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Art et Culture Publié le mardi 4 juin 2013 | Le Patriote

Chorégraphie : L’agonie d’un secteur qui a valu des lauriers à la Côte d’Ivoire

La vie culturelle ivoirienne a été marquée, dans les années 80-90, par un regain de dynamisme du secteur de la danse et de la chorégraphie. L’on se souvient des prestations très appréciées et la qualité des danseurs et chorégraphes sortis de ces centres de formation. "Le Ballet national", dirigé des mains de maître par feu Louis Akin; l’Ecole de Danse et d’Echanges Culturels (EDEC) de inusable Rose-Marie Guiraud; le "Village Kiyi" de Wêrê-Wêrê Liking; le "Djolem", pour ne citer que ceux-là, ont donné à la Côte d’Ivoire d’écrire ses lettres de noblesse. Le pays était même devenu aussi la plaque tournante de ces arts vivants.
Mais, aujourd’hui, pour toutes ces écoles de formation aux métiers des arts du spectacle, pour celles qui n’ont pas disparu, le constat est clair. Elles broient toutes du noir. Pour les spécialistes de la danse et de la chorégraphie, cette situation pose inévitablement la lancinante question de la pérennisation de la danse tirée du riche terroir ivoirien et de relève des talents. Car, après les Georges Monboye, Martha Diomandé, Franck Olivier Oulaï et bien d’autres, sorties de ces centres de formation, et reconnus au nombre des meilleurs chorégraphes en Afrique et en Europe, le pays a encore du mal à remettre d’aplomb ces écoles, à susciter la création de nouvelles dignes de ce nom. L’on ne voit plus, non plus, des danseurs et chorégraphes de métier sortir la tête de l’eau.
L’exemple palpable de la décrépitude de ces écoles de formation est l’EDEC. Créée en 1973, par Rose-Marie Guiraud, elle a été un véritable creuset de détection et de formation de danseurs et chorégraphes de métier. La qualité de la formation et des produits sortis de cette école était de belle facture à telle enseigne qu’elle a, en son temps, rehaussé l’image de la Côte d’Ivoire, au plus haut niveau, à l’extérieur. Ce fut le cas en 1994. Cette année-là, les pensionnaires de l’école logée à la Riviera-Palmeraie ont été sollicités pour porter haut le drapeau de notre pays au festival de Memphis aux Etats-Unis. L’année d’avant, Rose-Marie Guiraud et "ses enfants" étaient au Japon. Au pays du "Soleil levant", ils ont brillé de mille lueurs.
Mais, cette école, avec l’absence prolongée de sa fondatrice aux Etats-Unis, a pris un sérieux coup de décrépitude. En son temps, la Fondation Orange Côte d’Ivoire Télécom, par le truchement d’un projet d’alphabétisation et de réhabilitation, avait tenté d’apporter un brin de sourire aux "Guirivoires". Ceopendant, cette action s’est avérée comme une goutte d’eau dans la mer, vue l’ampleur des besoins. Rose-Marie Guiraud, rentrée récemment au pays, essaie, tant bien que mal, d’assurer un fonctionnement minimum à l’EDEC. En réalité, les difficultés, au niveau de la prise en charge des pensionnaires et la rénovation des infrastructures demeurent.
Quant au Village Kiyi, il essaie de maintenir le cap. Inévitablement, les dix années de crise sociopolitique en Côte d’Ivoire ont déteint sur la politique de formation et de création du village chère aux Reines mères. Au niveau de la création, Wêrê-Wêrê, N’sérel N’djock, Pape Gnépo et les têtes de pont du Kiyi n’ont pas chômé. Toutefois, dans le cadre de la formation et de l’émergence des talents, il y a une baisse de régime dans l’émergence des talents comme par le passé. A cette réalité, la compagnie "Djolem" n’échappe pas. Lauréate de l’Oscar de la 72ème Foire internationale de Bordeaux en France, le Djolem a remporté également le 58ème Prix international de Salonique.

La danse est un langage

Que dire du Ballet national ? Cette formation pouvait tourner hors du pays pendant plus de six mois. Aujourd’hui, ces années de gloire ont fait place au désenchantement. Nombre de ces compagnies ont disparu de la scène culturelle laissant un vide difficile à combler. Celles qui résistent au syndrome de la disparition connaissent des difficultés de fonctionnement, mettant ainsi le monde de la danse et de la chorégraphie dans une léthargie sans nom. Pour les aficionados des arts de la scène, la thérapie idoine à cette léthargie est à rechercher à plusieurs niveaux. Du côté des chorégraphes et danseurs eux-mêmes d’abord. Pour eux, l’Etat doit administrer une cure de jouvence à ces écoles et centres de formation en chorégraphie. Il est impérieux de leur octroyer une subvention qui leur permette de se remettre de plus d’une décennie de bourrasque.
Outre cette subvention, des spécialistes du domaine des arts de la scène sont unanimes pour reconnaître qu’il faut canaliser la montée en puissance des danses urbaines nées du mouvement Coupé- Décalé. "Le Dance hall", "le Kpangor", " le Sanguêbê" et autres qui n’obéissent à aucune structure de pas classiques de danse ne sont enseignées dans aucune école de chorégraphie. Elles ne reposent sur aucun schéma chorégraphique codifié mais, plutôt, sur l’ingéniosité du danseur à manipuler son corps. Il faut le reconnaître, les pas de danses exécutées par Arafat, Serges Beynaud, Debordo Leekunfa et leurs danseurs ont pris le pas sur " le Gbégbé", "le Lékiné", "l’Abodan" etc. Ces dernières tirées du terroir ivoirien et qui ont été étudiées par des spécialistes d’ici et d’ailleurs. En réalité, l’exécution des danses du terroir est un mode d’expression, car la danse en elle-même est un langage. C’est en parlant ce langage gestuel que des chorégraphes ivoiriens tels que Ziké, Martha Diomandé, Monboye, Franck Olivier Oulaï, Pablo et bien d’autres ont su s’imposer en Afrique et en Europe. Parce qu’ils ont su établir la communication entre les pas tirés du terroir ivoirien et ceux de la danse classique et contemporaine européenne.

Jean-Antoine Doudou
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