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Incursion au cœur du dur vécu des populations de Minignan, un chef-lieu de région en mal de développement (REPORTAGE)
Publié le mardi 7 avril 2015  |  AIP
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Abidjan - Située dans l’extrême Nord-ouest de la Côte d’Ivoire, Minignan, chef-lieu de région du Folon depuis 2011 manque de tout, pour ce qui est de la commune, en termes d’infrastructures, et présente davantage, à la découverte, le profil d’un immense village, non seulement difficile d’accès mais aussi et surtout dans lequel vivre chaque jour reste un défi permanent. Un séjour de 72 heures dans la commune, dans le cadre d’une mission de prospection, en prélude à la visite d’Etat prochaine du Président de la République, Alassane Ouattara, dans la localité nous a plongé au cœur du dur vécu des populations.

Minignan, une localité difficile d’accès

Distant de quelque 950 km d’Abidjan, deux possibilités s’offrent au voyageur pour gagner Minigan depuis la capitale économique ivoirienne.

L’une est de prendre un départ direct. Seulement une seule compagnie dessert la localité et, n’effectue de départ que seulement deux fois dans la semaine, à savoir lundi et jeudi.

Le départ direct atteint Minignan à 02 heures voire 03 heures du matin le lendemain du départ après avoir quitté Abidjan autour de 06 heures, nous a averti le correspondant de l’AIP sur place alors que nous préparions notre départ.

L’autre option ne garantit pas mieux en termes de facilitation du déplacement car une partie du trajet devant être effectuée à l’arrière d’une moto, sur une voie non bitumée de quelque 75 km. C’est la distance qui sépare la commune de Minignan de celle d’Odiénné où pour cette seconde possibilité une escale s’impose.

"Tu seras à Odiénné autour de 17 heures", nous assure notre contact sur place. Celui-ci nous explique également que les départs pour Odiénné partent très tôt le matin (autour de 06 heures) et que la pratique pour se rendre dans cette partie du pays est de veiller à prendre son ticket la veille du départ. Le choix est fait, nous passerons par Odiénné.

L’ordre nous envoyant en mission veut que nous quittions Abidjan le mardi 24 mars. Lundi nous rendons à la nouvelle gare pour l’achat du ticket comme recommandé. Rendez-vous est pris pour le lendemain à "05h30", est-il expressément signifié sur le ticket. Un autocar de la compagnie TCF nous transportera.

La nuit est courte, raccourcie par la peur de manquer son départ et, davantage par la crainte de l’inconnu.

Il est 04h30, la nuit enveloppe encore l’aube en ce mardi. Un air doux souffle dans les rues encore désertes de Yopougon-toit rouge, du côté du 19ème arrondissement. Nous sommes seul, dehors, en partance pour Adjamé pour rallier Odiénné puis Minignan et, point n’est question de manquer le rendez-vous. "05h30" avait insisté l’employé de TCF la veille.

L’horloge marque 05h00 quand un taxi nous dépose à la nouvelle gare d’Adjamé désespérément déserte ce matin, autant que les locaux de la compagnie avec laquelle nous sommes sensé voyager. Il est pourtant bien marqué 05h30 sur le ticket que nous consultons encore.

Assis sur un banc à côté, deux jeunes gens devisent devant la gare. Nous sommes quelque peu rassuré quand ils nous indiquent être aussi des passagers du premier départ. La nouvelle gare tarde pourtant à faire son plein de foule habituelle.

Il est un peu plus de 05 h30 quand font en premier leur apparition des commerçantes. Avec sur la tête des cuvettes exagérément chargées, elles proposent déjà aux rares passagers présents un peu de tout. Des friandises, des jouets de tout genre. Divers produits pour la toilette pour ceux des voyageurs qui auraient oublié d’en mettre dans leurs bagages sont aussi proposés.

"Monsieur y a café mougou (café moulu), y a petit cola, y a de l’eau …", entend-t-on également. Il y a aussi celles qui proposent de quoi manger, notamment du pain avec divers accompagnements.

A côté un kiosque à café a ouvert entre temps. Le gérant, outre servir à manger, semble s’être également investi de la mission de rendre l’attente moins pénible pour ceux des passagers qui patientent depuis plus d’une heure comme nous.

Bob Marley est mis à contribution. "Johny was, Natty Dread, Buffalo soldier…", décibels toutes déployées, les titres s’enchaînent pendant que la gare retrouve son ambiance habituelle, se remplissant au rythme d’incessants va et vient de véhicules.

Il est 06h30 quand nous embarquons finalement à bord d’un énorme autobus de 70 places, de marque coréenne, après 01h30 d’attente pour ce qui nous concerne.
Le car est doté de l’air conditionné, un rideau bleu flotte à toutes les fenêtres pour protéger les passagers des rayons du soleil. Les sièges sont d’un confort acceptable et il y a même la vidéo à bord. Deux écrans, l’un à l’avant et l’autre collé au plafond au milieu entretiennent déjà les passagers quand le car quitte la nouvelle gare. Il est 07 heures quand nous franchissons le corridor de la Gesco.

Le trajet se déroule sans heurt et après plus de 10 heures de route, nous parvenons à Odiénné, après quelque 867 km parcourus.

Il est 17 heures exactement quand le car marque l’arrêt à la gare. Il fait encore soleil sur la commune. Les rayons restent particulièrement vigoureux malgré l’après-midi plus qu’avancé. L’on se croirait aisément à 15 heures si l’horloge ne disait pas le contraire.

Enfin à Odiénné mais pas encore à Minignan. Le cœur est un peu plus léger même si le plus dur était à venir. Le reste du trajet est, en effet ,à faire à moto "le moyen le plus sûr et le plus rapide" de rallier la capitale du Folon à partir d’Odiénné.

Pour le reste, il faut attendre "une occasion" comme on dit localement. Aucune compagnie de transport en effet n’assure le trajet et, les occasions de véhicule qui se présentent sont des camions de ramassage de produits communément appelé "Kia" ou des poids lourds qui occasionnellement embarquent des voyageurs. Ceux-ci effectuent le voyage alors perchés sur divers produits que transportent prioritairement ces camions.

Ces engins, pour la plupart, partent d’Odiénné en début de soirée et parviennent tardivement à Minignan. Quand ils sont arrivés tôt c’est un peu plus au delà de minuit (pour une distance de 75 km), nous met-on en garde sur place. Avec la moto, le voyage dure tout au plus 02 heures de temps.

Il est 17 heures cependant quand nous arrivons à Odiénné. Par mesure de prudence nous ne gagnerons pas Minignan de nuit et, surtout pas à l’arrière d’une moto. Nous allons passer la nuit à Odiénné, arrêtons-nous.

Nous sommes au mercredi 25 mars. Il est 08 heures dans la capitale du Kabadougou (Odiénné). Un vent sec d’harmattan qui tarde à se retirer titille les narines. Nous nous apprêtons à rallier Minignan à moto.

Le chef du bureau local de l’AIP a fait appeler son moto-taxi de confiance, Barry Aboubacar. Visage allongé, nez droit et l’œil vif, Barry Aboubacar est originaire de la Guinée voisine mais dit avoir toujours vécu à Odiénné. Il fait du moto-taxi depuis plus d’une décennie et rallie régulièrement Minignan, a-t-il confié.

Il consent à nous y conduire, après moult tractations, au tarif de 10 000 FCFA. M Barry avait au préalable monté les enchères jusqu’à 18000 F puis 13000F, avant de fléchir.

Le marché conclu, nous quittons Odiénné autour de 09h. Casque sur la tête, un sac sur le dos et l’autre précieusement accroché en bandoulière par notre conducteur, nous voilà parés pour 75 km à moto.

Accroché à l’arrière du gros engin, de type apache, de Barry Aboubacar, nous foulons la route poussiéreuse de Minignan après un détour dans une station service pour un approvisionnement en carburant.

L’allure est modérée, le parcours sûr bien qu’incommodant. Le tronçon Odiénné-Minignan bien que non bitumé a bénéficié en effet de travaux de remplissage et de reprofilage à la faveur de la visite prochaine du Président Ouattara.

Seule la poussière rouge qui nous a littéralement envahi et le soleil qui brûle le corps vient nous tirer de la rêverie à laquelle laisse aller la savane fortement boisée du Folon qui s’étend à perte de vue. Le spectacle est unique et nous nous retrouvons au premier rang.

L’Apache de Barry, accélérant quand il faut et marquant le pas au niveau des obstacles à bout desquels n’ont pu venir les gradères, déchire le vent sec qui règne en cette période de saison sèche dans la région.

Seuls les vrombissements de l’engin viennent troubler le lourd silence de la savane du Kabadougou puis du Folon en cette journée ensoleillée. Telle une distante interdite aux engins à quatre roues, le tronçon est en effet désespérément vide de véhicules.

Après plus d’une heure de route, uniquement un tout terrain du BNETD, maître d’œuvre de l’ensemble des travaux en réalisation dans le district du Denguélé dans le cadre de la visite du Président de République, nous a tenu compagnie un bref instant avant de s’en aller nous submergeant de poussière.

Neuf villages aux cases arrondies jalonnent le trajet. Le neuvième Diandélédougou intègre le territoire communal de Minignan que nous atteignons après 02 heures de route.

"Bienvenue à Minignan" interpelle à l’orée une sommaire pancarte, perdue au milieu des herbes. A peine un dernier virage négocié qu’une rangée de manguiers anormalement grands et, formant telle une haie d’honneur de part et d’autre de la voie vous accueille ; tout comme pour offrir à celui qui vient un bref moment de rafraîchissement après mille et une difficultés pour atteindre la capitale du Folon.

Nous sommes enfin à Minignan. Revêtu de la tête au pied de poussière certes mais entier. Et nous découvrons la localité qui s’étend, immense mais dans un état de dénuement effarant.

Minignan, une soif de développement qui saute au visage

La ville de Minignan, au premier abord, vous jette littéralement aux yeux en effet son grand retard sur le développement, perceptible d’emblée dans l’état général qu’elle présente.

Rues nues et poussiéreuses, bâtiments défraîchis, l’on peine à croire être dans une ville et, par surcroît dans une capitale régionale.

Quatre jours et trois nuits vont nous permettre de voir et d’en apprendre davantage de Minignan où d’un avis général il apparaît plus que difficile de vivre.

La plus grosse difficulté des populations de Minignan, selon les témoignages recueillis reste le problème de l’accès à la localité à partir d’Odiénné dont nous avons pu juger de nous-même.

Autant il est difficile de gagner Minignan ou d’en sortir, autant il est compliqué de s’y déplacer. Il n’ya aucun moyen de déplacement ni de véhicule ni de moto-taxi. A moins de disposer de son propre engin, la marche s’impose avec le risque d’arriver à son rendez-vous recouvert de poussière rouge de la tête au pied.

Alex Koffi, jeune professeur d’EPS au collège municipal de Minignan, se souvient de son premier voyage sur la ville qu’il dit avoir joint perché sur diverses marchandises à l’arrière d’un camion 10 tonnes. "J’ai pleuré en chemin", confesse-t-il.

Depuis, il a acquis une énorme moto avec laquelle il effectue tous ses déplacements. D’ailleurs pour un fonctionnaire en poste dans la localité le premier reflexe est de s’acheter une moto après avoir perçu son rappel, avons-nous appris de plusieurs enseignants.

Cela vaut autant pour le reste de la population qui ne se prive guère de l’outil. A Minignan on pense prioritairement moto. Et il n’ya que des motos, et des grosses, dont le rugissement déchire régulièrement le calme qui en général règne sur la ville du lever au coucher du soleil.

"Les motos c’est plus important pour nous que les véhicules. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de véhicules et il n’y a pas de route donc le moyen de transport le plus sûr c’est les motos", confirme un agriculteur, Kouyaté Mamadou, un fils de la région.

La moto facilite non seulement les déplacements dans la ville mais aussi et surtout aide à gagner rapidement Odiénné d’où partir pour Abidjan est mieux aisé.

Seuls les dimanches en effet on peut quitter Minignan pour rallier directement Abidjan en autocar. Encore que le voyage est plus que pénible du fait de l’Etat des engins qui effectuent le trajet. Vieux ils mettent davantage de temps. Les pannes sont fréquentes contraignant régulièrement les passagers qui osent le déplacement à bord à dormir en route. Ainsi Le conseil sur place est d’éviter le plus possible de prendre le départ direct.

Autant il est difficile d’accéder ou de quitter Minignan et de s’y déplacer, autant il relève d’une gageure que de se trouver un logement, nous a-t-on appris sur place également.

Le problème de logement, une gageure

C’est l’une des difficultés auxquelles doivent faire face les fonctionnaires affectés dans la localité qui se voient quelque fois contraints de vivre en colocation.

"Le problème de logement ici, c’est vraiment fort", fait remarquer sous le couvert de l’anonymat un officier de police en poste dans la localité depuis 2012.

"Beaucoup de services administratifs n’ont pas de bureaux, les animateurs n’ont pas de logement c’est la réalité on ne peut pas cacher ça", reconnait pour sa part le secrétaire général 1 de la préfecture de Minignan, Tra Bi Koué Jean-Brice.

M Bakayoko Mamadou est le chef de l’antenne de la pédagogie et de la formation continue de Minignan. Son service fait partie de ceux qui ne disposent pas de bureaux faute de bâtiments. Celui-ci se voit donc contraint de "squatter" un recoin de la Direction régionale de l’Education nationale et de l’Enseignement technique (DRENET) où il nous a accueilli pour un entretien.

Celui-ci par ailleurs vit en colocation avec trois de ses collègues à savoir le chef d’antenne, le censeur du collège et un agent de la direction régionale de l'Education nationale, a-t-il confié.

Pas de logement mais aussi pas d’hôtels

Si disposer d’une habitation permanente est difficile, avoir un abri même provisoire l’est autant. Il n’y a en effet aucun hôtel à Minignan. Seul fait office de réceptif ,une auberge d’une dizaine de chambres, récemment bâtie. Dans le cadre de la visite d'Etat, deux hôtels sont sortis de terre mais d’une capacité d’à peine une centaine de chambres.

Difficile de trouver de quoi se nourrir convenablement à Minignan

Trouver de quoi se nourrir convenablement n’est guère aisé non plus. Le marché est irrégulièrement approvisionné et il est cher, évoque-t-on.

"Il n’y a rien et même quand il y a quelque chose c’est cher", s’est complaint M Ouattara, fonctionnaire en poste à la préfecture de Minignan.

Dans la commune, selon le président des jeunes, il y a des périodes où un œuf se négocie à "200 F CFA". Un poulet coûte "3000 F voire 4000 F", la pintade "6000 F".

"Quand tu as besoin d’un mouton tu te rends au marché on va te parler de 35 000 F", s’offusque-t-il.

Le kilogramme de viande de bœuf se négocie à 1000 F, mais le marché n’est pas fréquemment approvisionné, apprend-t-on.

"On peut passer des semaines sans trouver de viande", a fait savoir, sur la question le jeune professeur d’Education physique et sportive au collège municipal de Minignan, sus cité.

"L’électricité, ça va mais l’eau est de mauvaise qualité"

En plus d’éprouver du mal à s’approvisionner sur le marché, les populations se plaignent également de la qualité de l’eau servie qui "laisse à désirer", selon l’agent de police.

"L’eau, ah c’est un problème !", admet avec force le chef de l’antenne de la pédagogie et de la formation continue de Minignan. "L’eau est toujours coupée. Quand ça vient c’est rougeâtre, de très mauvaise qualité", a-t-il poursuivi.

"L’électricité c’est mieux. Mais on est toujours dans la crainte, a-t-il ajouté. Le courant est quelque peu instable et des délestages sont aussi constatés. Le réseau électrique de Minignan, relève-t-on, date des années 70. Une réhabilitation est d’ailleurs prévue dans le cadre de la visite du Président de la République.

Il n’y a pas de banques à Minignan

En plus de toutes les difficultés évoquées la commune ne dispose d’aucun établissement bancaire. Aucune des banques classiques n’est présente ni même une structure de micro-crédit, déplore-t-on sur place.

Pour toutes leurs transactions, les fonctionnaires de même que l’ensemble des populations sont contraints de se rendre à Odiénné avec toutes les difficultés de déplacement mentionnées plus haut.

Un hôpital sous équipé, pas de pharmacie

En matière de santé, l’hôpital qui existe à Minignan est sous-équipé, au point où selon l’enseignant Alex Koffi, qui dit s’appuyer sur une expérience vécue, "on ne peut même pas y traiter une simple fracture".

L’hôpital dispose heureusement d’une ambulance mais avec l’état de la route Minignan-Odiénné, la règle générale sur place est d’éviter de se retrouver chez le docteur autant qu’on peut, fait-on savoir.

D’autant que Minignan en plus d’un hôpital qui n’existe pratiquement que de nom ne dispose d’aucune pharmacie.

Seul "un dépôt de médicaments", coincé au milieu de magasins de stockage d’anacarde et de vente de divers produits, alimente le département de Minignan et chef-lieu de la région du Folon, avons-nous constaté.

Le Président Ouattara à Minignan, une arrivée salutaire pour une région en mal de développement

Aussi, au vu de toutes ces difficultés, perçoit-on dans la localité, à raison d’ailleurs, la visite d’Etat prochaine du Président de la République, comme "le salut" qui point pour une région restée grandement en marge du développement.

"L’arrivée du Président de la république apporte toujours un développement. Nous allons lui exposer nos préoccupations espérant qu’il voudra bien les prendre en compte", a confié à l’AIP Kouyaté Mamadou, un paysan qui reprenait ainsi à son compte le sentiment général et dont nous avons pu nous imprégner avant de quitter Minignan autant difficilement que nous y avons accédé.

Reportage de Gilles Kouassi (envoyé spécial)

Akn/ASK
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