Dans cette nouvelle page de la Côte d’Ivoire qui s’ouvre avec le président Alassane Ouattara, un mot trottera sans cesse sur les lèvres : réconciliation. C’est vrai, pour reconstruire la Côte d’Ivoire, il faut que les Ivoiriens taisent leurs divergences de quelle que nature que ce soit, pour se donner la main.
Se réconcilier implique nécessairement qu’il faut se pardonner mutuellement les torts que nous nous sommes faits, faire un trait sur ce qui s’est passé et repartir, de nouveau, vers l’avant. Avec un tout autre état esprit, qui tranche avec le bellicisme. Mais, ne nous voilons pas la face. Toute réconciliation se nourrit de vérité. Elle ne sera jamais sincère si, comme on le dirait à Adjamé, on n’a pas dit « qui a fait quoi et pourquoi ? ».
C’est pourquoi, la lumière doit être faite sur tous les crimes et exactions qui ont plongé le pays dans le gouffre et occasionné, durant ces dix dernières années, plus d’un millier de morts. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les Ivoiriens ne sont pas si dupes que ça. S’il y a eu tuerie, c’est qu’il y a un mobile et surtout un ou des commanditaires.
Pour que les Ivoiriens redeviennent une « famille unie et soudée », ils ont besoin de savoir qui a commis le charnier de 57 corps découverts à la lisière de la forêt du banco à Yopougon en octobre 2000, qui a assassiné froidement le général Robert Guéï dans la matinée du 19 septembre 2002. Aussi voudront-ils savoir les responsables et les membres des escadrons de la mort qui ont lâchement abattu d’honnêtes citoyens comme Camarah Yêrêfê, Téhé Emile, Dr Dakoury-Tabley pour ne citer qu’eux… De même, les auteurs de la répression sauvage de la marche de l’opposition des 23, 24 et 25 mars 2004 doivent être connus. Au moins 500 morts ont été enregistrés.
Cette réconciliation ne sera sincère également que si toute la vérité est dite sur les exactions commises durant la crise postélectorale. On se souvient de la barbarie avec laquelle les forces pro-Gbagbo ont massacré les militants du RHDP qui marchaient le 16 décembre dernier sur la RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne). Des grenades ont même été jetées sur la foule aux mains nues, sans oublier les rafales de kalaches. Pis, les jours qui ont suivi, des hommes étaient extraits de leur domicile nuitamment à Abobo, Adjamé, Yopougon et d’autres communes d’Abidjan, pour être exécutés, par les miliciens et mercenaires de l’ancien Chef d’Etat. On n’oublie pas non plus la tuerie de 7 femmes qui manifestaient contre l’imposture de Laurent Gbagbo à Abobo, la quarantaine de personnes tuées dans un marché de cette cité, par un obus lancé par les forces pro-Gbagbo et les nombreuses tueries perpétrées à Williamsville par les hommes de Gbagbo lors de la bataille d’Abidjan. D’ailleurs, dix jours après la chute de l’ex-président, ses mercenaires libériens et ses miliciens continuent de terroriser les populations de Yopougon. On ne peut avoir distribué des armes, parfois lourdes, à de jeunes désœuvrés nourris à la sève de la haine et de la violence, instrumentalisé des étudiants pour tuer et piller, et demander au nom de la réconciliation de faire table rase sur ces dérives. Comme s’il ne s’était rien passé. Alors que des vies ont été arrachées, sans raison, des gens souillées dans leur chair et leur dignité. Ce serait une injure à la mémoire et à l’honneur de ces victimes. Réconciliation d’accord, mais vérité d’abord.
Y. Sangaré
Se réconcilier implique nécessairement qu’il faut se pardonner mutuellement les torts que nous nous sommes faits, faire un trait sur ce qui s’est passé et repartir, de nouveau, vers l’avant. Avec un tout autre état esprit, qui tranche avec le bellicisme. Mais, ne nous voilons pas la face. Toute réconciliation se nourrit de vérité. Elle ne sera jamais sincère si, comme on le dirait à Adjamé, on n’a pas dit « qui a fait quoi et pourquoi ? ».
C’est pourquoi, la lumière doit être faite sur tous les crimes et exactions qui ont plongé le pays dans le gouffre et occasionné, durant ces dix dernières années, plus d’un millier de morts. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les Ivoiriens ne sont pas si dupes que ça. S’il y a eu tuerie, c’est qu’il y a un mobile et surtout un ou des commanditaires.
Pour que les Ivoiriens redeviennent une « famille unie et soudée », ils ont besoin de savoir qui a commis le charnier de 57 corps découverts à la lisière de la forêt du banco à Yopougon en octobre 2000, qui a assassiné froidement le général Robert Guéï dans la matinée du 19 septembre 2002. Aussi voudront-ils savoir les responsables et les membres des escadrons de la mort qui ont lâchement abattu d’honnêtes citoyens comme Camarah Yêrêfê, Téhé Emile, Dr Dakoury-Tabley pour ne citer qu’eux… De même, les auteurs de la répression sauvage de la marche de l’opposition des 23, 24 et 25 mars 2004 doivent être connus. Au moins 500 morts ont été enregistrés.
Cette réconciliation ne sera sincère également que si toute la vérité est dite sur les exactions commises durant la crise postélectorale. On se souvient de la barbarie avec laquelle les forces pro-Gbagbo ont massacré les militants du RHDP qui marchaient le 16 décembre dernier sur la RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne). Des grenades ont même été jetées sur la foule aux mains nues, sans oublier les rafales de kalaches. Pis, les jours qui ont suivi, des hommes étaient extraits de leur domicile nuitamment à Abobo, Adjamé, Yopougon et d’autres communes d’Abidjan, pour être exécutés, par les miliciens et mercenaires de l’ancien Chef d’Etat. On n’oublie pas non plus la tuerie de 7 femmes qui manifestaient contre l’imposture de Laurent Gbagbo à Abobo, la quarantaine de personnes tuées dans un marché de cette cité, par un obus lancé par les forces pro-Gbagbo et les nombreuses tueries perpétrées à Williamsville par les hommes de Gbagbo lors de la bataille d’Abidjan. D’ailleurs, dix jours après la chute de l’ex-président, ses mercenaires libériens et ses miliciens continuent de terroriser les populations de Yopougon. On ne peut avoir distribué des armes, parfois lourdes, à de jeunes désœuvrés nourris à la sève de la haine et de la violence, instrumentalisé des étudiants pour tuer et piller, et demander au nom de la réconciliation de faire table rase sur ces dérives. Comme s’il ne s’était rien passé. Alors que des vies ont été arrachées, sans raison, des gens souillées dans leur chair et leur dignité. Ce serait une injure à la mémoire et à l’honneur de ces victimes. Réconciliation d’accord, mais vérité d’abord.
Y. Sangaré
