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Editorial Publié le lundi 21 décembre 2009 | L’expression

L’Editorial : L’Etat, le dos au mur

Dans le far-West, le duel oppose le brave d’un côté et de l’autre, le chef des bandits. L’affrontement entre les deux, avec où sans spectateurs, se solde par la mort d’un des adversaires. Le bien l’emporte en général sur le mal ou son incarnation. C’est en tous cas ce que les films western donnent à voir à travers les écrans. Loin de la fiction, le bras de fer entre le gouvernement ivoirien et le corps médical a fait de nombreux morts. Les formations sanitaires du pays sont en effet, restées fermées depuis le mardi 15 décembre 2009 suite au mot d’ordre de grève des médecins, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes et aides-soignantes. Le personnel de santé dans son ensemble, par l’entremise de ses syndicats, exige à l’Etat la revalorisation salariale dans le cadre de l’application d’un décret signé il y a de cela plusieurs mois au profit des cadres supérieurs de la santé, la signature d’un décret portant profil de carrière des infirmiers et sages-femmes, et l’intégration à la fonction publique des filles et garçons de salle. Deux jours après le déclenchement du mouvement dans le milieu hospitalier, et l’échec d’une discussion entre le Premier ministre et les syndicats de la santé, la réponse du gouvernement tombe. C’est le recours à la manière forte sous forme d’une réquisition signée par le chef de l’Etat. Laurent Gbagbo dans cette réquisition en date du jeudi 17 décembre dernier intime l’ordre au personnel de santé de reprendre le travail avec des menaces fermes à la clé pour ceux qui ne déféreront pas : « Article 1 : sont requis pour assurer la poursuite de leurs fonctions, au lieu de leur affectation tout le personnel de la santé, fonctionnaires ou agents consensuels dont l’absence pour raison de grève sera constatée le vendredi 18 décembre 2009 au matin : Article 2 : toute personne ainsi visée qui ne défère pas au présent ordre de réquisition, qui abandonne ses fonctions, qui se soustrait ou qui tente de se soustraire à l’exécution desdites fonctions sera punie des peines d’emprisonnement et des amendes prévues par l’article 20 de la loi no 69-04 du 17 janvier 1963 ainsi visé à savoir une peine d’emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de 38.000 à deux millions Fcfa ». En moins de vingt quatre heures, la réponse est sur la place publique. Pas de reprise du travail ; pas question de se laisser intimider par la force. « S’il n’y a rien (allusion aux revendications), il n’y aura rien à l’hôpital » laissent-ils lire sous forme de slogan marquant leur détermination à l’Institut national de la santé publique (Insp) où les médecins en assemblée générale, le vendredi 18 décembre 2009, ont opté pour une reconduction de la grève par 699 voix contre 9. Le duel est donc là. Va-t-il se poursuivre jusqu’à ce qu’une partie soit complètement vaincue comme au far-West ? Dans la partie qui se joue, le gouvernement est mal inspiré. Surfant sur la reprise chez les greffiers survenue, en partie, grâce aux menaces de recrutement de greffiers ad-hoc, il a voulu jouer sur le même registre dans le bras de fer avec les médecins. Ces derniers sont motivés, et conscients qu’ils sont en position de force. Ils ont réussi à fédérer l’ensemble des corps de la santé dans une action commune. Ce qui n’est pas rien. Mieux, le personnel de santé, les médecins en tête, sait que la marge de manœuvre du gouvernement est limitée. En dehors des effets d’annonce, il sera difficile, voire quasiment impossible d’arrêter et d’emprisonner les grévistes. Une telle solution serait plus lourde de conséquence que le mal qu’il veut soigner. De plus, dans un pays où en temps normal le déficit en personnel de santé est criard, il n’est pas possible de remplacer le grand nombre en grève. Le gouvernement qui a publié une liste de formations sanitaire des forces de défense et de sécurité aux fins de soulager les populations donne tout simplement dans le pathétique : ce remède est dérisoire et ne saurait en aucune manière constituer une alternative valable aux yeux des Ivoiriens qui souffrent terriblement du mouvement d’arrêt de travail dans les hôpitaux. S’il n’agit pas au plus vite pour s’entendre avec les grévistes de la santé, le gouvernent aura très rapidement sur le dos la colère déjà perceptible des populations qui n’en peuvent plus. Certains parlent de « force qui doit rester à la loi », et s’étonnent que les cadres et agents de la santé « se rebellent » contre elle. Sous Houphouët Boigny et sous Henri Konan Bédié, médecins et enseignants, pour ne parler que de ces deux corps, ont royalement ignoré les ordres de réquisition pendant les grèves. Parmi eux, de nombreuses personnalités qui sont actuellement aux commandes.

D. Al Seni

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