x Télécharger l'application mobile Abidjan.net Abidjan.net partout avec vous
Télécharger l'application
INSTALLER
PUBLICITÉ

Politique Publié le mercredi 24 mars 2010 | Le Nouveau Réveil

Tueries des 24, 25, 26, 27 mars 2004 sous le régime Gbagbo : Voici le rapport établi par le Pdci-Rda et remis à l`Onu il y a 6 ans

Voici le rapport établi, il y a six ans, par la commission d`enquête mise sur pied par le parti à la suite des tueries des 25, 26, 27 mars 2004 et jours suivants.

Pour des raisons évidentes de sécurité, il n`est fait aucune mention des noms des 10 membres de cette commission.
A l`occasion du sixième anniversaire de ces événements tragiques, la large diffusion de cette enquête permettrait de jeter un regard rétrospectif sur ce qui est considéré comme la plus sanglante des répressions armées perpétrées par le pouvoir Fpi au cours des dix dernières années. Le souvenir de tous ces morts doit demeurer et pour cela, être entretenu.
Indépendamment de l`enquête, est jointe ici, la transcription écrite de la présentation orale du rapport à la commission d`enquête de l`Onu. Celle-ci mentionne le contenu du dossier, les moyens disproportionnés mis en œuvre par le pouvoir pour écraser la manifestation et la typologie des exactions, à savoir, le type de blessures et ce qui les a occasionnées. Entre autres.
Il faut rappeler que l`enquête de l`Onu qui a conclu " à des tueries indiscriminées " n`a pas pris en compte la répression qui s`est poursuivie au-delà de la période considérée et a fixé les morts à 120. Les chiffres du Pdci-Rda, du Rdr confirment la mort de plus de 512 personnes.



Introduction

Longtemps réputée pour sa stabilité politique et pour sa réussite économique, la Côte d`Ivoire s`enlise inexorablement dans une crise politique profonde
Cette situation insupportable qui appelle une solution urgente et qui interpelle notre conscience de citoyens meurtris, vient de s`aggraver par les tueries du 25 mars 2004 et jours suivants, suite à la répression brutale, sauvage et barbare de la marche pacifique du groupe des 7 Partis signataires des Accords de Linas-Marcous et d`Accra 2, en vue de demander au Chef de l`Etat l`application effective et intégrale des dits-Accords.
Aussi, voudrions-nous partager avec la communauté internationale notre vive préoccupation en nous basant sur les événements tragiques du 25 mars 2004 qui accablent, tout particulièrement le Chef de l`Etat de Côte d`Ivoire, son régime, son armée, sa police, sa gendarmerie, ses milices tribales, ses mercenaires, ses groupes de partisans dits " patriotes " et ses divers complices politiques.
Pour une meilleure lisibilité de ces événements, nous avons campé ce drame en deux grands tableaux, à savoir:
. La situation avant l`Accord de Marcoussis;
. La situation après les Accords de Marcoussis et d`Accra 2

I. La situation avant les accords de Linas-Marcoussis
Cette situation est marquée par trois événements majeurs: le retour au multipartisme, le coup d`Etat du 24 décembre 1999 et l`avènement du FPI au pouvoir d`Etat.

1.1 Le retour au multipartisme en avril 1990.
Loin de promouvoir une véritable démocratie, responsable et apaisée, respectueuse de la légalité républicaine, le retour au multipartisme en Côte d`Ivoire a exacerbé les tensions ethniques et favorisé les replis identitaires; à tel point qu`il a fragilisé les Institutions, l`Etat et la République.
Au plan économique, la croissance du PNB qui était jadis très positive, sombre aujourd`hui dans la décroissance: de -2 à -3% en 2003. Cette décroissance ayant pour corollaire la paupérisation grandissante des populations.
Sorti de la clandestinité, le Fpi s`attaquera systématiquement aux acquis socio-économiques du pays (stabilité politique et économique, respect des libertés individuelles et collectives, séparation des pouvoirs, etc. )
Ce Parti politique abusera des marches, des meetings et des sit-in qui, sous sa pression, deviendront des droits constitutionnels que le Président Gbagbo refuse aujourd`hui à l`opposition.
Ainsi, le dévoiement de la démocratie sera principalement l`œuvre du FPI et de son Président Laurent Gbagbo dont l`objectif majeur est de renverser le régime Pdci-Rda et d`instaurer son socialisme, un socialisme démagogique, insurrectionnel, populiste et instrumentaliste.

1.2-Le coup d`Etat du 24 décembre 1999 et ses conséquences
Le coup d`Etat militaire du 24 décembre 1999, survenu à dix mois des élections générales, est à l`origine des difficultés actuelles de la Côte d`Ivoire. Cette forfaiture armée a ruiné les espoirs de la relance économique et plongé le pays dans la tourmente.
. Traumatisme et désarroi au sein du Parti au pouvoir, exil forcé de son Président et arrestation de ses cadres, expropriation du patrimoine du Parti, etc.
. Recrudescence de l`incivisme et de l`irrévérence au niveau d`une certaine jeunesse
. Délabrement de l`administration et affaissement de l`Etat
. Instrumentalisation de la presse et des journalistes
. Instrumentalisation systématique de l`Ecole et de l`Université
(SYNARES et FESCI à la solde du FPI)
. Instrumentalisation des syndicats d`enseignants
. Infiltration et Instrumentalisation des Forces de Défense et de Sécurité.
. Infiltration et instrumentalisation de l`appareil judiciaire avec pour conséquence grave, la disparition du principe de la séparation des pouvoirs qui est une des données fondamentales de la démocratie et de la Constitution.

1.3- L`avènement du Fpi au pouvoir d`Etat et ses méthodes de gouvernement caractérisées par le mensonge, le déni de justice et des libertés et la prise en otage de la société ivoirienne.
A l`issue de l`élection présidentielle d`octobre 2000, Monsieur Laurent GBAGBO accède à la magistrature suprême dans des " conditions calamiteuses " selon ses propres termes.
Mais, loin de restaurer la légitimité présidentielle et l`autorité de l`Etat, le régime GBAGBO va renforcer au sein de la société civile un sentiment d`insécurité généralisée, psychologiquement entretenu par le cycle infernal des intimidations, des violations des droits de l`homme et des tueries aveugles.
Ce régime liberticide et sanguinaire sera politiquement et stratégiquement soutenu par des bras séculiers visibles et masqués: le tribalisme, l`ethnicisme, la xénophobie, l`arbitraire, les forces paramilitaires appelées tantôt milices tantôt "patriotes", les médias d`Etat, les organisations syndicales, notamment en milieu scolaire et universitaire (Synares et Fesci)

I. La tragédie du 25 mars 2004
La marche projetée le 25 mars 2004 par le Groupe des sept Partis, faut-il le rappeler, n`avait rien d`une insurrection, contrairement aux dires du Président Laurent Gbagbo. Cette marche pacifique avait pour objectif d`amener le Président Gbagbo à adhérer à la nécessité d`appliquer les Accords de Linas-Marcoussis et d`Accra 2 de façon intégrale et effective.
Conformément à l`article 11 de la Constitution, les marches sont autorisées en tant qu`expression des libertés démocratiques. Ainsi, en dépit de la Constitution de la République de Côte d`Ivoire, le Président Laurent Gbagbo interdira cette marche par un décret antidaté du 11 mars 2004. L`armée sera réquisitionnée à cet effet.
Alors que les autorités politiques et militaires désignaient le Plateau comme zone rouge, donc interdite d`accès aux marcheurs, tous les constats établissent que les exactions et les tueries auront lieu, non pas dans la zone rouge interdite, ni dans ses abords mais plutôt dans les quartiers périphériques d`habitation et dans les domiciles. (Port-Bouet, Koumassi, Adjamé, Abobo, Attecoubé, Anyama, etc.)
Le dessein du régime, savamment planifié, était donc, par l`effet cumulé de la surprise et de la répression, de porter la terreur au sein des familles, de la population et de la société.

2. 1- De la responsabilité des Forces de Sécurité
Les allégations du Ministre de la Sécurité Intérieure (M. Bleou Martin) à la suite des événements du 25 mars 2004, selon lesquelles "des individus en treillis armés de pistolets automatiques et/ou de kalachnikov et circulant de nuit en 4x4, Mercedes ou bâchées, sèment la terreur dans certains quartiers en exerçant toutes sortes de sévices à "encontre des populations..." ne résistent pas à l`analyse.
En effet, il est de notoriété que les Forces de Sécurité de Côte d`Ivoire ont été impliquées dans les exactions, les violations massives des droits de l`homme et qu`elles ont agi, dans ce contexte, conjointement et en toute complicité, avec les prétendus" individus en treillis" qui ne sont autres que les milices du régime Fpi (escadrons de la mort), dont l`existence et les actes ne sont que trop connus.
En conséquence, prétendre le contraire comme le Ministre de la Sécurité intérieure l`a fait, c`est accréditer l`idée que ces forces parallèles seraient particulièrement nombreuses et bien équipées. Au point d`avoir pu seules, quadriller et bâillonner les 3 ou 4 millions d`habitants d`Abidjan et de sa banlieue, commettre des crimes et des sévices graves sur des populations aux mains nues, sans que nos Forces de Sécurité régulières n`aient conçu la moindre riposte pour les en empêcher.
Les témoignages recueillis et les faits vécus par les témoins confirment que ces individus ont effectivement agi en supplétifs de nos Forces de Sécurité. Ce qui contredit bien évidemment les allégations du Ministre.
Quoi qu`il en soit et face à la tragédie qui vient de se dérouler sous nos yeux et qui se poursuit encore, la nécessité d`identifier les auteurs et les commanditaires de ces crimes s`impose. De même que des réponses doivent être apportées aux interrogations multiples suscitées par cette tragédie.

2. 2- Du caractère ciblé des victimes
Comme chacun le sait, la marche n`a pas eu lieu. Pourtant, elle n`a pas moins été la plus tragique de toute l`histoire de la Côte d`Ivoire! A cela, deux raisons qui sont autant de constats:
.La planification ou la systématisation des crimes et des sévices sur deux groupes ethniques ciblés, en l`occurrence, les Baoulé et les Dioula. Dans la journée du 25 mars 2004 et les jours suivants, l`appartenance à l`un ou l`autre groupe est apparue comme un crime dont la sentence a été immédiate et l`exécution sommaire. De nombreux témoignages, sinon la majorité de ceux-ci, le confirment. En effet, rien qu`à l`évocation du patronyme, des manifestants ont subi les pires exactions et des tortures inqualifiables, dans la rue, dans les cours communes, comme dans les Commissariats de police et les brigades de gendarmerie.
.Le délit d`accoutrement: l`organisation de la marche avait prévu que les participants portent, dans la mesure du possible, une chemise ou un tricot de couleur blanche; le blanc étant la couleur de la paix pour bien marquer le caractère de cette marche pacifique. Ainsi, des personnes qui n`entendaient pas manifester et qui ignoraient la consigne, ont été arrêtées chez elles ou chez des amis et torturées pour avoir eu le malheur de s`habiller de blanc1. Certains ont disparu et les familles sont à leur recherche.

2. 3- Des symptômes de la tragédie
Comment ne pas s`interroger sur la coïncidence troublante entre les événements survenus en Côte d`Ivoire le 25 mars 2004 et la commémoration du dixième anniversaire du génocide du Rwanda (6 avril 2004) ?
Bien évidemment, personne n`aurait la mauvaise foi d`établir un parallèle entre ces deux faits qui diffèrent par leur ampleur mais se recoupent par leurs motivations.
En effet, la nature profonde du drame qui vient de se dérouler sous nos yeux à Abidjan et ailleurs dans le pays, les tueries, les propos tribalistes, le racisme primaire, les exactions et exécutions sommaires que des groupes ciblés ont subies, font craindre que la graine de la violence ethnique ne soit en train de prendre sur le sol ivoirien.
En attestent, la composante ethnique et la provenance régionale des milices. Les actes et atrocités commis par cette armée parallèle organisée en escadrons de la mort, les propos xénophobes, les menaces de mort, les séquestrations et exécutions sommaires dont ces escadrons se sont rendus coupables sur des groupes ethniques ciblés, en particulier, les Baoulé et les Dioula.
Les témoignages individuels déjà recueillis permettent de dégager cette tendance. Ainsi, le ratio obtenu en procédant à la répartition de ces témoignages en fonction de l`appartenance ethnique, font apparaître que les Akans en général et les Baoulé en particulier, ont, à 70% été les cibles de ces violences. Ils sont suivis des Dioula (Malinké) à 27% ; les autres groupes ethniques se répartissant les 3% résiduels2.

1 Cas d`un Peuhl en boubou blanc à Abobo
Ces ratios ont été obtenus sur la base des témoignages reçus à la Maison du Parti à Cocody.
Le décor de la violence ethnique est effectivement planté. Les premiers fruits de cette culture de la haine sont incontestablement les événements tragiques du 25 mars 2004 et jours suivants et dont les acteurs principaux sont: les milices tribales et autres forces parallèles agissant en toute impunité avec la complicité des Forces de Sécurité et de Défense, elles-mêmes noyautées par la tribu.

III. Collecte des données et méthodologie générale
Les donnés relevées ici n`ont pas la prétention d`avoir enregistré tous les témoignages de l`ensemble des victimes de la tuerie et des exactions du 25 mars 2004 et jours suivants. Le relevé de ces données se poursuit au moment où s`achève la rédaction du présent rapport pour répondre aux impératifs du calendrier.
Ainsi, il n`a pas été possible de mentionner dans ce rapport tous les cas d`exaction et autres voies de faits commis à cette date et les jours suivants par les Forces de Sécurité sur les populations civiles. Les cas présentés ici concernent les victimes ayant bravé la terreur pour se rendre soit à la Maison du Parti à Cocody soit dans les délégations Communales du PDCI-RDA pour y déposer; la rumeur ayant couru dans les familles qu`ils seraient abattus, de nombreux blessés ont choisi de demeurer chez eux afin d`éviter les représailles.
En ce qui concerne les morts de ce drame, nous avons distingué: d`une part, nos morts nationaux constatés par les Mairies des Communes d`Abidjan et banlieues, des hôpitaux et des centres de santé, d`autre part, les 18 morts non nationaux déclarés, respectivement par les Ambassades de pays de la sous région (9 morts et 2 disparus) et l`Ambassade du Burkina Faso (9 morts).

Il nous a, par ailleurs, été signalé que des médecins auraient consenti à soigner des victimes mais qu`ils auraient refusé de leur remettre des certificats médicaux de peur d`être identifiés et de subir des exactions. Il en découle que les données quantitatives à notre disposition sont nécessairement en deçà des réalités.

Les statistiques établies au moment où le présent rapport est écrit mentionnent des tueries portant sur 512 victimes à la suite des exactions des 25, 26, 27 mars 2004 et jours suivants.

Fait à Abidjan, le 16 avril 2004
PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Articles du dossier

Le Patriote - 27 mars 2010 Journées commémoratives des événements de mars 2004, Joël N’Guessan (Ex-ministre des Droits de l’Homme) : “Les droits de l’Homme n’existent pas en Côte d’Ivoire”
Le Patriote - 27 mars 2010 Alassane Dramane Ouattara rassure les Refondateurs : “N’ayez pas peur, Si vous perdez le pouvoir, il n’y aura pas de vengeance”
Le Nouveau Réveil - 27 mars 2010 Alassane Dramane Ouattara (Président du Rdr) à propos des élections : “Il ne faut pas pousser les Ivoiriens à bout”
Le Nouveau Réveil - 27 mars 2010 Djédjé Mady à la cérémonie d`hommage aux victimes de mars 2004, hier : “Il faut que nous nous souvenions de la fin du film western”
Nord-Sud - 26 mars 2010 Alassane Ouattara lors de l`hommage aux victimes de mars 2004 : “L`Etat doit indemniser les victimes”
Le Nouveau Réveil - 26 mars 2010 Hommage aux victimes des évènements de mars 2004 / Denis Kah Zion (conférencier) : “Ici en Côte d’Ivoire, les journalistes travaillent dans un climat de terreur et de frayeur”
Le Nouveau Réveil - 26 mars 2010 Pr Konaté Yacouba (conférencier) : “Le Fpi fonctionne à la fiction”
Le Nouveau Réveil - 26 mars 2010 Hommage aux victimes des évènements de mars 2004 / Alassane Dramane Ouattara (président du Rdr) : “Les commanditaires et les auteurs doivent être identifiés et répondre de leurs actes”
Le Patriote - 26 mars 2010 Evènements de mars 2004 - ADO : "Nous avons un devoir de victoire à l’égard de ceux qui sont morts "

Playlist Politique

Toutes les vidéos Politique à ne pas rater, spécialement sélectionnées pour vous

PUBLICITÉ