L’indignation sélective aux fins de marquer des points au FPI. Voilà ce à quoi Mamadou Koulibaly s’est adonné mercredi dernier au sortir d’une audience avec le Président Alassane Ouattara. « Mon domicile à Abidjan et à Azaguié (ont été pillées), ma famille menacée et pillée (…) si ceux qui ont les armes arrêtaient de menacer ceux qui n’en ont pas, si ceux qui sont Rhdp arrêtaient de faire peur à ceux qui ne sont pas Rhpd. Si les représentants locaux du Pdci et du Rdr arrêtaient de faire peur aux représentants locaux du Fpi… », a, entre autres déploré le Président de la dernière législature. A juste titre, il faut le reconnaître. Les partisans du Président Ouattara et les soldats des FRCI n’ont pas le droit d’avoir un esprit de revanche. Il en est de même pour les ressortissants du Nord. Il ne leur revient pas de se faire justice. Cela ne fait guère honneur au combat de Ouattara. En revanche, cela ne donne aucunement le droit à Koulibaly de présenter les faits tels qu’il les a faits. Son cri de cœur n’est qu’une indignation sélective. On pourrait penser qu’il a la mémoire courte et qu’il ignore ce qui se passe encore à Yopougon. Il a feint d’ignorer que le régime Gbagbo était une machine à produire la haine, la violence et l’impunité. Il évoque à peine qu’actuellement des miliciens, auxquelles il n’a du reste pas demandé de déposer les armes mercredi, continuent de tuer et piller des militants et sympathisants de Ouattara. Sans doute Emile Zola avait-il raison : « Les (gouvernants) oublient qu’ils ne seront pas toujours les maîtres ». Cela équivaut d’ailleurs pour le régime naissant de M. Ouattara. Au reste, l’indignation de Mamadou Koulibaly est incontestablement sélective mais aussi politique. En se présentant comme défenseur des partisans de Laurent Gbagbo, Koulibaly croit pouvoir prendre de l’avance dans l’inéluctable bataille de contrôle du FPI. Pascal Affi N’guessan, Simone Gbagbo, Sangaré Aboudrahamane, Bohoun Bouabré, Lida Kouassi etc. s’étant résolus au silence, il a profité de la tribune offerte à lui par le Chef de l’Etat pour se présenter comme Zorro. C’est vrai, cela pourrait bien compter à l’heure de la convalescence de l’ancien parti au pouvoir. Toutefois, Koulibaly est-il un vrai Zorro ? C’est à voir. Quasiment silencieux durant les quatre mois d’entêtement de Laurent Gbagbo il a évité les risques du ‘‘bunker’’. « Le premier devoir d’un révolutionnaire est de rester en vie », dit Ernesto Che Guevara. Assurément. C’est très bien, s’il est mieux loti que les autres. Il doit néanmoins descendre du nuage de ces utopies pour affronter la réalité du terrain. Comme les autres. Au lieu de tirer au flanc. Il en a encore l’expérience et l’énergie. Autrement, il est indigne de sa part d’user de la magnanimité de Ouattara pour faire des coups. Le régime de Ouattara ne saurait être un marchepied pour le contrôle du FPI. « L'Afrique a plus besoin d'hommes de conviction que d'hommes d'ambition », a déclaré Koulibaly un jour. Vraisemblablement, Gbagbo étant hors jeu, il l’a réécrite. Comme ils se ressemblent !
KIGBAFORY Inza
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