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Editorial Publié le mardi 29 mai 2012 | Soir Info

Désintoxication…

Le président de la République, Alassane Ouattara, a pris la serpillère en début de semaine dernière pour mettre de l’ordre. Il a, pour ainsi dire, désintoxiqué par un décret le gouvernement Ahoussou Jeannot en le débarrassant de son ministre de l’intégration africaine, par ailleurs médiateur pour le compte de la Cedeao dans la crise malienne, Adama Bictogo, sur qui planent des soupçons de détournement d’une partie des fonds destinés à indemniser les victimes des déchets toxiques. Le rapport qui l’accable est le fruit de l’enquête menée par la police économique, placée sous la tutelle du ministère de l’intérieur dont le portefeuille est détenu par Hamed Bakayoko en qui des personnes voient un adversaire d’Adama Bictogo au sein du Rdr. Les informations fournies par l’enquête révèlent que l’ex ministre de l’intégration africaine aurait empoché la faramineuse somme de 600 millions de Fcfa pour n’avoir simplement mené qu’une médiation entre la structure anglaise Leigh Day and Co et la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques (Cnvdt). Chose que l’accusé n’a jamais démentie. L’affaire ne date certes pas de la gouvernance de Ouattara, mais le rebondissement ces derniers jours avec le rapport de la police économique, les marches des victimes non encore indemnisées n’ont pas manqué de réveiller les vieux démons qui soutiennent qu’Adama Bictogo en a perçu beaucoup trop. Le fait pour lui de toucher 600 millions là où, logiquement et légalement, il devrait avoir 56 millions 400.000 Fcfa représentant les 20 % des 280 millions de Fcfa restant comme somme résiduelle, est manifestement «un cas de détournement de fonds». La conséquence est que les quelque 6624 victimes n’ont pu être indemnisées. «S’il y a un trop perçu, je le rembourserai» s’est dépêché de se défendre, benoîtement, Adama Bictogo dans Jeune Afrique N° 2680 du 20 au 26 mai 2012, premier à mettre ledit rapport sur la place publique, donnant le sentiment que c’est maintenant qu’il réalise le fait en tout. Le président de la République, Alassane Ouattara, qui pour avoir une idée claire et nette sur cette affaire, avait exigé que nul n’obstrue le chemin des enquêteurs, après avoir parcouru le rapport de la police qui lui a été directement transmis, n’a pas voulu se mettre un boulet au pied, en gardant dans son gouvernement un homme, partiellement «maculé par des déchets hautement toxiques» qui ont semé la mort dans le pays. Qu’il soit victime d’une cabale comme le soutiennent ses proches parce que n’ayant commis aucune faute en sa qualité de ministre de l’intégration africaine, ce qui reste à vérifier, ou qu’il soit rattrapé par son passé récent, Adama Bictogo présente aujourd’hui le portrait d’un homme totalement controversé. Comment le président Ouattara, conscient de ce que sa gestion fait l’objet d’une attention particulière aussi bien par les Ivoiriens que par les bailleurs de fonds et autres partenaires au développement, pouvait-il continuer de collaborer avec un ministre suspecté de détournement de fonds ? Face au rapport de la police, le président de la République avait le choix entre garder Bictogo à son poste au nom de leur amitié avec le risque de laisser s’amplifier la suspicion qui plane sur lui de protéger ses proches même quand leur culpabilité est avérée dans certains cas, livrer l’ensemble de son gouvernement à toute sorte de critiques de la part de ses adversaires ou le limoger afin de non seulement fermer la bouche à ses opposants sur la question, mais aussi et surtout de crédibiliser sa gestion des affaires de l’Etat. Finalement, il a fait le choix de la bonne gouvernance. En témoignent les propos du premier Ministre, Ahoussou Jeannot, qui indiquait que «Tout acte qui peut porter atteinte aux intérêts publics sera sanctionné…Tout ce qui touche à l’éthique et à la morale préoccupe le président de la République». Des questions cependant taraudent les esprits : Alassane Ouattara va-t-il s’arrêter au simple limogeage de Bictogo ou va-t-il poursuivre sur sa lancée jusqu’à faire écrouer son ancien collaborateur ?

Que fera le Chef de l’Etat si d’autres scandales venaient à éclabousser d’autres membres du gouvernement, issus, notamment des rangs du Rdr, son parti ? Alassane Ouattara va-t-il faire reprendre dans son intégralité l’enquête sur cette affaire de déchets toxiques déversés en 2006 à Abidjan, au risque pour lui de donner du tournis à certains membres de son équipe gouvernementale et à ses alliés du Rhdp dont les noms ont été mêlés à ce scandale ? Quoiqu’il en soit, la décision de mettre Adama Bictogo à la porte du gouvernement est un message fort, voire un signal retentissant quant à la fin de l’impunité, à l’endroit de tous ses collaborateurs qui seraient mêlés non pas forcément au scandale des déchets toxiques, mais à d’autres affaires aussi salissantes que celle qui a coûté son poste à Adama Bictogo.

Au-delà de la volonté du président de la République d’assainir le gouvernement, le mérite de cette décision est d’avoir été prise contre l’un des proches du Chef de l’Etat. Alassane Ouattara a commencé à donner l’exemple par son propre camp montrant ainsi que nul, qu’il soit de son bord ou non, ne peut échapper à la rigueur de la gestion des affaires de l’Etat.

Car selon Ahoussou Jeannot «la Côte d’Ivoire doit être une société de valeur dans tous ses compartiments» y compris l’entourage du Chef de l’Etat où des personnes doivent cesser de croire qu’elles sont intouchables.

COULIBALY Vamara
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