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Côte d’Ivoire/ « Le garba »: un commerce en pleine expansion à Abengourou (enquête express)
Publié le vendredi 1 juillet 2016  |  AIP
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© Autre presse par DR
Le garba
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Le « garba » est ou la semoule de manioc cuite à la vapeur accompagnée de poisson frit, du piment, de la tomate, de l’oignon et de produit aromatisant. Sa commercialisation connait ces deux dernières années une véritable expansion dans la ville d’Abengourou. Les « garbadromes » (points de vente du garba) poussent comme des petits pains à tous les coins de rue de la « cité royale de la paix ». Mais comment s’est opéré ce boom du commerce du garba à Abengourou ? Qui en sont les artisans ? Comment opèrent-ils et que gagnent-ils ? Autant d’interrogations qui trouveront leurs réponses dans cette enquête express.

Le garba, un mets très en vogue à Abengourou

Dans des quartiers comme Agnikro, Lobikro, Plateau, HKB, Cafétou, pour ne citer que ceux-là, le garba est en vogue. Partout dans ces quartiers, vous trouverez des abris de fortune généralement aux abords des rues où des jeunes autochtones s’adonnent à la vente de ce mets dont l’activité était jadis la chasse gardée d’étrangers, notamment, les Nigériens. D’où d’ailleurs la dénomination « Garba » du nom du premier d’entre eux à exercer cette activité.

Les enseignants, précurseurs du commerce du garba à Abengourou

Ce commerce, qui n’avait pas droit de cité à Abengourou, va connaitre un coup d’accélérateur depuis deux à trois ans sous la houlette de certains enseignants soucieux d’arrondir leurs fins de mois. C’est le cas de M. Kissiédou Richard, considéré dans le milieu comme le précurseur de cette activité commerciale dans la capitale de la région de l’Indénié-Djuablin.

« J’ai commencé le garba depuis le campus quand j’y étais en tant qu’étudiant. Je me suis tellement habitué à cette activité qu’il m’a été difficile de m’en départir lorsque j’ai commencé à travailler ici à Abengourou comme professeur de collège. J’ai donc repris cette vieille habitude avec l’aide de quelques jeunes que j’ai fais venir du village », explique cet enseignant amoureux du commerce du garba.

« Je les ai installés à divers endroits de la ville et même dans certains villages environnants. Au bout de quelques temps je cède totalement l’activité à ces jeunes gens que je considère comme des partenaires. A charge pour eux de la gérer, mais uniquement à leur propre compte », poursuit-il. Ce dernier explique également que ces jeunes à qui il cède son activité vont travailler avec d’autres jeunes qui vont à leur tour s’installer à leur propre compte après cinq à six mois d’apprentissage. Ainsi, l’activité de vente du garba s’est petit à petit répandue à travers les différents quartiers de la ville d’Abengourou.

Sahouin Félix compte au nombre de ces enseignants qui ont choisi le commerce du garba comme activité secondaire pour arrondir leurs fins de mois. « Moi, j’exerce dans un établissement secondaire privé. Et comme j’avais des difficultés pour joindre les deux bouts un frère et collègue (Kissiédou Richard Ndlr) m’a conseillé le garba pour pouvoir arrondir mes fins de mois. C’est ainsi que je me suis lancé dans cette activité », explique M. Sahouin.

Ce dernier, propriétaire de deux « garbadromes », lie l’éclosion du garba à Abengourou à la cherté de la vie. « Les populations qui ont du mal à s’offrir même un repas par jour à cause du coût élevé des denrées alimentaires sur le marché jettent leur dévolue sur le garba qui coûte relativement moins cher. Avec la modique somme de 300 FCFA tu peux t’offrir un plat de garba », soutient-il.

A cette raison, il associe le chômage des jeunes qui pousse ceux-ci à s’orienter vers le commerce du garba. « La principale scierie de la ville a fermé pour cause de faillite et la plupart des jeunes qui y travaillaient sont à la rue. Le garba leur offre donc une opportunité de se faire une place au soleil », fait-il savoir.

Le garba, une solution alternative à l’emploi des jeunes

La plupart d’entre eux sont au service des promoteurs de cette activité. Ils tiennent les « garbadromes » de ces derniers moyennant une paie. « Je suis dans le garba depuis au moins deux ans. Actuellement je travaille pour un monsieur qui me reverse 10% de la recette journalière qui est de 19.000 FCFA. Je me défends avec ça », relate N’cho Fulgence, jeune déscolarisé de 29 ans. Il rêve d’obtenir son autonomie dans un futur proche afin de mieux jouir de ses efforts. Pour réaliser ce rêve Fulgence compte sur l’appui des collectivités décentralisées, notamment, la mairie pour lui octroyer les fonds nécessaires pour la réalisation de son projet.

Comme N’cho Fulgence, Koffi Lopez opère dans le commerce du garba. Mais à la différence de Fulgence, Lopez est autonome. Elève au centre de formation professionnelle (CFP) d’Abengourou, il s’est engagé dans cette activité commerciale pour pouvoir subvenir à ses besoins. « J’ai débuté cette activité pendant les vacances scolaire 2015. J’avais en tout et pour tout 30.000FCFA. Au début les choses n’ont pas été du tout facile pour moi. Mais je me suis armé de courage pour pouvoir continuer et aujourd’hui je peux dire que ça va », soutient-il.

Ce futur diplômé en construction métallique (il est inscrit dans cette spécialité au CFP), qui allie école et commerce de garba, exhorte les autres jeunes qui ont du mal à s’insérer dans la vie activité à s’engager dans cette activité, car seul le courage paye dans la vie. Aholia Séka Lionel est aussi un jeune opérateur du secteur du garba. Il soutient également être à son propre compte. « Je travaille pour moi-même. Avant j’étais à HKB. Mais du fait de la chute de mes recettes j’ai opté de venir m’installer ici au château. Ici tout se passe bien. Je ne me plein pas », assure-t-il.

Le garba, un commerce qui nourrit son homme

On peut le dire, malgré la précarité dans laquelle il s’exerce, le commerce du garba nourrit bien son homme. C’est du moins ce qu’affirment les acteurs opérateurs de ce secteur d’activité. « Dire que le garba ne rapporte pas, c’est se mentir à soi-même. C’est une activité qui nourrit son homme si on y met du sérieux », affirme le précurseur de cette à Abengourou, M. Kissiédou Richard. Le jeune Koffi Lopez ne dit pas le contraire, lui qui arrive à s’acquitter de ses frais de scolarité et à se nourrir grâce à ses économies issues de cette activité.

Aholia Séka Lionel, également jeune opérateur du secteur du garba, confirme à travers ses propos le fait que le commerce du garba permet d’assurer son existence. « Grâce à mon activité de vente de garba, j’arrive à payer mon loyer et même à envoyer de l’argent à ma mère au village lorsque les recettes sont bonnes », dit-il.

Sahouin Félix, le promoteur du « garbadrome » du Château, qui fonctionne en soirée de 18h à 22h, confirme également le côté lucratif de ce commerce avec preuves à l’appui. « Généralement ma recette journalière se situe entre 70000 et 80 000 FCFA pour un bénéfice net de 12 à 13.000 FCFA. Ce qui fait un bénéfice mensuel de 360000 à 390.000 FCFA », précise-t-il.

Le commerce du garba, on peut le dire, se porte à merveille à Abengourou au vu de la prolifération des « garbadromes » un peu partout dans cette ville qui abrite le siège du royaume Ndénian. Ce qui n’est pas fait pour déplaire aux friands de ce mets et aux promoteurs qui réalisent de bonnes affaires. Un bémol cependant à ce merveilleux tableau, l’environnement malsain dans lequel évoluent ces « garbadromes ». Vivement donc que les promoteurs de cette activité se préoccupent de cette situation afin qu’elle se pratique dans un cadre plus sain débarrassé des microbes, sources de maladies.

Réalisée par Taukla Roger Kouadio/ AIP-Abengourou

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