de l’Hôtel Président. Plus moderne, cette station, selon certains chauffeurs, serait la seule autorisée officiellement à fournir le gaz aux véhicules. Malgré l’interdiction ! Les clients sont, en tout cas, satisfaits de la qualité du service comme du produit fourni. « La vue même de l’endroit inspire la confiance. Tout y est propre et aéré et on y voit des extincteurs », affirme un client régulier. Différent donc des autres ‘’stations’’, qui fournissent le gaz en pompant des bonbonnes. « Les agents des services des mines viennent souvent d’Abidjan. Ils ramassent le matériel de ces pompistes clandestins qui les retrouvent quelques heures après. Vas-y comprendre quelque chose », relève Diomandé Bakary, un de ceux qui fréquentent la gare. Qui précise que les taxis ne sont pas les seuls à utiliser le butane comme combustible.

Les arrière-cours transformées en station

« Il n’y a pas que les taxis. A cause de la crise, plusieurs voitures particulières utilisent le gaz. Mieux, presque toutes les 504 qui desservent Toumodi et Dimbokro consomment du gaz ». Selon Diarrassouba Moussa, secrétaire général du Syndicat des chauffeurs de taxi et auxiliaires de Yamoussoukro, plusieurs facteurs poussent les transporteurs à transgresser la loi. Au-delà du prix toujours excessif du carburant, il y a celui des pièces de rechange dont certains sont passés du simple au double. «Par exemple, les batteries que nous achetions en 2008-2009 à 35.000 Fcfa, coûtent aujourd’hui 70.000 F», relève-t-il. A cela il faut ajouter les multiples taxes dont le propriétaire de taxi doit s’acquitter. Et le syndicaliste d’énumérer : taxes municipales (carte de transport et carte de stationnement à 7.000 Fcfa, Droit d’exploitation de ligne pour le district à 21.000 Fcfa/trimestre, Timbres mensuels du trésor qui varient, selon l’âge du véhicule entre 3.500 et 5.000 Fcfa. Sans compter les vignettes et patentes et le sempiternel racket des Forces de défense et sécurité (Fds), malgré les campagnes du général Mangou et son comité mis en place à cet effet. Avec ces frais, justifie-t-il, le transporteur est contraint d’aller où c’est moins cher. Surtout que les usagers ont pris l’habitude de payer 200 Fcfa au lieu de 250 Fcfa en ville, le coût du transport homologué. Aussi, se demande-t-il s’il ne faut pas plutôt autoriser l’utilisation du gaz en étant plus strict sur les transformations. «C’est peut-être la meilleure solution, si l’Etat n’augmente pas le gaz comme il le fait avec l’essence et le gasoil», déclare-t-il. Selon un agent du ministère des Mines et de l’Energie, l’utilisation du gaz comme carburant est interdite par loi 92-469 du 30 juillet 1992, portant répression des fraudes en matière de stockage et distribution des produits pétroliers. «Le transvasement est donc interdit et des mesures coercitives existent pour faire respecter la loi. Les transporteurs qui mènent cette activité, sont dans l’illégalité», souligne-t-il. A l’en croire, le gaz est un produit dangereux et quand il n’y a pas d’encadrement, cela peut entraîner des catastrophes. «C’est vrai que dans un pays comme le Ghana, ce combustible est autorisé comme carburant mais, pour l’instant dans notre pays, nous n’en sommes pas encore là à cause du déficit auquel on doit faire face», réagit-il.

Ousmane Diallo à Yamoussoukro
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