Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Entretien avec Mme Rannie DOUA, Directrice Générale de R Consulting: « Nous exhortons la femme ivoirienne à se lancer dans l’entrepreneuriat »

Publié le mercredi 18 avril 2018  |  Abidjan.net
Rannie
© Abidjan.net par DR
Rannie DOUA, Directrice Générale de R Consulting.


Une des communicatrices du Panel portant ‘’entrepreneuriat et économies nouvelles’’ qui s’est tenu à l’ISTC lors de la Journée internationale de la Francophonie 2018, Rannie DOUA, jeune dame entrepreneure s’était spécifiquement penchée sur les enjeux de l’entrepreneuriat féminin. Elle revient ici sur son parcours et donne quelques recettes. Entretien.

Pouvez-vous dire un mot sur vous-même ?

Je suis Mme Rannie Doua, entrepreneure, responsable de RConsulting. Nous sommes spécialisés dans l’aménagement professionnel et tout ce qui est immobilier, équipement…

Qu’entendez-vous par aménagement professionnel ?

L’aménagement professionnel consiste à répondre aux besoins de planification en termes d’espace. Pour tout entrepreneur, le besoin est réel. Quand on a besoin d’ouvrir un cabinet, on rêve à un plan d’aménagement, c’est-à-dire un bureau, un fauteuil…Après avoir fait un recrutement en ressources humaines, quels sont nos collaborateurs, les utilisateurs des bureaux, quels sont les espaces qu’ils vont occuper ? L’aménagement professionnel, c’est tout ce qui concerne le mobilier de bureau, le rangement, le rayonnage, tout ce qui est design d’intérieur…

Pouvez-vous revenir sur l’historique de la création de votre entreprise ?

Au départ, quand je suis sortie de l’école, j’ai fait pratiquement trois ans en tant que commerciale…L’entrepreneuriat, je l’ai eu par éducation. Ma mère était commerçante. Quand j’étais enfant, j’apprenais à économiser. Quand mon père me donnait de l’argent, il disait qu’il fallait utiliser une partie des ressources pour des besoins corporels et garder une autre comme épargne pour investir…Déjà à l’école, je faisais le petit commerce…Donc, après l’école et l’expérience de trois ans en tant que commerciale, je me suis dit ‘’attends, c’est le moment de se lancer’’. Cela s’est fait par intuition. Je me suis dit, c’est vrai que je suis jeune, mais j’ai un carnet d’adresses du fait de ce que je faisais quand j’étais en entreprise.

Si vous êtes employé dans une entreprise et que votre vision ne colle pas avec celle du chef d’entreprise, il y a des malentendus, des incompréhensions. Quand on va sur le terrain et qu’on revient, on dit voici la stratégie à adopter pour avoir tel marché. Le chef, souvent, ne comprend pas. Je me suis alors dit que ce qu’il fait n’est pas aussi extraordinaire, aussi difficile à faire. C’est vrai que ce n’est pas facile de sortir de l’école et vouloir s’installer de cette manière quand on n’a pas d’argent, mais je me suis dit qu’avec mon carnet d’adresses, je peux me lancer. C’est ainsi que je me suis lancée…

Après la crise de 2011, je me suis dit que c’était le moment, parce que tout était à refaire. La dernière structure dans laquelle j’étais, c’était les fournitures de bureau…J’ai regardé un peu le mode de fonctionnement et j’ai décidé d’ajouter un plus. C’est ainsi que j’ai commencé.

Et quel est ce plus que vous avez apporté ?

Ce plus, c’est de répondre aux besoins spécifiques. Parce que souvent, on a tendance à croire que l’aménagement se fait au hasard et de façon générale. Ce que nous faisons, c’est de l’aménagement sur mesure. On ne vend pas que du mobilier, on se différencie de ce qui est sur le marché. Quand on a un client qui nous approche pour commander un bureau par exemple pour le secrétariat, on lui dit oui il y a des bureaux disponibles. On lui envoie un technicien pour voir quel est l’espace aménagé pour cela. On se fonde sur l’activité de l’entreprise. En fonction de cette activité, on lui propose les meubles appropriés. Des meubles qui correspondent à son activité et à son budget. Quelque fois, des clients veulent quelque chose de luxueux alors que le budget ne correspond pas. Ou bien on veut utiliser un fauteuil qui n’est pas forcement indiqué…Or il y a des gens qui travaillent pendant 12 heures, il faut donc utiliser le fauteuil qui convient en vue de maximiser le potentiel de l’individu. Ce sont ces conseils que nous donnons et ces études que nous faisons.

Vous avez fait récemment une communication sur l’entrepreneuriat féminin, pouvez-vous nous en faire un résumé ?

J’ai encouragé mes sœurs en leur donnant des conseils, parce qu’en entrepreneuriat féminin, on a beaucoup de difficultés. Notre environnement déjà ne nous aide pas. Parce qu’on se dit que quand on est femme, on doit rester en arrière-plan. Moi-même j’ai eu ces difficultés en famille. Quand j’ai décidé d’entreprendre, mes parents ont pensé que je faisais une dépression. Ils m’ont dit : tu sors de l’école, tu n’as pas encore d’expérience, qu’est-ce que tu peux faire ? Et ce ne sont pas des exemples de réussite qu’on me présente, mais des exemples d’échec. Contrairement à ce à quoi je m’attendais. Telle personne a entrepris, elle a échoué, donc tu échoueras…On se dit que tu es jeune, tu n’as pas cette maturité-là pour assumer certaines responsabilités. Donc tu vas vers un avenir qui est incertain, ce n’est pas sûr que ça marche, sur quoi comptes-tu ?…C’est pourquoi j’ai donné la formule du ‘’PAPE’’. Pour aller à l’entrepreneuriat, il faut aller voir le ‘’PAPE’’. Parce que d’abord vous avez un rêve : je veux créer mon industrie…C’est beau, mais est-ce que tu peux y arriver ? Pour y arriver, il faut de la Passion. Ça te donne par exemple la possibilité de te réveiller à minuit et écrire quelque chose. Quand tu échanges avec quelqu’un et que tu entends une idée qui est en rapport avec l’industrie, tu la notes et tu vas à la rencontre des industriels, des spécialistes… Moi, c’est ce que j’appelle la Passion, ce stimulateur qui va au-delà du rêve. Qui t’amène à faire des recherches, à avoir des informations sur l’affaire ou l’entreprise que tu veux construire…Mais on ne s’arrête pas qu’à la passion. Sinon, on devient comme des spectateurs de football. Ils sont passionnés et c’est tout. Rien ne se construit après les cris de joie et autres euphories. Ici, il faut passer à l’action. Et pour le faire, il y a certains freins. Est-ce que les gens me font confiance ? Est-ce que j’inspire confiance ? Est-ce que ce que je veux faire va forcément marcher ? Est-ce que j’ai les moyens de le faire ? Tu dois avancer, faire des recherches, essayer d’élaborer des plans d’actions. Quelles sont les démarches à mener ? Si l’activité demande un fonds énorme, comment est-ce qu’on peut contourner cela ? Quelle est la stratégie à mener pour commencer déjà à une petite échelle et pour pouvoir t’autofinancer ? Parce que le problème qu’on a aujourd’hui en tant qu’entrepreneurs, c’est le financement. Je dis toujours à mes camarades qui viennent entreprendre ‘’qu’est-ce que tu veux faire ?’’ . Elles répondent : ‘’je veux faire le commerce mais j’ai besoin de 500 000 FCFA’’. Qui te donnera les 500 0000FCFA ? Tu veux faire du commerce, réfléchis, parce que c’est une idée…qui doit te permettre de générer des ressources. Et quand tu as en face de toi la personne à qui tu expliques et que tu ressens qu’il en éprouve le besoin, tu peux prendre son argent, parce qu’il en a besoin, pour aller chercher la marchandise. Tu n’as pas besoin forcement d’argent pour commencer. Moi c’est ce que j’ai fait au début. Puisque je n’avais aucun soutien de mes parents qui me traitaient de rêveuse…Je me suis dit que je n’ai pas de ressources, mais qu’est-ce que j’ai ? J’ai des relations qui ont des besoins, comment dois-je faire pour les satisfaire ? J’ai derrière moi des fournisseurs qui ont également un besoin d’écouler leurs marchandises. Je fais alors la médiation. Donc, je n’avais aucun franc, mais j’avais, de part et d’autre, les besoins et comment les satisfaire…Je suis passée à l’action. Et après, c’est la Persévérance. Car, par la suite, tu dois faire face à des difficultés. Moi, on me disait, ‘’les femmes ne sont pas sérieuses, parce que tu es jeune, on va abuser de ta naïveté, une entreprise ne peut pas te faire confiance pour te passer un marché’’. Ça, quand l’ivoirien lamda entend cela, il arrête. Je me suis dit qu’est-ce que ça me coute d’essayer ? Donc à chaque difficulté, il faut trouver une formule pour pouvoir avancer vers l’objectif poursuivi. Il faut surmonter les obstacles…Et après, il faut une équipe, des gens qui sont des passionnés comme toi. Il faut avoir des coaches qui croient en toi ; surtout pas des proches qui t’ont vu grandir, car comme on le dit, nul n’est prophète chez soi. Des gens t’ont vu quand tu avais peur. Ce n’est pas sûr que ces personnes-là croient en ce que tu vas leur dire. Or quand tu expliques ta vision à des gens extérieurs à toi, ils te diront c’est possible, il faut le faire. Moi ce qui m’a vraiment fortifiée dans mon activité, c’est que j’ai eu des gens qui ont déjà exercé et qui avaient l’expérience, parce qu’il y a des moments où j’ai voulu arrêter. Mais ces personnes-là m’ont permis de pouvoir passer le cap. Certains me disaient ça, ce n’est rien, nous avons dépassé ce stade-là, donc tu peux aussi le dépasser et arriver.

De façon générale, pensez-vous que l’environnement des affaires est favorable en Côte d’Ivoire ?

Je dirai que la Côte d’Ivoire est un eldorado. Au cours d’un de mes voyages, j’ai rencontré un jour un togolais à l’aéroport. Il m’a posé la question de savoir de quelle nationalité j’étais. Je lui ai répondu que je suis ivoirienne. Il m’a dit ‘’la Côte d’Ivoire, ça c’est mon pays de rêve’’. Je suis venue raconter l’anecdote à mes collaborateurs qui ont ri. Quand il a dit que la Côte d’Ivoire est son pays de rêve, ça m’a surpris et je lui ai demandé ‘’la Côte d’Ivoire ton pays de rêve ?’’. Il m’a répondu ‘’oui, je ferai tout pour me rendre en Côte d’Ivoire’’. Et il a ajouté que c’est le pays où tout le monde peut réussir en partant de rien.

Donc, c’est vrai qu’au départ, j’étais dans les interrogations, mais quand je l’ai écouté, je me suis dit qu’on ne connait pas la valeur de notre pays. Quand tu sors de la Côte d’Ivoire, tu vois l’importance, les opportunités qu’offre ton pays. Bien qu’étant sur le territoire, on ne voit pas toujours cela. On est focalisé sur les difficultés, donc on n’a pas le temps de saisir les opportunités. Sinon l’environnement économique ivoirien, quelque soit la teneur de la crise qui passe, c’est un pays d’opportunités dans tous les secteurs d’activités, car c’est un pays à reconstruire…Le secteur informel est pratiquement inexploité. A la vérité, je dirai que c’est le meilleur pays dans lequel il faut entreprendre. Il s’agit juste de connaitre son environnement, la mentalité des gens et adapter son projet à ces donnes…

Quel message pouvez-vous lancer à la jeunesse qui n’a pas toujours les clés de l’entrepreneuriat ?

Je dirai à la jeunesse d’avoir une vision, de croire en ses capacités. Aujourd’hui, ce que je dis à la jeunesse, c’est que c’est quand on est jeune qu’il faut travailler, car c’est pendant cette période qu’on a l’énergie, l’intelligence…C’est le moment pour pouvoir entreprendre et travailler pour notre pays. Si on ne le fait pas, les autres viendront le faire à notre place. On est envahi et en retard parce qu’on attend toujours l’assistance de quelqu’un. Non ! J’encourage les jeunes à entreprendre car c’est le créneau qui nourrit son homme !

Propos recueillis par DA ET HG
Commentaires


Comment