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Editorial

Vrais faux procès
Publié le lundi 6 juin 2011   |  Le Patriote


Crise
© Getty Images
Crise post-électorale: Abobo après les affrontements entre les FDS et le "Commando invisible"
Vendredi 25 mars 2011. Abidjan. De violents combats ont opposés les FDS qui tentaient d`approvisionner le camp de gendarmerie, aux éléments du "Commando invisible" qui contrôlent la commune d`Abobo. Photo: les chars des FDS


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“Des partisans de Gbagbo torturés et tués à Abidjan», « Les FRCI, les forces fidèles à Alassane Ouattara ont exécuté des hommes de tous âges sur la base de leur appartenance ethnique et politiques », « Ils ont regardé sa carte d’identité et l’ont abattu ». Ce sont les titres de rapports publiés par les ONG Human Rights Watch et Amnesty international, qui disent avoir recensé des centaines de personnes tuées à Abidjan et à l’ouest par les FRCI, depuis l’éclatement de la révolution ayant abouti à l`arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril dernier.

Jamais, avec autant d’insistance, notre pays n’aura occupé la « Une » des médias internationaux à propos de la violation des droits humains. Amnesty international et Human Rights Watch, deux organisations de défense des droits de l’Homme, parmi les plus respectables au monde, s’en donnent à cœur joie. Avant même la conclusion des enquêtes judiciaires en cours ou à venir, elles ont déjà trouvé les coupables des massacres. Dans ce jeu macabre dans lequel ces deux organisations jubilent depuis quelques mois, il est clairement perceptible qu’il s’agit d’éclabousser ou, à tout le moins, d’indexer le camp des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire, comme étant composé de tueurs sans foi ni loi. 149 morts à Abidjan, 1000 morts et chasse à l’homme à l’ouest, ne cessent-elles de clamer dans les médias, sans prendre de gants. Par des raccourcis, une certaine opinion tend à voir cet acharnement, comme le fruit de compromission et d’un complot contre le régime ivoirien, dans lequel les ONG ne seraient qu’une des pièces du puzzle.

Ce lynchage médiatique a pour but d’affaiblir ceux qu’on a appelés depuis longtemps, les Com’zones, aujourd’hui chefs de Groupements tactiques, dont l’action a permis de mettre fin au hold-up de Laurent Gbagbo. C’est vrai, on ne peut pas ne pas reconnaître qu’il y a eu des atrocités et de graves exactions contre des Ivoiriens. Les charniers et fosses communes découvertes ici et là, sont la preuve de la violence des événements qui ont suivi le hold-up électoral perpétré par Paul Yao N’Dré pour le compte de Laurent Gbagbo. Mais, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, en portant des accusations gratuites et sans fondement.

D’ailleurs, le Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, ne donne-t-il pas suffisamment de gages de sa volonté de mettre fin à l’impunité dans son pays ? Alors que certains attendaient de lui des marchandages et des compromissions politiques avec l’ancien régime au pouvoir, le Chef de l’Etat a choisi le chemin de la fermeté, en maintenant en résidences surveillées, certains barons du régime Gbagbo. C’est encore lui qui a écrit aux Nations Unies afin qu’une Commission d’enquête soit établie en vue de connaître de tous les faits incriminés dans notre pays. Ce qui aboutira certainement à la mise en place d’un tribunal pénal. Les ONG Amnesty International et Human Rigths Watch doivent plutôt reconnaître qu’il y a des avancées notables dans la lutte contre l’impunité. Si elles ont eu accès au territoire ivoirien avec toute la liberté d’agir, de parler et d’enquêter, il est clair que c’est parce que les choses ont changé.

Autrement, on l’a vu il y a seulement quelques mois, certaines portes parmi celles des intouchables du pays, leur étaient fermées à double tour. Mais avec Alassane Ouattara, c’est autre chose. En même temps, la justice a ses règles qu’il faut savoir respecter.

Amnesty International et Human Rights Watch viennent, c’est le cas de le dire, de se réveiller d’un long sommeil. Il faut certainement le leur rappeler. Au moment où elles dormaient, Laurent Gbagbo, ses milices, les cadres de son parti et leurs mercenaires semaient le vent de la discorde qui allait engendrer la tempête de la déflagration générale que nous avons vécue aussi bien à Abidjan que dans le reste du pays. Où étaient Amnessty International et Human Rights Watch quand, à l’Ouest du pays, les chefs de guerre appelés Colombo, Bob Marley, Pasteur Gammi ou Mao Gloféi tuaient des Ivoiriens originaires du Nord ou des étrangers de nationalité burkinabé, togolaise et béninoise et les jetaient dans des fosses communes ? Où étaient-elles, quand les cadres de l’Ouest, partisans de Laurent Gbagbo, essaimaient leurs régions d’armes lourdes et de mercenaires libériens ? On se rappelle surtout les trois derniers mois qui ont précédé la chute de Laurent Gbagbo avec le supplice du pneu. Par centaines, les jeunes militants du RHDP ont été brûlés, pneus au cou et aspergés d’essence.

Les droits de l’Homme, c’est aussi le droit à la vie. Le régime Gbagbo a interrompu l’électricité et la distribution d’eau courante dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Pendant des semaines, dans l’indifférence totale des ONG internationales, les populations des zones Centre-Nord-Ouest ont crié et appelé au secours. En vain. Elles ont vu mourir des dizaines de personnes dans les centres hospitaliers, expressément privés d’électricité, d’eau et de médicaments. Même l’Education qui est pourtant un des droits fondamentaux de l’homme, était l’objet d’un marchandage politique. Ce sont toutes ces dérives qui ont maintenu les rancœurs et amplifié les tensions.

L`heure n`est, sans doute pas, et n’a jamais été au procès des Forces républicaines, mais plutôt à celui du système d’épuration ethnique mis en place par Laurent Gbagbo, qui va devoir rendre des comptes pour avoir laissé s`installer une logique de guerre civile dans ses quatre derniers mois au pouvoir.

Les ONG internationales croient pouvoir faire un procès des FRCI sans justice et sans enquêtes judiciaires. Le chef de l’Etat a promis la paix et la réconciliation à la Côte d`Ivoire, vexée par une décennie de crise politico-militaire. Vainqueur de la présidentielle de novembre, le chemin qui l’a mené au palais présidentiel a été jonché de cadavres du fait des ennemis de la démocratie. Alassane Ouattara s’est engagé à instituer dans son pays, une justice qui ne « rend pas des services » mais, qui donne « raison à celui qui a raison et tort à celui qui a tort ».

Jean-Pierre Mignard, avocat, résumait bien la situation : «Croyez-vous que le général De Gaulle était pour qu`on tonde les femmes ayant fréquenté des Allemands après la Libération, ou qu`il était pour les exécutions sommaires? Certainement pas! ».

« Nous sommes, pourrait-il, interrogé par un journal en ligne, dans une situation de guerre civile délibérément provoquée par Laurent Gbagbo. Dès lors, c`est lui qui porte la responsabilité politique des massacres. Ce n`est pas Alassane Ouattara qui a déclenché la tempête. Et une tempête ne s`arrête pas sur ordre. Il faudra jeter des tonnes d`eau froide sur les braises... »

La Côte d’Ivoire est désormais sur les rails. Il faut donc laisser la justice trancher et ne pas se substituer aux juges. C’est cela la lutte contre l’impunité. Nul ne peut prétendre l’apprendre à Amnesty International et à Human Rights Watch.

PAR CHARLES SANGA

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