Deux mois après la chute de l’ancien président, Laurent Gbagbo (11 avril dernier), la Côte d’Ivoire semble renouer avec une certaine accalmie. Pour tout dire, les clignotants sont presque tous passés au vert. Sauf à un seul carrefour. Celui de la frontière Ivoiro-ghanéenne qui, même s’il n’est plus au rouge, reste à l’orange à cause des vilains bruits qui se font entendre depuis. En effet, depuis la crise électorale puis postélectorale, plusieurs milliers d’Ivoiriens ont traversé cette frontière pour se réfugier au Ghana voisin. Quoi de plus normal pourrait-on dire dans un pays où l’insécurité régnait en maître absolu et où se réveiller le matin, sain et sauf, relevait presque d’un petit miracle.
Mais voilà ! L’écrasante majorité de ceux qui ont pris le chemin de l’exil se trouve être des partisans de l’ancien régime. Des barrons du FPI, des gendarmes, policiers, militaires, jeunes patriotes et miliciens, dans une débandade générale – mais aussi par anticipation pour ceux parmi eux, ont su lire à temps le signe des temps – se sont rués vers le pays Kwame N’krumah. Avec comme point commun, l’âme profondément meurtrie d’avoir été contrariés, Laurent Gbagbo avec eux, dans leur volonté de confisquer un pouvoir lamentablement perdu, au profit d’Alassane Ouattara, vainqueur de haute lutte et dans les urnes de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010.
Le nouvel homme fort d’Abidjan, engagé dans un processus de réconciliation et de paix, a beau tendre la main à tous ces Ivoiriens « diasporaïsés » par la force des choses, bien peu d’entre eux se résolvent à la saisir. Contrairement aux dizaines de milliers d’«exilés internes» qui ont depuis regagné leurs villes, quartiers et domiciles.
Mais que font donc les anciens refondateurs et inconditionnels de LMP au Ghana pour la plupart, mais aussi au Togo et au Bénin ? Pourquoi ne rentrent-il pas au pays pour prendre leur part dans la construction de la nouvelle Côte d’Ivoire ? Sont-ils sous le charme de l’ancienne capitale de la Gold-Coast ou préparent-ils quelque chose ?
Pour répondre à ces interrogations, nous nous sommes rendus dans ces trois pays pour voir et comprendre ce qui se trame réellement entre ces trois capitales (Accra, Lomé et Cotonou).
C’est connu et nous l’évoquions plus haut, la « ruée bleue » vers le Ghana s’est faite quelques jours avant et après la chute de Laurent Gbagbo. Dans des circonstances diverses, plusieurs cadres ont alors pris la tangente, laissant derrière eux un mentor éprouvé et effondré – qui sera par la suite capturé comme du gibier – par les forces militaires de son rival. Kadet Bertin, Ahoua Don Melo, Gossio Marcel, Atteby Williams, Damana Picass, Coulibaly Gervais, Koré Moïse, Alphonse Mangly…, pour ne citer que ceux de l’aile politique, ont brusquement disparu du paysage politique ivoirien qu’ils avaient pourtant abondamment occupé au plus fort de la « résistance contre la démocratie ». Avec eux, bon nombre de jeunes patriotes dont leur leader, le vitupérant Blé Goudé, mais aussi Ahoua Stallone, Dakoury Richard, Serges Kassi… avaient tous disparu. Des bruits – pour le moins fuyants – de bottes de centaines d’éléments des FDS, de mercenaires et de miliciens ne se sont pas moins fait entendre du côté de la frontière ghanéenne. On aurait presque dit – si les raisons de cette échappée collective et massive n’étaient pas connues – que le Ghana était devenu le nouvel Eldorado des refondateurs. Mais, c’est certainement, outre la proximité du pays d’Atta Mills, au nom des accords de la CEDEAO, que la flopée des assassins de la démocratie éburnéenne a choisi la destination ghanéenne. Laurent Gbagbo arrêté puis détenu à Korhogo, c’était à qui sauverait au mieux sa peau.
Et pour sauver cette peau, tous les sacrifices étaient bons à prendre. C’est ainsi que la grande majorité de fugitifs s’est retrouvée – et y vit encore – dans les camps HCR d’Accra, d’Elubo (Ghana), de Lomé ou d’Avépso (Togo), où ces éléments préparent, avec la bénédiction des barrons Fpi fortunés et quelques activistes, ce qu’ils appellent là-bas, le « match retour ».
« Le match retour »
Et comme il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, au Ghana voisin, les Refondateurs n’ont cure des appels incessants des nouvelles autorités ivoiriennes qui leur demandent de rentrer. Mais mieux – ou pis – ils multiplient, selon des informations concordantes recueillies sur place, des comportements subversifs qui confortent la thèse d’une préparation d’actes de déstabilisation du régime ivoirien, et donc de la Côte d’Ivoire. Selon des informations collectées et recoupées çà et là sur le terrain, les Refondateurs seraient en train de concocter un plan de retour à Abidjan. Mais certainement pas un retour en chantant. Mais plutôt un retour en faisant tonner les armes. Un plan qu’il aurait baptisé le « Match retour ». Une source bien introduite explique que plusieurs réunions se sont tenues et se tiennent à ce sujet. Naturellement, cette idée de monter une rébellion et de revenir reconquérir le pouvoir perdu dans les urnes, ne rencontre pas l’assentiment de tout le monde. Notamment, au sein de l’aile politique sur place au Ghana, pour qui l’opération compte des risques autrement plus incalculables comparés à la situation, certes difficile, qu’ils vivent dans cet exil. D’autant qu’ils y voient une sorte de jet en pâture des personnalités incarcérées à Abidjan ou ailleurs, avec à leur tête Gbagbo lui-même. Mais aussi des millions de militants restés sur place qui pourraient subir les contrecoups, en termes de représailles, de cette opération aventureuse. Les plus modérés, pensent qu’il faut passer par la voie de la négociation politique ou tout simplement répondre favorablement aux appels des nouvelles autorités. « Il faut se résoudre à accepter la situation telle qu’elle se présente et reprendre toute notre place dans le débat politique ivoirien », raisonnent-ils. Ils le disent en prenant l’exemple sur Mamadou Koulibaly et un certain Yao N’dré, qui est allé jusqu’à proclamer la victoire d’Alassane Ouattara, même si cela lui vaut au sein des faucons exilés et dans son propre camp en Côte d’Ivoire, de sévères critiques. Les radicaux qui le critiquent et qui s’accrochent à l’option du coup de force sont clairs : « On a été salis ensemble, on doit rester tous dedans », comme aurait lancé un haut cadre FPI lors d’une rencontre à Hafasinou (ville frontalière de la Côte d’Ivoire qui abrite plusieurs refugiés ivoiriens). C’est, dit-on, cette « guerre d’option » entre les deux tendances qui aurait bloqué l’entrée du FPI au gouvernement d’ouverture formé il y a quelques jours. Les partisans du « match retour » en décousent ouvertement avec ceux favorables à un « match amical », dont l’enjeu sera un retour avec le moins d’anicroches possibles.
Comment s’organisent-ils ?
Le FPI n’a rien perdu de ses habitudes de l’opposition, qui consistent en la préparation minutieuse, par de fréquentes réunions où des points réguliers sont faits, avant toute action d’envergure. Au Ghana, ce reflexe a la peau dure. Et c’est très souvent que les réfugiés et exilés se réunissent et étudient les possibilités de revenir en Côte d’Ivoire et surtout s’emparer à nouveau du pouvoir. Les premières rencontres se faisaient même au camp de réfugiés ivoiriens du HCR, de Camp Sampe dans le district d’Elembele, à environ 50 kilomètres de la frontière ivoirienne. C’est depuis là-bas que l’option militaire a été envisagée et confiée à un groupe qui doit la planifier. L’aile militaire serait dirigée par un officier des FDS, ancien commandant des opérations sur le théâtre des opérations. Ce dernier a déjà entrepris, selon nos sources, de recenser tous les anciens FDS dans la zone (Ghana, Togo et Bénin) et de les regrouper. Ce nombre n’étant pas suffisant pour asseoir une force à même de mener la rébellion, les ex-FDS miseront sur les miliciens exilés et les jeunes patriotes dans les camps d’Accra et de Lomé. Ce rôle est dévolu à la galaxie patriotique, donc à un certain Blé Goudé Charles. L’homme que la rumeur annonce pour mort serait bel et bien vivant et très actif entre les trois capitales Accra-Lomé-Cotonou. Notre tentative pour le rencontrer a été vaine, parce que, selon plusieurs sources, l’homme, qui est sous sanction onusienne, craindrait de se montrer en public. Quelque peu limité par cette situation, l’ex-dirigeant de la Fesci aurait mis en avant un certain Bagnon. Fidèle parmi les fidèles de Blé, c’est ce dernier – que nous n’avons pu non plus rencontrer – qui serait à la manœuvre. On le dit toujours parti pour Lomé, Accra ou Cotonou pour rencontrer, motiver et recenser les miliciens ou jeunes patriotes. Au niveau de la galaxie patriotique, c’est lui qui tient le bâton de commandement de Blé et lui rendrait régulièrement compte. Aidé par ses amis comme Dakoury Richard, Serges Kassi, Ahoua Stallone… il tiendrait très souvent des réunions dans les alentours de la frontière ivoiro-ghanéenne, notamment à Hafasini et dans une localité proche d’Eziama à quelques 30 kilomètres des terres ivoiriennes. Nos informateurs présentent Bagnon comme l’homme clé de l’opération. Il serait le relais entre l’aile militaire, les politiques, les jeunes patriotes et les miliciens. Il est en réalité la voix et l’oreille de Blé Goudé Charles, selon notre source. Quant à la partie de l’aile politique qui milite pour une attaque armée contre le pouvoir de Ouattara, elle serait tenue par des inconditionnels et irréductibles frontistes comme le pasteur Koré Moïse, l’ancien ministre Kadet Bertin, le député Atteby Williams… Ces derniers doivent réunir les moyens financiers et nouer des contacts au niveau politique avec certaines autorités ghanéennes. Sorties du pays avec beaucoup d’argent liquide, elles s’en serviraient pour entretenir les jeunes patriotes, les miliciens et recruter éventuellement des mercenaires.
L’un de ses plans consisterait à se rabattre sur le camp de combattants réfugiés libériens de Gomoa Buduburam, ces hommes sans foi ni loi notoirement connus pour avoir commis les pires atrocités lors de la guerre du Libéria. Ils seraient un peu plus de huit milles (8000) dans ce camp et constituent des chiens de guerre bon marché. D’ailleurs, lors de la crise postélectorale, Gbagbo avait acheté les services de plusieurs centaines d’entre eux pour combattre à ses côtés. Il faut noter également dans ce camp, la présence de mercenaires guinéens qui ont combattu au Libéria aux côtés de Sekou Damatey Coney, l’ex-chef de guerre libérien. Certains de ces mercenaires avaient été traités ou arrêtés à Yopougon et à Abobo après la chute de Gbagbo.
Logistique et soutien diplomatique
Tout ceci peut-il se faire sur le sol ghanéen sans que les autorités de l’ancienne Gold Coast ne lèvent le petit doigt ? Le Ghana serait-il donc complice d’une déstabilisation de la Côte d’Ivoire ? Rien n’est moins sûr. Même si tout le monde se rappelle qu’avant la crise postélectorale des armes et des mercenaires angolais avaient transité par Accra – ce que le gouvernement ghanéen avait nié, malgré l’amitié connue entre le chef de l’Exécutif ghanéen et l’ex-dictateur ivoirien – les choses ont changé depuis. Gbagbo est tombé et le nouvel homme fort d’Abidjan s’appelle Alassane Ouattara, qui bénéficie du soutien du peuple et de l’estime de la quasi-totalité de la communauté internationale. Résultat de cette Realpolitik à relents diplomatique : Atta Mills et Ouattara se sont rapprochés. Le dirigeant ghanéen était à l’investiture d’ADO et une partie de son armée a même pris part à la cérémonie de prise d’armes à Yamoussoukro. Ce rapprochement gène les Refondateurs exilés et une bonne partie du camp du président ghanéen. Et c’est justement sur ces anti-Ouattara ghanéens que joue l’aile politique de LMP. Surtout que l’ancien chef d’Etat ghanéen, Jerry Rawlings, qui à un poids réel ou supposé au niveau du parti au pouvoir, le NDC (Congrès National pour la Démocratie), serait un soutien de poids et cautionnerait l’entreprise des anciens dirigeants ivoiriens. Vérité ou intox ? Toujours est-il qu’à Accra, il se raconte que depuis le rapprochement entre Atta Mills et Ado, l’ancien capitaine et pilote de l’air de l’armée ghanéenne est en froid avec celui qu’il a pratiquement installé au pouvoir. Sous son influence, le parti au pouvoir est divisé et Atta Mills serait dans l’œil du cyclone. C’est certainement ce qui explique la candidature de Mme Nana Konadu Agyeman Rawlings, son épouse, aux primaires. Si elle passe, elle prend le contrôle du parti et sera certainement candidate à la présidentielle prochaine contre Atta Mills, qui a l’intention de briguer un second mandat. « Si Mme Rawlings passe et devient présidente, c’est le retour de Jerry Rawlings aux affaires et ça ne sera pas bon pour le pouvoir d’Alassane Ouattara », confie un ghanéen sous le sceau de l’anonymat. Mais notre interlocuteur se veut tout de même optimiste. « Je pense que leur tache de révolution sera très difficile car l’assemblée ne cautionnera jamais une déstabilisation de la Côte d’Ivoire à partir du Ghana. Pour la simple raison que si la situation pourrit véritablement en Côte d’Ivoire, le Ghana n’y échappera pas », conclut-il. N’empêche que nos informations précisent que l’ancien président serait le point nodal de la stratégie des refondateurs. Il devra faciliter l’obtention des armes et des munitions, l’accueil des mercenaires, faciliter leurs déplacements et même financer une partie de cette opération. « Rawlings s’est mis en tête que si la Côte d’Ivoire se retrouve assez rapidement, elle fera de l’ombre au Ghana qui est sur une bonne pente.
La stratégie d’attaque donne l’insomnie
En plus, il n’a jamais porté dans son cœur Ouattara », explique Coulibaly K, un Ivoirien qui réside au Ghana depuis plus de 20 ans.
Les réunions se multiplient et tout semble aller pour le mieux selon les informations en notre possession. Et n’eut été un détail pour le moins important, les premières actions de subversion auraient été déjà menées. Surtout à la veille de l’investiture d’Alassane Ouattara. C’est celui du véritable débat au niveau de la stratégie à adopter pour surprendre l’adversaire et porter le coup fatal. L’absence d’accord du plan d’attaque aurait grippé la machine. Les stratèges militaires, selon notre source, avaient au départ, misé sur deux frontières. Celle de la Guinée et celle du Ghana. Les actions de déstabilisation devraient commencer à ces deux endroits et un groupe infiltré à Abidjan devrait porter l’estocade. Leur meilleur atout, qui était la frontière ivoiro-libérienne, étant devenu difficile d’accès par la forte présence des FRCI et des soldats libériens (Sirleaf soutient Abidjan et mène une guerre farouche aux mercenaires), les assaillants avaient jeté leur dévolu sur la Guinée-Conakry. Le nouveau président, Alpha Condé n’est-il pas taxé d’être un pro-Gbagbo ? Mais il se trouve qu’un concours de circonstance a quelque peu changé la donne et les choses semblent coincer au niveau de la Guinée. En effet, à en croire notre informateur, lors du sommet du G8 en France, les chefs d’Etat ivoirien et Guinéen auraient eu un tête-à-tête qui a porté sur la protection réciproque des frontières entre les deux pays. Ouattara et Condé auraient conclu un accord de vigilance et de veille, écartant du coup toute possibilité de pénétration par cette frontière ivoiro-guinéenne. Reste maintenant la frontière ivoiro-ghanéenne. Les « penseurs » militaires ont alors élaboré, selon nos sources, deux stratégies. La route internationale étant totalement sous contrôle des FRCI, les assaillants pensent utiliser à fond, les routes fluviales. Autrement dit, ils comptent bâtir l’essentiel de leur stratégie sur les voies d’eau. Persuadés qu’ils sont, que du Ghana, on peut pagayer jusqu’au cœur d’Abidjan. La lagune des villages de Hafasini relie Aboisso, Bassam, Bingerville, Riviera, Koumassi, Marcory, Treichville et Yopougon. Et à ce niveau, la défense des FRCI, serait, pensent-ils, faible pour faute de moyens de navigation. Des indiscrétions font savoir que depuis quelques semaines, ils utilisent cette voie pour faire venir des combattants cachés à Abidjan et banlieue ou pour leur envoyer des armes et munitions. Mais avant de passer à une grande opération, ils comptent d’abord procéder par des attaques au niveau des villages frontaliers. « Surtout à partir de Hafasini ou Eziama où ils pourront faire des incursions en Côte d’Ivoire et commettre des crimes et créer la panique. Quand toutes les attentions seront vers l’est, les quelques mercenaires embusqués dans les forêts de l’Ouest pourraient faire le même exercice, avant que les infiltrés d’Abidjan n’entrent en jeu », explique un jeune exilé ivoirien qui, refusant de décliner son identité, affirme avoir participé aux premières réunions avant de s’enfuir dans une ville béninoise proche de la frontière nigériane.
Face à toutes ces informations, l’appel du retour au pays lancé par le gouvernement d’Alassane Ouattara sera-t-il entendu à Accra, Lomé et à Cotonou ? Pas en tout cas par ceux qui s’apprêtent à lancer une offensive sur son régime.
Réalisée par Koné Lassiné
Trait d’esprit : Akwaba Bléhoué !
Il est revenu. Comme il était parti. Le vieux. Le sage( ?) a signé son retour. Bléhoué Aka. Le président des «sages». «Le président nous connaît. On le connaît ». Hummmm ! Sé ! Sé ! Le Brave Tché doit s’en souvenir. Les habits. On les sèche où le soleil brille.
Faux-logo a un adepte. Akwaba Bléhoué ! Le pays que vous avez balafré.
Reprend à tourner. Mais chacun devra rendre compte. Allégeance ou pas.
Coulibaly B.
Mais voilà ! L’écrasante majorité de ceux qui ont pris le chemin de l’exil se trouve être des partisans de l’ancien régime. Des barrons du FPI, des gendarmes, policiers, militaires, jeunes patriotes et miliciens, dans une débandade générale – mais aussi par anticipation pour ceux parmi eux, ont su lire à temps le signe des temps – se sont rués vers le pays Kwame N’krumah. Avec comme point commun, l’âme profondément meurtrie d’avoir été contrariés, Laurent Gbagbo avec eux, dans leur volonté de confisquer un pouvoir lamentablement perdu, au profit d’Alassane Ouattara, vainqueur de haute lutte et dans les urnes de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010.
Le nouvel homme fort d’Abidjan, engagé dans un processus de réconciliation et de paix, a beau tendre la main à tous ces Ivoiriens « diasporaïsés » par la force des choses, bien peu d’entre eux se résolvent à la saisir. Contrairement aux dizaines de milliers d’«exilés internes» qui ont depuis regagné leurs villes, quartiers et domiciles.
Mais que font donc les anciens refondateurs et inconditionnels de LMP au Ghana pour la plupart, mais aussi au Togo et au Bénin ? Pourquoi ne rentrent-il pas au pays pour prendre leur part dans la construction de la nouvelle Côte d’Ivoire ? Sont-ils sous le charme de l’ancienne capitale de la Gold-Coast ou préparent-ils quelque chose ?
Pour répondre à ces interrogations, nous nous sommes rendus dans ces trois pays pour voir et comprendre ce qui se trame réellement entre ces trois capitales (Accra, Lomé et Cotonou).
C’est connu et nous l’évoquions plus haut, la « ruée bleue » vers le Ghana s’est faite quelques jours avant et après la chute de Laurent Gbagbo. Dans des circonstances diverses, plusieurs cadres ont alors pris la tangente, laissant derrière eux un mentor éprouvé et effondré – qui sera par la suite capturé comme du gibier – par les forces militaires de son rival. Kadet Bertin, Ahoua Don Melo, Gossio Marcel, Atteby Williams, Damana Picass, Coulibaly Gervais, Koré Moïse, Alphonse Mangly…, pour ne citer que ceux de l’aile politique, ont brusquement disparu du paysage politique ivoirien qu’ils avaient pourtant abondamment occupé au plus fort de la « résistance contre la démocratie ». Avec eux, bon nombre de jeunes patriotes dont leur leader, le vitupérant Blé Goudé, mais aussi Ahoua Stallone, Dakoury Richard, Serges Kassi… avaient tous disparu. Des bruits – pour le moins fuyants – de bottes de centaines d’éléments des FDS, de mercenaires et de miliciens ne se sont pas moins fait entendre du côté de la frontière ghanéenne. On aurait presque dit – si les raisons de cette échappée collective et massive n’étaient pas connues – que le Ghana était devenu le nouvel Eldorado des refondateurs. Mais, c’est certainement, outre la proximité du pays d’Atta Mills, au nom des accords de la CEDEAO, que la flopée des assassins de la démocratie éburnéenne a choisi la destination ghanéenne. Laurent Gbagbo arrêté puis détenu à Korhogo, c’était à qui sauverait au mieux sa peau.
Et pour sauver cette peau, tous les sacrifices étaient bons à prendre. C’est ainsi que la grande majorité de fugitifs s’est retrouvée – et y vit encore – dans les camps HCR d’Accra, d’Elubo (Ghana), de Lomé ou d’Avépso (Togo), où ces éléments préparent, avec la bénédiction des barrons Fpi fortunés et quelques activistes, ce qu’ils appellent là-bas, le « match retour ».
« Le match retour »
Et comme il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, au Ghana voisin, les Refondateurs n’ont cure des appels incessants des nouvelles autorités ivoiriennes qui leur demandent de rentrer. Mais mieux – ou pis – ils multiplient, selon des informations concordantes recueillies sur place, des comportements subversifs qui confortent la thèse d’une préparation d’actes de déstabilisation du régime ivoirien, et donc de la Côte d’Ivoire. Selon des informations collectées et recoupées çà et là sur le terrain, les Refondateurs seraient en train de concocter un plan de retour à Abidjan. Mais certainement pas un retour en chantant. Mais plutôt un retour en faisant tonner les armes. Un plan qu’il aurait baptisé le « Match retour ». Une source bien introduite explique que plusieurs réunions se sont tenues et se tiennent à ce sujet. Naturellement, cette idée de monter une rébellion et de revenir reconquérir le pouvoir perdu dans les urnes, ne rencontre pas l’assentiment de tout le monde. Notamment, au sein de l’aile politique sur place au Ghana, pour qui l’opération compte des risques autrement plus incalculables comparés à la situation, certes difficile, qu’ils vivent dans cet exil. D’autant qu’ils y voient une sorte de jet en pâture des personnalités incarcérées à Abidjan ou ailleurs, avec à leur tête Gbagbo lui-même. Mais aussi des millions de militants restés sur place qui pourraient subir les contrecoups, en termes de représailles, de cette opération aventureuse. Les plus modérés, pensent qu’il faut passer par la voie de la négociation politique ou tout simplement répondre favorablement aux appels des nouvelles autorités. « Il faut se résoudre à accepter la situation telle qu’elle se présente et reprendre toute notre place dans le débat politique ivoirien », raisonnent-ils. Ils le disent en prenant l’exemple sur Mamadou Koulibaly et un certain Yao N’dré, qui est allé jusqu’à proclamer la victoire d’Alassane Ouattara, même si cela lui vaut au sein des faucons exilés et dans son propre camp en Côte d’Ivoire, de sévères critiques. Les radicaux qui le critiquent et qui s’accrochent à l’option du coup de force sont clairs : « On a été salis ensemble, on doit rester tous dedans », comme aurait lancé un haut cadre FPI lors d’une rencontre à Hafasinou (ville frontalière de la Côte d’Ivoire qui abrite plusieurs refugiés ivoiriens). C’est, dit-on, cette « guerre d’option » entre les deux tendances qui aurait bloqué l’entrée du FPI au gouvernement d’ouverture formé il y a quelques jours. Les partisans du « match retour » en décousent ouvertement avec ceux favorables à un « match amical », dont l’enjeu sera un retour avec le moins d’anicroches possibles.
Comment s’organisent-ils ?
Le FPI n’a rien perdu de ses habitudes de l’opposition, qui consistent en la préparation minutieuse, par de fréquentes réunions où des points réguliers sont faits, avant toute action d’envergure. Au Ghana, ce reflexe a la peau dure. Et c’est très souvent que les réfugiés et exilés se réunissent et étudient les possibilités de revenir en Côte d’Ivoire et surtout s’emparer à nouveau du pouvoir. Les premières rencontres se faisaient même au camp de réfugiés ivoiriens du HCR, de Camp Sampe dans le district d’Elembele, à environ 50 kilomètres de la frontière ivoirienne. C’est depuis là-bas que l’option militaire a été envisagée et confiée à un groupe qui doit la planifier. L’aile militaire serait dirigée par un officier des FDS, ancien commandant des opérations sur le théâtre des opérations. Ce dernier a déjà entrepris, selon nos sources, de recenser tous les anciens FDS dans la zone (Ghana, Togo et Bénin) et de les regrouper. Ce nombre n’étant pas suffisant pour asseoir une force à même de mener la rébellion, les ex-FDS miseront sur les miliciens exilés et les jeunes patriotes dans les camps d’Accra et de Lomé. Ce rôle est dévolu à la galaxie patriotique, donc à un certain Blé Goudé Charles. L’homme que la rumeur annonce pour mort serait bel et bien vivant et très actif entre les trois capitales Accra-Lomé-Cotonou. Notre tentative pour le rencontrer a été vaine, parce que, selon plusieurs sources, l’homme, qui est sous sanction onusienne, craindrait de se montrer en public. Quelque peu limité par cette situation, l’ex-dirigeant de la Fesci aurait mis en avant un certain Bagnon. Fidèle parmi les fidèles de Blé, c’est ce dernier – que nous n’avons pu non plus rencontrer – qui serait à la manœuvre. On le dit toujours parti pour Lomé, Accra ou Cotonou pour rencontrer, motiver et recenser les miliciens ou jeunes patriotes. Au niveau de la galaxie patriotique, c’est lui qui tient le bâton de commandement de Blé et lui rendrait régulièrement compte. Aidé par ses amis comme Dakoury Richard, Serges Kassi, Ahoua Stallone… il tiendrait très souvent des réunions dans les alentours de la frontière ivoiro-ghanéenne, notamment à Hafasini et dans une localité proche d’Eziama à quelques 30 kilomètres des terres ivoiriennes. Nos informateurs présentent Bagnon comme l’homme clé de l’opération. Il serait le relais entre l’aile militaire, les politiques, les jeunes patriotes et les miliciens. Il est en réalité la voix et l’oreille de Blé Goudé Charles, selon notre source. Quant à la partie de l’aile politique qui milite pour une attaque armée contre le pouvoir de Ouattara, elle serait tenue par des inconditionnels et irréductibles frontistes comme le pasteur Koré Moïse, l’ancien ministre Kadet Bertin, le député Atteby Williams… Ces derniers doivent réunir les moyens financiers et nouer des contacts au niveau politique avec certaines autorités ghanéennes. Sorties du pays avec beaucoup d’argent liquide, elles s’en serviraient pour entretenir les jeunes patriotes, les miliciens et recruter éventuellement des mercenaires.
L’un de ses plans consisterait à se rabattre sur le camp de combattants réfugiés libériens de Gomoa Buduburam, ces hommes sans foi ni loi notoirement connus pour avoir commis les pires atrocités lors de la guerre du Libéria. Ils seraient un peu plus de huit milles (8000) dans ce camp et constituent des chiens de guerre bon marché. D’ailleurs, lors de la crise postélectorale, Gbagbo avait acheté les services de plusieurs centaines d’entre eux pour combattre à ses côtés. Il faut noter également dans ce camp, la présence de mercenaires guinéens qui ont combattu au Libéria aux côtés de Sekou Damatey Coney, l’ex-chef de guerre libérien. Certains de ces mercenaires avaient été traités ou arrêtés à Yopougon et à Abobo après la chute de Gbagbo.
Logistique et soutien diplomatique
Tout ceci peut-il se faire sur le sol ghanéen sans que les autorités de l’ancienne Gold Coast ne lèvent le petit doigt ? Le Ghana serait-il donc complice d’une déstabilisation de la Côte d’Ivoire ? Rien n’est moins sûr. Même si tout le monde se rappelle qu’avant la crise postélectorale des armes et des mercenaires angolais avaient transité par Accra – ce que le gouvernement ghanéen avait nié, malgré l’amitié connue entre le chef de l’Exécutif ghanéen et l’ex-dictateur ivoirien – les choses ont changé depuis. Gbagbo est tombé et le nouvel homme fort d’Abidjan s’appelle Alassane Ouattara, qui bénéficie du soutien du peuple et de l’estime de la quasi-totalité de la communauté internationale. Résultat de cette Realpolitik à relents diplomatique : Atta Mills et Ouattara se sont rapprochés. Le dirigeant ghanéen était à l’investiture d’ADO et une partie de son armée a même pris part à la cérémonie de prise d’armes à Yamoussoukro. Ce rapprochement gène les Refondateurs exilés et une bonne partie du camp du président ghanéen. Et c’est justement sur ces anti-Ouattara ghanéens que joue l’aile politique de LMP. Surtout que l’ancien chef d’Etat ghanéen, Jerry Rawlings, qui à un poids réel ou supposé au niveau du parti au pouvoir, le NDC (Congrès National pour la Démocratie), serait un soutien de poids et cautionnerait l’entreprise des anciens dirigeants ivoiriens. Vérité ou intox ? Toujours est-il qu’à Accra, il se raconte que depuis le rapprochement entre Atta Mills et Ado, l’ancien capitaine et pilote de l’air de l’armée ghanéenne est en froid avec celui qu’il a pratiquement installé au pouvoir. Sous son influence, le parti au pouvoir est divisé et Atta Mills serait dans l’œil du cyclone. C’est certainement ce qui explique la candidature de Mme Nana Konadu Agyeman Rawlings, son épouse, aux primaires. Si elle passe, elle prend le contrôle du parti et sera certainement candidate à la présidentielle prochaine contre Atta Mills, qui a l’intention de briguer un second mandat. « Si Mme Rawlings passe et devient présidente, c’est le retour de Jerry Rawlings aux affaires et ça ne sera pas bon pour le pouvoir d’Alassane Ouattara », confie un ghanéen sous le sceau de l’anonymat. Mais notre interlocuteur se veut tout de même optimiste. « Je pense que leur tache de révolution sera très difficile car l’assemblée ne cautionnera jamais une déstabilisation de la Côte d’Ivoire à partir du Ghana. Pour la simple raison que si la situation pourrit véritablement en Côte d’Ivoire, le Ghana n’y échappera pas », conclut-il. N’empêche que nos informations précisent que l’ancien président serait le point nodal de la stratégie des refondateurs. Il devra faciliter l’obtention des armes et des munitions, l’accueil des mercenaires, faciliter leurs déplacements et même financer une partie de cette opération. « Rawlings s’est mis en tête que si la Côte d’Ivoire se retrouve assez rapidement, elle fera de l’ombre au Ghana qui est sur une bonne pente.
La stratégie d’attaque donne l’insomnie
En plus, il n’a jamais porté dans son cœur Ouattara », explique Coulibaly K, un Ivoirien qui réside au Ghana depuis plus de 20 ans.
Les réunions se multiplient et tout semble aller pour le mieux selon les informations en notre possession. Et n’eut été un détail pour le moins important, les premières actions de subversion auraient été déjà menées. Surtout à la veille de l’investiture d’Alassane Ouattara. C’est celui du véritable débat au niveau de la stratégie à adopter pour surprendre l’adversaire et porter le coup fatal. L’absence d’accord du plan d’attaque aurait grippé la machine. Les stratèges militaires, selon notre source, avaient au départ, misé sur deux frontières. Celle de la Guinée et celle du Ghana. Les actions de déstabilisation devraient commencer à ces deux endroits et un groupe infiltré à Abidjan devrait porter l’estocade. Leur meilleur atout, qui était la frontière ivoiro-libérienne, étant devenu difficile d’accès par la forte présence des FRCI et des soldats libériens (Sirleaf soutient Abidjan et mène une guerre farouche aux mercenaires), les assaillants avaient jeté leur dévolu sur la Guinée-Conakry. Le nouveau président, Alpha Condé n’est-il pas taxé d’être un pro-Gbagbo ? Mais il se trouve qu’un concours de circonstance a quelque peu changé la donne et les choses semblent coincer au niveau de la Guinée. En effet, à en croire notre informateur, lors du sommet du G8 en France, les chefs d’Etat ivoirien et Guinéen auraient eu un tête-à-tête qui a porté sur la protection réciproque des frontières entre les deux pays. Ouattara et Condé auraient conclu un accord de vigilance et de veille, écartant du coup toute possibilité de pénétration par cette frontière ivoiro-guinéenne. Reste maintenant la frontière ivoiro-ghanéenne. Les « penseurs » militaires ont alors élaboré, selon nos sources, deux stratégies. La route internationale étant totalement sous contrôle des FRCI, les assaillants pensent utiliser à fond, les routes fluviales. Autrement dit, ils comptent bâtir l’essentiel de leur stratégie sur les voies d’eau. Persuadés qu’ils sont, que du Ghana, on peut pagayer jusqu’au cœur d’Abidjan. La lagune des villages de Hafasini relie Aboisso, Bassam, Bingerville, Riviera, Koumassi, Marcory, Treichville et Yopougon. Et à ce niveau, la défense des FRCI, serait, pensent-ils, faible pour faute de moyens de navigation. Des indiscrétions font savoir que depuis quelques semaines, ils utilisent cette voie pour faire venir des combattants cachés à Abidjan et banlieue ou pour leur envoyer des armes et munitions. Mais avant de passer à une grande opération, ils comptent d’abord procéder par des attaques au niveau des villages frontaliers. « Surtout à partir de Hafasini ou Eziama où ils pourront faire des incursions en Côte d’Ivoire et commettre des crimes et créer la panique. Quand toutes les attentions seront vers l’est, les quelques mercenaires embusqués dans les forêts de l’Ouest pourraient faire le même exercice, avant que les infiltrés d’Abidjan n’entrent en jeu », explique un jeune exilé ivoirien qui, refusant de décliner son identité, affirme avoir participé aux premières réunions avant de s’enfuir dans une ville béninoise proche de la frontière nigériane.
Face à toutes ces informations, l’appel du retour au pays lancé par le gouvernement d’Alassane Ouattara sera-t-il entendu à Accra, Lomé et à Cotonou ? Pas en tout cas par ceux qui s’apprêtent à lancer une offensive sur son régime.
Réalisée par Koné Lassiné
Trait d’esprit : Akwaba Bléhoué !
Il est revenu. Comme il était parti. Le vieux. Le sage( ?) a signé son retour. Bléhoué Aka. Le président des «sages». «Le président nous connaît. On le connaît ». Hummmm ! Sé ! Sé ! Le Brave Tché doit s’en souvenir. Les habits. On les sèche où le soleil brille.
Faux-logo a un adepte. Akwaba Bléhoué ! Le pays que vous avez balafré.
Reprend à tourner. Mais chacun devra rendre compte. Allégeance ou pas.
Coulibaly B.
