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Art et Culture Publié le jeudi 6 juin 2013 | Le Patriote

Interview / Fatou Fanny-Cissé (Ecrivaine) : “Pour moi, c’est un homme, une femme”

Après avoir publié trois titres («Philtre d’amour», «Destination tendresse» et «Amour à vif») pour la collection Adoras, et “La blessure ”, un roman de jeunesse pour la collection «Lire au présent», Fatou Fanny-Cissé fait le grand saut dans la littérature générale avec une première œuvre au titre évocateur : « Une femme, deux maris », paru aux éditions CEI/Ceda. Dans cet entretien, cet enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody explique les motivations qui l’ont poussée à écrire une telle œuvre. Aussi donne t-elle, sans faux fuyants, son opinion sur les questions brûlantes de la polyandrie et de la polygamie que soulève son livre.
Le Patriote : « Une femme, deux maris ». Est-ce une histoire vraie ou le fruit de votre imagination ?
Fatou Fanny-Cissé : En la matière, la réalité dépasse la fiction. C’est une histoire qui m’avait été rapportée en son temps dans les années 2000, que j’ai mise dans un coin de ma mémoire. En fait, dans la réalité, la femme avait trois maris : un en Côte d’Ivoire, un en Guinée et un en Sierra-Leone. Et on l’a su quand elle est décédée. Car les six enfants qu’elle a eus de ces trois unions se sont fait connaître. Vraiment, j’ai trouvé cela très original. Mais, à l’époque j’étais encore dans la littérature sentimentale. Je n’écrivais pas pour la littérature générale. Néanmoins, je me suis mise à écrire le texte qui date de 2003. Et puis, tout le reste, je l’ai élaboré moi-même. J’ai libéré mon imagination, avec l’histoire du vodou et bien d’autres choses. Sinon, le socle de l’histoire est vrai et le reste, je l’ai brodé autour.

LP : Si l’histoire est vraie, pourquoi vous êtes-vous limitée alors à une femme, deux maris?
FFC : Parce que déjà une femme, deux maris, c’est choquant. Donc, raconter l’histoire d’une femme, trois maris, aurait été extraordinaire. C’est pourquoi, je me suis limitée à une femme, deux maris. Je voulais certes dénoncer le phénomène de la polyandrie, mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce n’est pas le procès de la femme. L’homme et la femme sont renvoyés dos à dos. Il y a donc tous les maux de l’homme et tous les maux de la femme.

LP : Pourtant, Penda, votre héroïne, porte sur ses épaules, tous les maux de la société pour ne pas dire la femme…
Fatou Fanny-Cissé : Je n’avais pas envie de mettre en scène une femme vertueuse. Je voulais sortir des sentiers battus. D’un, par l’originalité du thème, et de deux par justement la mise en scène d’une héroïne. C’est pourquoi, elle décède car on ne peut pas concentrer autant de maux en une seule personne et continuer de prospérer.

L.P : Mais, vous auriez pu lui donner une chance de se repentir, ne serait-ce que pour la morale ?
FFC : Dans le livre, Penda règne par les maléfices. Et qui règne par les maléfices, périt par les maléfices. Penda ne pouvait donc pas prospérer. On ne peut pas être aussi cynique et machiavélique et vivre. En tout cas, pas dans un roman. La laisser vivre aurait été faire la promotion de tous les maux qu’elle concentre.

L.P : Au-delà de la polyandrie, vous évoquez aussi les effets pervers de la polygamie. Est-ce à dire que vous êtes foncièrement opposée à cette pratique?
FFC : Je mets en évidence deux sortes de polygamie. Il y a la polygamie pauvre, incarnée par Modibo le père de Penda, qui se bat pour apporter la pitance quotidienne et pour le reste, les femmes se débrouillent pour s’occuper de leur progéniture. Et puis, il y a l’autre polygamie, schématisée par Bachir, qui a beaucoup d’argent et entretient ses femmes logées dans différentes maisons. Je ne suis pas d’accord avec le fait qu’un homme prenne plusieurs femmes. Je ne suis pas non plus d’accord avec le fait qu’une femme vase entre plusieurs hommes. Pour moi, c’est un homme, une femme. Vraiment, c’est l’idéal.

L.P : Pour autant, la polygamie est tolérée dans nos sociétés…
FFC : C’est vrai, mais il ne faut pas oublier les maux que la polygamie peut provoquer, à savoir la rivalité, la jalousie, les maléfices. Même quand on ne vit pas ensemble c’est compliqué. Parce que quand les femmes essayent de s’entretuer et qu’elles n’y arrivent pas, leurs rivalités se répercutent sur les enfants. Cela se voit fréquemment.

L.P : Toutefois, il existe des foyers polygames harmonieux où il n’y a aucun nuage...
FFC : Oui, mais il y en a combien ? Est-ce de la vraie harmonie ou une harmonie hypocrite ? Quelle femme digne de ce nom serait heureuse de partager son homme ? Autant, vous, les hommes, ne voulez pas partager vos femmes, autant nous les femmes ne souhaitons pas partager nos maris. Mais, comme la société nous oblige d’une certaine manière à l’accepter, nous essayons de tolérer cela. Sinon, ça nous fait très mal.

L.P : Avec cette histoire insolite, n’avez-vous pas choisi de choquer pour plaire ?
FFC : J’avoue que j’ai choisi volontairement cette manière d’entrée dans la littérature générale pour bousculer tout le monde, afin que le livre se fasse remarquer. Pour se faire une place au soleil, il faut savoir trouver son angle d’attaque.

L.P : Quelles sont justement vos ambitions en tant qu’écrivaine ? Conquérir le marché international ?
FFC : Non. J’écris en dilettante. Quand je me suis mise à l’écrire, c’était pour évacuer une frustration. Quand la Collection Adoras a été lancée, je me suis dit que si des amateurs écrivent, c’est que je peux m’y essayer. Et puis, quelqu’un m’a dit que je ne pouvais pas écrire parce que je n’avais pas d’expérience. J’ai voulu relever le défi. Et j’ai sorti successivement trois romans Adoras pendant trois années. Ensuite, j’ai écrit le livre «Une femme, deux maris», que j’ai conservé. J’écris parce que ça me plaît d’abord. Je suis attiré par les sujets originaux. Peut-être que le fait de regarder des films américains qui relatent des enquêtes sur des crimes compliquées m’influence un peu. Cela dit, je ne me focalise par sur des prix internationaux même si des gens m’ont confié que l’œuvre pourrait en gagner. En revanche, il est possible que mon livre soit adapté à l’écran. Cela dit, je pourrais écrire sur la politique, pas pour vilipender un président, mais plutôt pour caricaturer tous les maux de la scène politique, du parti unique au multipartisme. Car, en définitive, c’est le peuple qui souffre.

L.P : A quand votre prochain livre ?
FFC : Actuellement, j’ai deux œuvres sur le marché «Une femme, deux maris» et «Je ne veux plus que mon mari sorte» (paru chez Cercle Editions), qui est un recueil de dix nouvelles avec encore des histoires insolites et beaucoup de surprises. Mais, en même temps, je veux aussi relever le niveau des nouvelles sentimentales. J’essaie d’y mettre un peu de sujets d’actualité, comme par exemple le thème de la loi sur le mariage. A la suite de « Je ne veux pas que mon mari sorte », je suis en train d’écrire « Flagrant Délit », avec des thèmes de société. J’y évoque le tchador, en passant par la crise au Mali. Ce sera des nouvelles sentimentales mêlées à des faits de société. Maintenant, il y a mon livre que je veux écrire sur la politique.

L.P : Ce sera un essai ?
FFC : Non, plutôt une fiction. Là encore, vous aurez beaucoup de surprises comme dans «Une femme, deux maris». Vous savez, écrire sur la politique sous nos tropiques, c’est «dangereux». Donc, il faut trouver le moyen d’écrire sans choquer en faisant rire un peu les gens, mais en dénonçant les travers de la société. Et j’y tiens.

Réalisée par Y. Sangaré

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