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Économie Publié le jeudi 17 juin 2010 | Nord-Sud

Vivrier : Pourquoi la tomate se fait rare sur le marché

La tomate fraîche est un produit de consommation courante. Malheureusement, le marché fait face à une pénurie. Une situation qui risque d’empirer les mois à venir.

La tomate fraîche manque sur le marché local. Les commerçantes parlent d’une pénurie observée dans les principales zones d’approvisionnement notamment à Bouaké, Korhogo, Abengourou et Agnibilékrou. «La tomate est devenue un trésor», se plaint Monique Kouamé, infirmière au centre de santé communautaire d’Abobo. Aucun marché de la capitale économique et même de l’intérieur n’échappe à la sévère pénurie. En vitesse de croisière, la capacité de production nationale de tomate fraîche atteint les 320.000 tonnes. Mais au moment de pénuries, il peut descendre à 100.000 tonnes. A Adjamé, au marché de l’Habitat-Extension, le bloc réservé à la tomate est presque vide. Quelques commerçantes seulement sont présentes. Sous les étals, des cuvettes sont gardées jalousement. «Ce n’est pas à vendre. C’est pour notre consommation», lance la vendeuse à une cliente. La conséquence du manque du fruit rouge est nette. Les prix ont pris l’ascenseur et les ménagères ne savent plus à quel saint se vouer. Aujourd’hui, en effet, il faut débourser au minimum 250 Fcfa pour avoir un tas de quatre olivettes (petite tomate oblongue et ferme). En période d’abondance, la même quantité s’échange à 100 Fcfa voire 50 Fcfa. Les grosses tomates juteuses, elles, peuvent aller jusqu’à 600 Fcfa le tas. En cause, le non approvisionnement des circuits de commercialisation.

Mauvaises conditions climatiques

Plusieurs grossistes au marché de Yopougon font remarquer que le grand carton de tomates (entre 50 et 60 kg) leur est cédé, en ce moment, à 100.000 Fcfa au lieu de 50.000 Fcfa comme à l’accoutumée. Sur les grandes surfaces, les prix sont hors de portée. Généralement, le kilogramme est vendu à 650 voir 700 Fcfa. A Sococé notamment, seules les personnes nanties continuent de venir y faire leurs emplettes. Le kilogramme vaut 1.800 F.CFA. Parfois 2000 F.CFA. Des prix qui ne vont malheureusement pas se stabiliser de si tôt. «Les prix vont encore augmenter. Mais j’espère que l’approvisionnement se normalisera dans un peu moins de deux mois», explique Valentine Oussoué, présidente de la Coopérative de produits vivriers Oussoué de Yopougon-gare. La commerçante séjourne, en ce moment à Bouaké, où elle participe à des rencontres avec les autres acteurs du secteur. L’objectif, dit-elle, est de trouver les meilleurs mécanismes en vue de faire face au déficit de production. L’initiative est louable mais elle risque de buter sur le sempiternel problème d’argent. D’autant qu’elle en appelle à l’implication vigoureuse de l’Etat. A l’occasion de la crise alimentaire, la présidente de la Coopérative des commerçantes de vivriers, Colette Irié Lou, a sollicité l’appui du gouvernement. En vain. Les 6 milliards Fcfa demandés n’ont pu être décaissés, le ministre de l’Economie et des Finances Charles Koffi Diby, ayant évoqué des problèmes de trésorerie. «Si pour le riz qui est un aliment de grande consommation, l’Etat n’a pu rien faire, il n’est pas évident que la question de la tomate soit une préoccupation», clame-t-elle. Mais, selon le président de l’Association nationale vivrière de Côte d’Ivoire (Anavici), Paul Bony, au-delà de toutes les questions structurelles, la conjoncture actuelle est presque logique. «La pénurie est tout à fait normale parce que nous sommes en basse saison. Le cycle est correcte», explique Paul Bony qui ajoute que la pluviométrie compte pour beaucoup dans la production de la tomate. Autant dire que le déficit est lié au retard des pluies qui auraient dû être abondantes en janvier-février. En fait, les caprices pluviométriques engendrent des déficits de production. En agriculture irriguée, la maîtrise de l’eau est primordiale. Pour contourner les aléas climatiques, il aurait fallu que les paysans développent, en plus de la production pluviale, une production irriguée. Certains paysans du département de Boundiali se sont essayés à cette pratique artificielle.

L’Etat impuissant

Faute de moyens, le niveau de remplissage des retenues d’eau n’a pas été satisfaisant au point que la présente campagne a pris un coup. Certains sites n’ont pu être mis en valeur. «C’est coûteux et nous n’avons pas les financements nécessaires pour faire face aux charges y afférentes», observe Nalourgo Koné. Pour M. Bony, la production à contre-saison signifie que l’accent doit être mis sur le système d’irrigation. Ainsi, les producteurs qui disposent de ressources en eau ne devraient plus être tributaires de la pluie. Face à toutes ces difficultés, de nombreux opérateurs économiques privilégient l’importation. Mais l’importation ne résout pas le problème de la cherté. Les circuits de commercialisation restent opaques et les coûts de facteurs exorbitants. «Nous sommes obligés d‘inclure nos frais de transport pour espérer réaliser des bénéfices. Quand nous le faisons, les clients trouvent que le produit est trop cher», raconte Younoussa Sidimé, un opérateur du secteur. En fait, l’activité de commercialisation de la tomate est mal organisée. Dans la plupart des cas, c’est l’acheteur qui fixe les prix. Ils ne sont pas souvent à l’avantage des agriculteurs. Ce qui les démotive. Devant ce problème, l’Etat semble impuissant. Le conseiller technique chargé du Système d’information des marchés (Sim) à l’Office pour la commercialisation des produits vivriers (Ocpv) Noel Kouablé, soutient que la libéralisation du commerce à laquelle la Côte d’Ivoire est soumise depuis 1991 ne permet pas à l’Etat d’intervenir. «La tomate ne fait pas partie des produits contrôlés et administrés par l’autorité. Dans le cas présent, c’est la loi de l’offre et de la demande », explique-t-il, avec un peu d’amertume. Le résultat est que dans les zones de production, il arrive que les tomates pourrissent, faute de marché. Cette situation est liée aux pistes qui sont impraticables au nord. En effet, l’absence de réseaux routiers dans les zones reculées, le manque de structures de commercialisation efficaces et les problèmes de conditionnement entravent la collecte régulière de la production. En avril dernier, les paysans de trois villages de Bouaké ont perdu une partie de leur récolte parce que les camions n’ont pas pu venir la chercher à cause de la boue enlisant en cette période de pluie. «Nous n’avons pas de routes. Cela est un problème pour la tomate qui est une denrée périssable. Nous sommes aussi confrontés aux difficultés de conservation, faute d’électricité et d’entrepôts adaptés», déplore Mory Coulibaly, président d’une coopérative de Korhogo. Une autre difficulté, l’impossibilité d’utiliser des produits phytosanitaires. Dans de nombreuses zones, il n’existe pas de magasins pour ravitailler les agriculteurs en intrants quand ils en ont besoin. Mais outre les problèmes d’écoulement, la tomate souffre surtout d’un manque de financement. Ces goulots d’étranglement ont contraint plusieurs producteurs, notamment, à tourner le dos à la culture ou à réduire considérablement les surfaces emblavées au profit d’autres spéculations comme l’oignon. Par ailleurs, les fortes pluies ne sont pas favorables à la culture de la tomate ; elles abîment la plante et font tomber les fleurs.

La vraie menace vient du Burkina

En outre, avec le démarrage effectif des activités de la Société de transformation des fruits et légumes (STFL) au Burkina Faso, certains paysans ivoiriens préfèrent vendre leur production à cette unité industrielle. «Ils produisaient beaucoup de tomate, mais n’ont pas d’exutoire pour écouler cette production», constate Adama Kambiré, pisteur pour la Stfl. Parce que la mévente est source d’énormes pertes pour les producteurs. Il révèle qu’au-delà de l’intégration tant recherchée, les difficultés de production et d’écoulement de la tomate justifient la raison de la démarche envers les paysans ivoiriens. A terme, il s’agit de construire un comptoir d’achat des fruits et légumes qui va booster les échanges entre les deux pays. D’une capacité de 250 tonnes par jour, l’usine installée à Lombila broie environ 50. 000 tonnes de tomates par an. En effet, la production burkinabé s’avère en-deçà des capacités d’absorption de la STFL. Aujourd’hui, en plus de la production ivoirienne, l’unité industrielle organise la filière tomate de sorte que la production s’étale sur toute l’année au lieu des trois récoltes annuelles. Les industriels ont pris l’engagement d’accompagner les paysans à produire encore plus en les rassurant de l’existence d’un marché potentiel et fiable sur lequel ils peuvent s’adosser. Une vraie menace pour l’approvisionnement des marchés ivoiriens que les autorités gouvernementales semblent minimiser. D’autres assurances ont encore été données aux producteurs par les industriels burkinabè. Les responsables de la Société de transformation des fruits et légumes (STFL) soutiennent, en effet, être en train de concocter une stratégie d’approvisionnement intégrant les préoccupations des producteurs. Malheureusement, plusieurs autres contraintes limitent la production : la pénurie foncière et les attaques parasitaires. Pour Simplice Kouassi, précédemment chercheur au Centre national de recherche agronomique (Cnra) et spécialiste de la tomate, il est essentiel de bien comprendre et contrôler les conditions ambiantes pour optimiser la croissance de cette culture. La production de tomates dépend beaucoup de la lutte antiparasitaire intégrée. Grâce à un équilibre méticuleux entre les mesures de surveillance et les contrôles culturaux, de nombreux producteurs peuvent tenir la dragée haute, en faisant une sorte de dépistage précoce. En attendant, les ménagères et restauratrices ont trouvé le moyen de contourner cette inflation de prix. Les bouillons et «sauces de terroir» sont davantage au menu. « Nous utilisons désormais la tomate en conserve pour la sauce tomate », explique Edwige, une ménagère.


Lanciné Bakayoko
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