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Économie Publié le mardi 16 mars 2010 | Nord-Sud

Hôtellerie : Les tarifs effraient les clients

Les clients sont de plus en plus attirés par les forfaits à petits prix. Conséquence, le secteur du tourisme s’enfonce dans la disette.

Soldes touristiques…mortels. La filière hôtelière locale a le dos au mur. Les clients prêts à claquer plus de 100.000 Fcfa pour deux semaines sous une brise marine de Grand-Bassam ou de San Pedro se comptent désormais sur les doigts de la main. Les tour-opérateurs sont dans une bataille de survie. Les hôteliers n’ont guère plus de raisons de se réjouir. En cette période de crise, ce n’est qu’en accordant des réductions élevées qu’ils parviennent à remplir un parc immense. «On n’a jamais autant marchandé à la réception des établissements», déplore Marc Saraka, gérant de «Hôtel Campeché» de Port-Bouet. Aujourd’hui, ils sont con­traints de revoir leurs offres. Qui ne baisse pas ses tarifs d’au moins 25 %, a choisi la disette : les chambres resteront vides. Selon M. Saraka, l’industrie du tourisme qui traverse depuis plus de 10 ans la plus grave crise de son histoire, ne peut pas vraiment se permettre ces baisses. Pour Léon Macré qui dirige un complexe à Yopougon-Maroc, chaque forfait signifie la mort de l’investissement.

Quand le client fixe le prix de sa chambre

«Quand on compare avec les vieux catalogues, on constate qu’il y a beaucoup de prestations qui coûtent la même chose qu’il y a 20 ans», dit-il. Une prestation qui valait 200.000 Fcfa à l’époque est aujourd’hui facturée 120.000 Fcfa. Du coup, nombre d’entreprises du secteur se retrouvent au bord du gouffre. C’est le cas de «La Berge», à San Pedro qui vient de se débarrasser de ses deux principaux dirigeants pour cause de bilan calamiteux. «Les clients ont perdu la notion du juste prix, constate Léon Macré. Quand on leur propose une nuit dans un quatre-étoiles pour 80.000 Fcfa tout compris, ils espèrent qu’on va encore baisser le prix à 50.000 Fcfa». Selon plusieurs acteurs, les complexes à bas prix représentent un désastre pour le secteur de l’hôtellerie. «Les offres exagérément bon marché deviennent la norme dans l’esprit de la clientèle et font passer les tarifs sérieux pour de l’arnaque pure et simple», peste Franck Lobognon, gérant d’un hôtel abidjanais. «A force de vouloir gratter sur tout, les clients ont obligé l’hôtellerie à supprimer 35 % de ses emplois», fait-il remarquer, ajoutant qu’il est indispensable de resserrer l’offre. Il recommande aux professionnels de ne plus brader les capacités. Mais, c’est plus facile à dire qu’à faire. Les hôteliers qui n’ont pas été retenus par les grands tour-opérateurs touchent les clients par d’autres moyens : ils vendent leurs services sur la toile ou par l’intermédiaire de prestataires au secteur. Le prix pour une nuit est ici de 25.000 à 40.000 FCfa par personne. Mais ce n’est qu’une suggestion. On peut payer plus ou moins. Claude Irié, consultant en hôtellerie croit en ce système. Se faire payer en fonction de la satisfaction des clients, ça marche à presque 100 %. Il n’a certes pas encore réussi à convaincre tout le monde d’en faire autant.

« Mais je ne renonce pas », souligne-t-il. Pour lui, contrairement à ce que les gens peuvent croire, le secteur souffre d’un grand manque de communication mais encore de la crise économique. Selon Laurence Kouamé, responsable de la réservation d’une entreprise de voyagiste, il y a un problème de prix. Les tarifs, dit-elle, sont excessivement chers. «Je pense que les hôteliers font de la surenchère. Les prix pratiqués sont hors de portée », souligne-t-elle. Conséquences, le taux de remplissage est de plus en plus bas. En dépit des nombreux sites dont regorge la Côte d’Ivoire, en effet, le potentiel touristique commence à perdre de l’éclat. De l’avis de certains hôteliers, le problème se situe au niveau de la cherté de la vie. Cette situation, affirment-ils, poussent les touristes européens à revoir leurs destinations. Ils se sont repliés. Selon beaucoup, les autorités ne font rien pour améliorer la qualité du
service notamment dans les établissements publics.

La destination Côte d’Ivoire n’attire plus les touristes

Le tourisme présente, à l’heure actuelle, un avenir inquiétant et incertain dont la solution reste entre les mains des autorités. Le pays compte énormément sur ce secteur pour relever les revenus en devises étrangères, l’emploi et la collecte des impôts, le développement régional, stimuler la croissance et réduire la pauvreté et le taux de chômage. Pour régler le problème, le ministère du tourisme pen­che plutôt vers la professionnalisation des acteurs, améliorant ainsi la qualité du service. «La qualité du service est déterminante, il faut l’adapter aux normes internationales. Nous allons nous y atteler avec la formation de niveau international en nous appuyant sur le développement du partenariat public-privé», assure un officiel. Il préconise de mettre les touristes dans de meilleures conditions. Selon certaines statistiques, la Côte d’Ivoire n’en a enregistré que 100.000 visiteurs l’année écoulée avec un taux moyen d’occupation de 34% et 100 millions de recettes brutes. A l’origine de cette baisse de la destination, d’autres facteurs sont annoncés par les professionnels. Il s’agit, entre autres, du manque de visibilité, de l’absence de promotion intérieure et extérieure, les forts taux de fiscalité liés à la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) qui ne permettent pas à la Côte d’Ivoire d’être compétitive par rapport à des destinations plus à la mode comme Dakar, Accra ou d’autres pays d’Afrique du sud. Il s’y ajoute les problèmes de financements, l’accès au crédit, l’érosion côtière entraînant la disparition des plages, la pollution des eaux, le comportement de la plupart des petits vendeurs qui, par manque de sensibilisation, font fuir les quelques «blancs» qui s’aventurent en dehors de leur hôtel, l’état de délabrement des routes, les délestages. A cela s’ajoute l’insalubrité. Impossible de faire un pas sans tomber sur un tas d’immondices malodorant ou de flaques d’eaux visqueuses causées par les pluies, un décor pas trop flatteur qui ne cadre nullement avec les photos des cartes postales ou des revues.

Lanciné Bakayoko
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