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Politique Publié le vendredi 7 janvier 2011 | Reuters

Ouattara garantit sa sécurité à Gbagbo s`il se retire

© Reuters
Une Côte d`Ivoire pour deux présidents, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara
Alassane Ouattara a proposé au président ivoirien sortant Laurent Gbagbo des garanties pour sa sécurité et d'autres avantages indéterminés s'il quitte le pouvoir, après avoir dit détenir la preuve que son adversaire avait provoqué des exactions postélectorales.

Le camp de Laurent Gbagbo n'a pas réagi pour le moment, mais le chef de son mouvement de jeunesse, qui avait proféré des menaces contre Alassane Ouattara, a lancé un appel au calme à ses partisans pour permettre à la diplomatie de trouver une solution à la crise.

Les Nations unies, qui ont certifié la victoire électorale de Ouattara à la présidentielle en Côte d'Ivoire, ont fait passer de 170 à 210 morts le bilan confirmé des violences survenues depuis la présidentielle du 28 novembre. L'Onu a aussi dénoncé les obstacles auxquels se heurtent ses enquêteurs cherchant à se rendre sur des charniers présumés.

Gbagbo se pose en président légitime après la validation de sa victoire par un Conseil constitutionnel à sa main. Il exige le départ des casques bleus de l'Onuci, qui protègent Alassane Ouattara dans son réduit abidjanais de l'hôtel du Golf. Mais l'Onu espère envoyer mille à 2.000 casques bleus en renfort auprès de ses 10.000 soldats et policiers déjà dans le pays.

SÉCURITÉ GARANTIE

"Il faut qu'il s'en aille. (Mais) je suis prêt à lui garantir sa sûreté et (...) nombre d'avantages", a déclaré Ouattara aux journalistes à son quartier général. Il n'a pas précisé ce qu'il entendait par "avantages", mais Gbagbo s'est vu proposer précédemment immunité, exil et garanties financières.

Dans un enregistrement diffusé par Europe 1, Alassane Ouattara dit avoir la preuve que son rival a "du sang sur les mains", évoquant "l'assassinat de nombreux Ivoiriens (...) par des mercenaires et des miliciens de Laurent Gbagbo".

Il préconise l'intervention de la Cour pénale internationale (CPI), le président sortant ayant selon lui "fait assassiner des citoyens par des étrangers". La CPI a indiqué qu'elle surveillait la situation en Côte d'Ivoire.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a envoyé à Abidjan plusieurs chefs d'Etat pour tenter de persuader Gbagbo de se retirer. Elle a dit envisager de le déloger par la force, mais nombre d'observateurs de la région doutent que les pays voisins mettent la menace à exécution.

Charles Blé Goudé, ministre du gouvernement de Gbagbo et chef du mouvement des Jeunes patriotes qui a menacé de prendre d'assaut le QG de Ouattara, a déclaré que les jeunes qui se préparaient à défendre leur pays devaient reprendre le travail ou leurs études.

Notant que la diplomatie était en route, Blé Goudé a exprimé l'intention d'en attendre les résultats, tout en ajoutant que si la Cédéao choisissait l'option militaire contre Laurent Gbagbo, son mouvement reconsidérerait la situation.

Un porte-parole du gouvernement de Gbagbo a annoncé jeudi à la télévision nationale que les ambassadeurs de Grande-Bretagne et du Canada en Côte d'Ivoire allaient se voir retirer leurs accréditations, en représailles au fait que ces pays ne reconnaissaient plus les ambassadeurs de Côte d'Ivoire nommés par Gbagbo. L'Assemblée générale des Nations unies a décidé en décembre de ne reconnaître que l'ambassadeur de Côte d'Ivoire nommé par Ouattara.

Alassane Ouattara a déclaré à la presse qu'un recomptage des voix exprimées au second tour du scrutin présidentiel, comme l'a proposé Laurent Gbagbo, était exclu parce que sa propre victoire était reconnue par les Nations unies. Il a ajouté que la Cédéao avait le devoir de donner suite à sa menace d'intervention militaire si Gbagbo ne démissionnait pas d'ici fin janvier.

OPÉRATION SPÉCIALE

Il a laissé entendre que Laurent Gbagbo pourrait être écarté du pouvoir par une opération de commandos limitée plutôt que par une invasion à grande échelle.

"Il y a des opérations spéciales non violentes qui permettent tout simplement de prendre la personne indésirable et de l'emmener ailleurs", a dit Ouattara.

Gbagbo garde le soutien de l'état-major militaire mais n'est plus reconnu par la banque centrale ouest-africaine, ce qui peut compliquer le versement de la solde des troupes.

Simon Munzu, directeur de la division des droits de l'homme de l'Onuci, a estimé jeudi que le bilan de 210 morts donné par son organisation après de nouvelles violences pourrait encore s'aggraver. "Nous voulons que la communauté internationale fasse tout son possible pour mettre fin à ces violences", a-t-il dit.

Selon certaines informations, le pays compterait au moins deux charniers dont l'accès aurait été interdit aux enquêteurs de l'Onu par des partisans de Laurent Gbagbo armés et cagoulés.

"Ceux qui font obstacle à nos investigations doivent lever ces entraves", a déclaré Simon Munzu.

Dans son interview à Europe 1, Alassane Ouattara accuse Laurent Gbagbo de faire appel à des "mercenaires libériens" pour commettre des exactions. "Nous avons plus de 200 morts déjà et nous avons des viols et des blessés, plus de 1.000 blessés, par ces mercenaires et ces Libériens", dit-il.

"Bien entendu, nous avons des preuves. L'Onu et toutes les organisations des droits de l'homme ont relevé des massacres, des assassinats et ont attribué cela à des mercenaires et des miliciens recrutés par Laurent Gbagbo."

Jean-Loup Fiévet, Philippe Bas-Rabérin et Eric Faye pour le service français
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