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Politique Publié le samedi 31 décembre 2011 | Le Patriote

Révolution populaire en Cote d’Ivoire ; Le Patriote, un héros oublié ?

Pas de doute ! Tous ceux qui ont porté Alassane Ouattara au pouvoir n’étaient pas au Golf hôtel. Loin de cette « forteresse », dans les quartiers d’Abidjan, cossus ou populeux, des hommes et des femmes ont donné de leur énergie, de leur sueur, de leur intelligence, parfois au péril de leur vie, pour que la forfaiture des refondateurs ne triomphe pas du verdict des urnes. Parmi eux figurent, sans triomphalisme béat, les travailleurs du quotidien Le Patriote. Dieu seul sait, combien de sacrifices ils ont consenti pour tenir, dans la féroce bataille de l’opinion, la dragée haute, aux journaux proches de l’ancien pouvoir. Combien de gymnastiques ils ont fait, pour que le journal soit sur le marché.
Pendant près de cinq mois, ils ont travaillé dans la clandestinité, désertant leurs vastes bureaux de Marcory-Biétry, pour un trois-pièces exigu, perché eu 2ème étage d’un immeuble de Koumassi-Remblais. Qui, n’était autre que le domicile privé de leur directeur de publication qu’ils appellent affectueusement « DP ». Là, au milieu d’une foule de parents et de visiteurs privés, ils ravalent à pas feutrés les marches de l’escalier, histoire de ne pas alerter les voisins de la présence du Patriote. Sans oublier les nombreuses précautions qu’ils prenaient: interdiction absolue de se retrouver à plus de deux au balcon et surtout d’y parler politique. Quant aux réponses aux coups de fil, il leur fallait parler à voix basse ou carrément se réfugier dans la cuisine ou encore dans la chambre d’amis.
Au milieu des meubles qui ornent habituellement une maison (un salon une table à manger…), chaque rédacteur s’arrangeait, comme il pouvait, pour trouver un espace pour écrire son « papier ». Parfois, ils se coinçaient à quatre, voire cinq sur un divan de trois places. Malgré ces difficultés, ils étaient motivés, comme jamais, parce que sauver la victoire à la dernière présidentielle d’Alassane Ouattara était, pour eux, le combat d’une vie. Qu’il fallait mener avec toute son énergie et sa détermination. Et surtout, cela représentait l’abouitissement d’une lutte d’une dizaine d’années.
Et quand l’heure du couvre-feu approchait, ils débranchaient l’ordinateur qui sert à monter le journal, ainsi que l’imprimante et le disque dur qui sert à archiver les données. Direction, l’imprimerie à Marcory Zone 4, où, la finition du journal se faisait, avant de passer la nuit sur des cartons pour certains, des tables pour d’autres, au milieu d’un essaim de moustiques. Loin de leurs familles. De ceux qui leur sont si chers. La nuit est parfois longue. Trop longue même et surtout stressante. Plus d’une fois, l’équipe de nuit a manqué de se faire « flinguer » par des soldats en furie au Grand-Carrefour de Koumassi, au rond-point de Port-Bouet, parce qu’elle avait été prise dans le couvre-feu. C’est tout ça, l’aventure Patriote durant la crise postélectorale.
Bien entendu, on n’oublie pas les dix années de lutte, marquée d’abord par la bastonnade des agents du journal en septembre 2002, puis le saccage des locaux un mois plus tard. On n’oublie surtout pas ce fameux jeudi 4 novembre 2004 où dans l’après-midi, une horde de jeunes patriotes, enivrés par la haine et la violence, ont littéralement mis à sac l’ancien siège, avant d’y mettre le feu. On n’oublie pas non plus, l’agression de deux collaborateurs du journal sauvagement battus à Abobo, lors de la répression de la marche du 25 mars 2004. Ou encore l’agression de feu Kossou Jean-Marc roué de coups à Yopougon en octobre 2002, lors d’un rassemblement des Jeunes Patriotes, après avoir été reconnu comme un journaliste du Patriote par l’un d’eux. Tout cela, parce que ces professionnels ont osé apporter la contradiction à ceux qui déversaient une pile de mensonges et contrevérités sur l’actuel chef d’Etat.
Si Alassane Ouattara est au Palais présidentiel aujourd’hui, c’est parce que Le Patriote, sans doute plus qu’aucune autre structure dans le domaine précis de la presse, a porté à bout de bras, son combat pour une Côte d’Ivoire plus démocratique, plus juste et plus développée. Il est d’ailleurs le premier journal à avoir cru en lui. Envers et contre tous.
C’est pourquoi, grande est aujourd’hui la déception de ses animateurs de constater qu’après tant de d’investissement sacrificiel, tant d’énergie physique et intellectuel, le Patriote semble quelque peu rangé aux oubliettes de l’histoire pourtant si récente. C’est en tout cas le sentiment général de l’ensemble des travailleurs, qui n’ont guère pour autant cédé au découragement, continuant chaque jour de donner le meilleur d’eux-mêmes pour accompagner l’action du gouvernement et du Président de la République. L’amertume est d’autant plus grande que, depuis que l’accès au pouvoir d’Etat du RDR, aucun mot de remerciement, même pas un simple coup de fil d’encouragement, encore moins une décoration, n’est parvenu à notre rédaction. L’impression que cela laisse est que tout bouge, sauf le Patriote. Et pourtant, l’histoire des grandes batailles du monde enseigne que les héros, on ne les oublie pas…

Y. Sangaré

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