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Société Publié le jeudi 19 mars 2009 | Le Nouveau Réveil

Mon carnet de la MACA : Le riz pénal

Samedi 29 décembre 2007. C'est l'odeur de la drogue qui me tire de mon sommeil à 6 heures du matin. La nuit a été horrible : les cafards et les souris m'avaient fait ma fête. A 9 heures, j'entends au loin, quelqu'un hurler mon nom. Mon "tuteur "m'apprend que j'ai de la visite et que celui qui crie mon nom s'appelle "un taxi". "Ce sont eux qui prennent les billets des visiteurs au greffe pour les envoyer à ceux qui ont de la visite. Un billet coûte 100 FCFA". Ce samedi, j'avais reçu plus de 20 visiteurs. Et, chaque fois, il fallait payer le "taxi", payer quelque chose à chaque barrage tenu par des prisonniers très menaçants sur le passage qui mène au greffe, payer les "accompagnateurs", avant d'être cueilli à l'entrée de ma cellule par "Django" qui m'envoyait dans la sienne et m'ordonnait: "Déclare ce qui est dans tes poches". Et quand j'hésitais à m'exécuter, il menaçait : "Si tu nous obliges à te fouiller, on prend tout ce qu'on trouve sur toi." Face à la menace, je sortais l'argent que mes visiteurs m'avaient donné et "Django" faisait le partage : un partage léonin : un quart pour moi et trois quarts pour lui et ses lieutenants. Et chaque fois, je devrais, selon lui, m'estimer heureux qu'il m'en laissa "un peu". "Si je ne te donne pas des gens pour t'accompagner au greffe, ils vont t'agresser pour arracher ce qui est sur toi. Tu risques même de recevoir un coup de couteau dans le ventre et personne n'interviendra pour te sauver". Me disait-il. Les visites ont pris fin à 15 heures. A 17 heures, on nous envoya notre "nourriture". Du riz servi dans une "poubelle" : Une horreur. Les grains sont gros comme des petits pois. L'odeur qui s'en dégage est inqualifiable. "Ici, ( me dit mon tuteur), on nous donne à manger une fois par jour : soit c'est du riz pénal, c'est-à-dire du riz avarié, soit c'est de l'attiéké pourri, soit c'est de l'igname mal cuite et non épluchée. Quand on nous sert le riz, il faut le manger très chaud. Si tu le laisses refroidir, tu ne peux plus le manger. Ça devient du poison. Quand tu le manges, tu as des oedèmes : ton visage et tes pieds s'enflent et tu ne peux plus bouger. C'est ce riz pénal qui est la première cause de mortalité ici. Donc, nous on mange pas ça". Ce riz que les prisonniers appellent la "bombe", est servi une fois par jour aux 5000 prisonniers qui jouent des coudes pour en recevoir un petit bol. Car, il n'y en a pas pour tout le monde : "une poubelle", (une demi- barrique) pour un bâtiment de 1800 personnes. Imaginez le partage. "Le riz pénal est préparé pour 1500 personnes. Or, nous sommes plus de 5000 prisonniers. Les autres prisonniers se débrouillent comme ils peuvent pour trouver à manger. Certains vont mendier devant le bâtiment des "Assimilés". D'autres se débrouillent avec les souris, les margouillats et les cafards, ou se font sodomiser par les grands bandits pour ne pas mourir de faim. En réalité, on envoie les gens ici pour les tuer. Pas pour autre chose. On nous a dit que tu es un journaliste. Pardon, si tu sors, n'oublie pas de parler de tout ce qui se passe ici. Ce n'est pas pour rien que Dieu a accepté qu'on t'envoie ici". Me dit un vieil homme qui avait toutes les difficultés du monde à avaler une bouchée de son " riz pénal ". "Quand tu avales une bouchée de ce riz pourri, ça explose dans ton ventre. C'est une vraie bombe. Comment peut-on donner cette chose à des êtres humains " ? M'interroge-t-il en me montrant le fond de son assiette noircie par le "riz pénal". Pour vérifier la dangerosité de ce "riz" et surtout pour pouvoir en parler, j'en ai mangé un peu : juste une cuillerée : ça m'a donné une angine et de violentes douleurs abdominales pendant trois jours.

J'ai passé trois jours et trois nuits dans l'enfer des souris, de l'odeur de drogue, des cafards et des bruits du bâtiment "B". Avant d'être muté, sur intervention du bâtonnier de l'ordre des avocats de Côte d'Ivoire, maître Claude Mentenon, au bâtiment des "Assimilés", le lundi 31 décembre 2007. Et c'est de ce bâtiment que je partais chaque matin pour découvrir les vraies réalités de la MACA : violation des droits de l'homme, personnes en garde à vue atrocement torturées, non assistance à personne en danger, déshumanisation, dysfonctionnements incroyables du service public de la justice, viols, pédophilie, strip-tease, rackets, formation de braqueurs, injustices, conditionnements, etc. A bientôt


Assale Tiémoko
(sosjusticeci@live.fr - 02 37 58 98)
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