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Société Publié le samedi 31 décembre 2011 | Nord-Sud

Sécurisation d’Abidjan, traque aux faux Frci… : Une journée avec la police militaire

© Nord-Sud Par Emma
Visite de travail aux USA: le Président Alassane Ouattara a quitté Abidjan, mardi
Mardi 26 juillet 2011. Abidjan. Aéroport international de Port-Bouet. Photo: le general d`aviation Abdoulaye Coulibaly entre les commandants Tuo Fozié (g) et Koné Zakaria (dr)
Pour voir comment la police militaire, créée récemment, pour mettre fin aux agissements des faux éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) travaille, nous avons passé la journée d’hier avec l’une des équipes de patrouille.

Envie d’une balade avec la police militaire (Pm) ? Nous avons décidé de vous faire plaisir. Jeudi, nous nous rendons au 1er bataillon du génie. C’est le camp du commandant Koné Zakaria, commandant la police militaire. Il est 10 h 45 minutes et le maître des lieux est dans la cour avec son habituel treillis beige. A la vue de notre équipe et d’autres civils, il s’écrit : « sont ce des militaires ceux-là ? Alors, faites-les sortir », achève-t-il quand ses hommes lui répondent par la négative. Ces éléments, si bruyants à nos précédents passages, sont dans leurs petits souliers en présence de leur chef. Nous arrivons tout de même à décliner notre identité et à dire l’objet de notre présence. Pas de bol, les équipes de patrouilles sont déjà sur le terrain. Le lieutenant Silué, responsable de la communication de la Pm, nous conseille de revenir le lendemain.

Vendredi 30 décembre, 7h 45 minutes. Même lieu que la veille. Cette fois devrait être la bonne. La devanture du camp du génie grouille de monde. L’intérieur également. Un mécano contrôle des véhicules. Il veut s’assurer qu’ils n’ont subi aucun dommage. « Ce sont les véhicules de patrouille de la police militaire », informe quelqu’un. Nous franchissons le portail après nous être conformés aux vérifications d’usage. Dans la cour le moment est aux préparatifs de sortie. Un soldat tient un lance-roquette déjà armée et a des munitions de ladite arme en poche. Un autre est en train de s’habiller. Pas besoin de se mettre à l’abri des regards ! « Il y a du café, hein ! », invite un autre militaire. Un de ses frères d’arme qui entend l’appel ne se fait pas prier. Il file à la cuisine. Au même moment, un gendarme arrive en fredonnant une chanson propre à la formation de la gendarmerie. Il vient de la gargote !

Nous cherchons partout des traces du commandant Koné Zakaria. Intérieurement, nous souhaitons être en sa compagnie. 8 h 35, c’est l’heure du rassemblement. Point de commandant de la Pm. Le regroupement permet de faire le point des présents. Ils sont cinquante-trois éléments dont une femme. Le lieutenant Silué demande qu’on apporte les casques : ils sont de couleur blanche et estampillés PM. « Le commandant exige que vous sortiez ‘’casqués’’ », explique-t-il. « Ça (le matériel) vient chaque jour », se réjouit un soldat. Mais deux patrouilleurs auront la tête découverte parce que les casques sont insuffisants.

Deux groupes sont composés. L’un ira à Abidjan Nord et l’autre au Sud. La seconde équipe est conduite par le chef de patrouille, le lieutenant Théodore Koua du groupement tactique

2. Deux véhicules double cabine et trois engins de patrouille forment le cortège.

Les faux Frci se terrent

Cap est mis sur le nouveau camp d’Akouédo pour faire le plein de carburant. Le chef de patrouille explique que la mission devrait bien se passer. « Lorsque nous rencontrons quelqu’un en treillis avec une voiture ou une arme, nous lui demandons son ordre de mission. S’il n’en a pas, nous lui intimons l’ordre de nous suivre. Il ne doit pas y avoir de problème s’il obtempère », confie-t-il. L’officier argue que les éléments incontrôlés sont de moins en moins visibles. Le message de la hiérarchie passe, assure-t-il. Alors que nous patientons, le chef des pompistes du camp supporte mal les bouffées de cigarettes que répandent des fumeurs. « Je n’arrive pas à m’expliquer que c’est lorsqu’ils arrivent ici qu’ils se mettent à fumer », peste-t-il. Bon, les réservoirs sont pleins et les fumeurs ne pourront pas agacer le « doyen » encore plus longtemps. Le lieutenant Koua donne l’ordre de se mettre en route. Chemin faisant, les deux équipes se séparent. Nous choisissons d’aller au Sud. Le groupe est composé de trois véhicules : une double cabine et deux de patrouille. A 10 h 30, nous sommes à Marcory. Jusque-là, pas de quoi fouetter un chat. Atci, Aliodan, Remblais, etc, tous ces secteurs sont passés au peigne fin. Point d’éléments indélicats habillés en treillis ni de véhicule estampillé Frci ou non immatriculé. On s’ennuie quelque peu. Koumassi, le conducteur d’une double cabine est sommé de s’arrêter. Il montre ses pièces. Tout est parfait, il peut repartir. Puis, plus rien hormis deux tentatives de récupérer deux motos des ‘’filles’’ chargées de réguler la circulation. « Ils étaient dans le sens inverse.

Ce n’était facile de les rattraper », commente un soldat parlant des occupants des engins.

La ronde continue jusqu’à Treichville. Faut-il s’en réjouir ? Il est vrai que le Premier ministre, Guillaume Soro, a confié, mercredi, que le travail de la police militaire porte déjà ses fruits.

Mais pour nous qui sommes en quête d’action, nous voulons voir pour croire tout de même ! A Port-Bouët, la randonnée gagne en intensité. A la sortie de la cité portuaire, cinq éléments sont interpellés à un barrage. Ce n’est pas le rôle d’un militaire et ils devront s’expliquer. Les mis en cause présentent un ordre de mission signé de leur chef, le commandant Gnanago Yves Angelo. Après avoir eu ce dernier au téléphone, le lieutenant consent à libérer ses hommes et à leur remettre les deux armes qui leur avaient été prises. « Puisqu’ils ont un ordre de mission, on les laisse pour aujourd’hui. Mais ils devront quitter les lieux dans les plus brefs délais parce que ce qu’ils font-là est du ressort de la police et de la gendarmerie », explique-t-il. L’un des éléments qui était en infraction retrouve le sourire. Il cause avec des membres de la patrouille. Il semble bien les connaître puisqu’il les appelle par leurs prénoms. Pourtant, il y a quelques instants, on aurait parié que les hommes de Koné Zakaria ne l’avaient jamais rencontré. La marche peut continuer. Halte ! Des gens en treillis sont repérés. Nous sommes à l’abattoir. Les éléments interpellés essaient de justifier leur présence en ce lieu : leur base est non loin et ils sont sortis pour faire des courses. Pas suffisant pour convaincre la Pm. Nos hommes montrent des signes de résistance. Les policiers militaires leur déconseillent de faire le mariole. Ils obtempèrent, finalement.

Détermination et diplomatie

Entre temps, d’autres pensionnaires du même camp sont pris. Ils essaient de négocier. Mais en face, ils se heurtent à la détermination de l’équipe du lieutenant Koua qui ne veut qu’appliquer les instructions. D’autres éléments, ceux-là en civil, s’invitent à la discussion.

Un membre de la Pm leur demande de s’éloigner. Ils lui disent qu’ils sont des Frci. « Justement, ce sont les Frci en civil que nous ne voulons pas voir ici », tranche-t-il. Le ‘’commandant’’ des interpellés vient d’arriver. Il s’appelle Yéo. Le lieutenant lui explique que ses hommes n’ont pas respecté la consigne de ne pas être hors des camps en treillis. Le ‘’commandant’’ Yéo se défend. Il explique qu’il a demandé à ses hommes de se conformer aux ordres de l’état-major. Selon lui, ceux-ci attendent leur tour pour l’encasernement.

L’esprit de sagesse du chef de patrouille trouve la solution. « Nous ne devons pas nous humilier. Il y a trop de civil ici (imaginez tout l’abattoir et le marché d’à côté qui envahissent le périmètre, ndlr). Je m’en vais. Arrangez-vous pour enlever vos hommes d’ici. Parce que la prochaine fois, on les embarque », coupe-t-il. Alors que la discussion était chaude, une partie du groupe interpelle un autre conducteur à bord d’une 4X4 dont l’immatriculation n’est pas réglementaire. Le chauffeur confie qu’elle appartient à Alain Gouaméné, le héro de Sénégal 92. Il compose un numéro et passe son téléphone au lieutenant. Au bout du fil, l’entraîneur des Eléphants cadets. « Qu’est-ce qui prouve que vous êtes Alain Gouaméné et que la voiture vous appartient », interroge l’officier qui conseille au footballeur de se rendre à la base de la Pm avec les pièces afférentes. Ensuite, il donne l’ordre de mettre le cap sur la base. 13h 58, le cortège s’immobilise au camp du génie. Un autre véhicule, celui d’Alain Gouaméné, rallonge le cortège. Le footballeur arrive peu après pour récupérer son engin.

Les pièces étaient dans le coffre à gant. Ciel, pourquoi le chauffeur ne les a-t-il pas montrées ? Il a dû avoir la trouille. Le problème de l’ex-gardien des Eléphants en 92 est résolu. Mais celui de la Pm est loin de l’être. Ce n’est que la pause, histoire de reprendre des forces. Et, c’est reparti pour la traque !

Bamba K. Inza

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