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Économie Publié le lundi 23 août 2010 | Nord-Sud

Exploitation de manganèse : Tout sur la crise qui menace d’embraser Bondoukou

© Nord-Sud Par DR
Mines et Energie : Visite du ministre Augustin Comoé sur le site de Tongon.
Première visite du Ministre KOUADIO KOMOE AUGUSTIN sur le site de Tongon,le 30 juin 2010.
Les activités de la société indienne, Taurian, qui exploite le manganèse dans le département de Bondoukou sont fortement perturbées depuis 3 ans par les populations locales. Un bras de fer qui a poussé le gouvernement à prendre plusieurs mesures récemment.

L’exploitation du manganèse, dans le département de Bondoukou, suscite de nombreux mécontentements, depuis trois ans.
Les populations directement concernées par cette vaste opération minière ont vu des centaines d’hectares de leurs plantations d’anacardes et de produits vivriers détruits par de gigantesques machines de la société indienne, Taurian. Depuis 2 ans, les victimes, désormais dépourvues de leurs moyens de subsistance vivent dans le dénuement. Des mesures de dédommagement ont été proposées par la direction régionale de l’agriculture de Bondoukou.

Les sites assiégés

Mais ces mesures compensatoires, jugées «dérisoires», ne rencontrent pas l’assentiment des habitants de Séréoudé, Bidio, Pougouvagne, Magame et Similimi, désormais décidées à se faire entendre. Plusieurs altercations ont éclaté. A maintes reprises, des hommes et des femmes ont envahi les sites miniers. Des leaders d`opinion du département n’hésitent plus à les soutenir. Le professeur Babacaud Koffi Dongo, appelé «Robin des bois» par les populations, est le premier à donner de la voix.
Il estime que la société Taurian exploite le manganèse au-delà des limites prescrites par le décret présidentiel. Au lieu de se limiter aux contours du village de Boromba, l’opérateur se serait établi autour des terres de Tatawa, jugées «plus fertiles». «Toute exploration est sujette à des règles que nous devons respecter. Le président de la République a signé un décret autorisant Taurian à explorer le manganèse à Bondoukou avec des limites précises. Mais si l’on sort de ces limites, c’est notre droit de le dénoncer», affirme le professeur Babacaud. Très vite, sa position l’oppose aux autorités préfectorales de Bondoukou. Il est recherché par la gendarmerie. De peur d’être arrêté, il quitte son village sur la pointe des pieds. La tension monte au sein des populations et les mécontentements se généralisent. Devant les menaces, Taurian est contraint de suspendre ses activités. L’argument du professeur Babacaud est rejeté par le ministre des mines et de l’énergie, Augustin Kouadio Komoé. Il affirme que «selon le code minier, l’opérateur a la possibilité d’abandonner une zone pour une autre s’il estime que la première n’est pas productive».
Un avis pas du tout partagé par le député de Bondoukou-commune, Falley Timité qui voit les travaux de Taurian sous un mauvais œil. «L’exploitation du manganèse à Bondoukou est une catastrophe. On nous a annoncé un tonnage qui devait leur servir (Ndlr : la société Taurian) pour faire des analyses. Mais très vite, ils sont passés de l’exploration à l’exploitation. C’est un non-droit», soutient l’élu du peuple.

Les griefs des populations

A ce jour, plus de soixante-dix mille tonnes de minerais ont été extraites par Taurian, selon Anand Bajla, le n° 2 de la société. Malheureusement à Bondoukou, jusque là, les populations qui ont vu leurs plantations détruites, ne sont pas encore indemnisées. Celles-ci reprochent également à l’opérateur d’avoir amorcé, il y a quelques mois, une phase d’exploitation transitoire de deux-cent mille tonnes de manganèse avant même la publication des résultats de l’étude de l’impact environnemental et de l’enquête publique du projet qui définissent les retombées pour les populations. Tout cela ne rassure pas les «Bondoukoukas» qui ont placé beaucoup d’espoir au manganèse.
Les cadres de la région, eux, disent ne pas comprendre les «actions solitaires» de suivi des activités de Taurian entamées par le président du conseil général de Bondoukou, Kouamé Sécré Richard et de ses collaborateurs. Du coup, l’action de développement cède peu à peu la place à un prisme politique. Pour certains leaders, il s’agit de défendre les populations. Pour d’autres, en quête de popularité en cette période de précampagne, l’occasion est toute trouvée pour se faire une renommée et gagner la sympathie des électeurs. Le professeur Babacaud qui, il y a des années, passait inaperçu, est accueilli et porté en triomphe aujourd’hui.
Pour désamorcer la crise qui oppose Taurian aux populations et ramener le calme, le ministre des mines et de l’énergie, Augustin Kouadio Komoé, a récemment suspendu provisoirement par arrêté ministériel, les activités de la société indienne. Une décision qui réjouit le député Falley Timité. «Je suis heureux. La situation nécessite que toute la région se retrouve pour dire ce que nous devons faire de notre manganèse qui n’a pas été découvert en 2008. Il l’a été depuis les années 50. Je suis contre cette manière d’exploiter le manganèse de Bondoukou», déclare le député Falley Timité.
Il y a quelques semaines environ, l’entrée en vigueur de cette décision ministérielle suscitait de violents affrontements qui avaient fait 4 blessés graves. Les principales victimes, des femmes et des vieillards, furent évacuées d’urgence au Chr de Bondoukou pour recevoir des soins. Une semaine après ces heurts sanglants, le chef du village de Koboko est sorti de son silence pour dénoncer «les coupables» des antagonismes. Il pointe du doigt le vice-président du conseil général de Bondoukou, Kobenan Emile, originaire de Koboko et M. Yao Eugène, responsable local de Taurian qui auraient demandé aux jeunes gens de Koboko de fermer la voie qui mène à Sapia, village du professeur Babacaud Koffi Dongo, farouchement opposé aux activités de Taurian. C’est un véritable pavé dans la mare quand on sait que nanan Koffi Aboulaye Diabagaté a tenu ces propos au cours d`un tribunal coutumier en présence du chef de la province Foumassa, nanan Dua Kobenan 2. Ce n’est pas tout. M. Gbané Sékou, président des jeunes de Koboko a également accusé, ce jour-là, le vice-président du conseil général de Bondoukou, Kobenan Emile et le responsable local de Taurian d’avoir attenté à la vie du professeur Babacaud Koffi Dongo. «M. Yao Eugène de la société Taurian et M. Kobenan Emile, proche collaborateur de Sécré Richard, ont offert vingt litres de Koutoukou (liqueur traditionnelle), deux sacs de riz, un carton de sardines, trois paniers d’attiéké et de l’huile aux jeunes de Koboko afin d’isoler et de tuer le professeur Babacaud Koffi Dongo», a-t-il chargé.

Le développement vire à la crise politique

Ces graves accusations, portées par le chef du village de Koboko, village dont est issu le vice-président Kobenan Emile, ont révolté les chefs coutumiers présents. Ceux-ci et le chef des Koulango, Dagbolo Yao Kouamé Kra somment le collaborateur du président du conseil général de Bondoukou et les exploitants du manganèse de s`expliquer.
A l’analyse, les premiers perdants de la crise sont des populations du département. Une situation qui dérange Kouamé Sécré Richard, président du conseil général de Bondoukou, chargé par le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, d’appuyer et de faciliter l’installation de la société indienne dans le département. Dès qu’il entame sa médiation, celui-ci est accusé de corruption par une partie de la population. Il s’est défendu récemment. «Je n’ai jamais reçu cinq francs de ces exploitants de manganèse. Et, je peux vous jurer que jamais je n’ai pris cinq francs de Taurian. Je ne suis pas corrompu parce que je veux être libre de mes opinions», affirme Kouamé Sécré Richard. Pour lui, l’Etat de Côte d’Ivoire a des lois qui ne peuvent être transgressées. «Tout ce que le ministre Augustin Komoé a dit, nous l’avons expliqué plusieurs fois à nos parents. Mais montées par certaines personnes, les populations ont pensé qu’il y avait d’autres solutions. Il faut que celles qui sont concernées par l’exploitation du manganèse, se constituent en un groupe afin d’exprimer clairement leurs préoccupations», recommande M. Sécré. Et de lever toute équivoque : «le sous-sol appartient à l’Etat ivoirien. Les populations dont les plantations ont été détruites par les exploitants de manganèse seront indemnisées. On ne se bat pas pour ce que la loi a déjà réglé».
De fait, le ministre des mines et de l’énergie souhaite la mise en place d’un comité de suivi composé des villages touchés par les travaux de Taurian. «Un comité de suivi sera bientôt mis sur pied pour recenser les préoccupations des populations et faire des suggestions. Ce comité comprendra trois personnes par village concerné par l’exploitation du manganèse», a indiqué M. Komoé, le mois dernier, à la résidence du préfet de région, Goun François Germain. Sa décision est loin de faire l’unanimité. Car, les populations souhaitent l’élargissement du comité de suivi aux élus, aux cadres et aux associations du département. Dès le départ du ministre de Bondoukou, le Mouvement des jeunes pour la renaissance de Bondoukou (Moreb) a ‘’exigé’’ une place au sein du comité de suivi. Sa pression a payé. Car, le poste de secrétaire général a été octroyé au secrétaire général du Moreb, Ayé Alain Raphaël.
A son tour, le député Falley Timité souhaite l’implication de tous les élus et cadres du département. «Nous élus n’avons pas été associés à cette vaste opération départementale. Le manganèse est une propriété du département de Bondoukou. Par conséquent, tous les élus ont droit à la parole afin d’exprimer les préoccupations des populations. Cela n’a pas été fait. Lorsque les parents sont mécontents, cela rejaillit sur nous tous. Nous avons été des victimes parce que des gens ont fait croire que nous avons bénéficié de pot-de-vin», renchérit le député de la commune de Bondoukou. Pour mettre fin aux mécontentements, il propose que le ministre organise une rencontre avec tous les élus, les chefs et toutes les populations. «Pourquoi pas, mettre en place un comité départemental afin de recenser les préoccupations des populations», souhaite-t-il.

Jean Michel Ouattara à Bondoukou

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