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Société Publié le samedi 24 mars 2012 | Nord-Sud

Reportage/La frontière de tous les dangers

Il faut visiter la frontière ivoiro-libérienne pour croire ou rejeter les allégations d’ « infiltrations » du pays par des mercenaires et des miliciens. Péhé-kanhouébly, dernier village ivoirien situé sur l’axe Toulepleu-Libéria, abrite l’un de ces postes de contrôle tenus par les forces ivoiriennes, à l’ouest. Description.
Pékan-barrage ou ‘’Pékan‘’, appendice au village de Péhé-Kanhouébly à 17 Km de Toulepleu, est l’une des portes d’entrée du pays, à l’Ouest. ‘’Pékan‘’ n’est pas un portail. Loin s’en faut… Le flanc de ce village adossé au Libéria offre une image déconcertante. Pour cause, il est essentiellement aménagé d’objets récupérés. Ce, même après une guerre post-électorale qui a fait trois mille morts, selon les chiffres officiels, et qui a fait rage dans cette zone forestière. Pourtant, les forces nationales en faction en ces lieux exercent dans la précarité. Au total, dix-neuf éléments issus de la gendarmerie, de la police et de l’armée y veillent au grain. Avec des moyens de bord. Le tenant des lieux, le mdl chef Jean Claude Gotta l’avait laconiquement évoqué à la tutelle, le ministre auprès du président de la République, chargé de la Défense, avant d’être renvoyé à la procédure administrative requise. Il faut que le gendarme adresse une note officielle à ses supérieurs hiérarchiques, lui avait conseillé Paul Koffi Koffi au détour de la visite qu’il a initiée sur le ‘’front‘’ ouest, le dimanche 18 mars dernier. Outre les conditions de travail le logis, l’armement, …, qui sont à revoir, beaucoup reste à faire à la frontière avec le pays d’Helene Sirleaf Johnson. Fort heureusement, des travaux de construction d’un poste d’interconnexion au réseau électrique sont en cours. Le bâtiment sorti de terre est même en finition. Ces travaux laissent présager que d’autres suivront. Il le faut, incessamment. Car, le délabrement sévit en maître-roi entre les deux pays.

Une frontière poreuse
Une piste longue de 17 km serpente à travers la forêt dense jusqu’à ‘’Pékan‘’ à partir de Toulepleu. Péhé-kanhouébly est en réalité situé à 4 km, plus à gauche du poste frontalier. Le trajet conduisant à ces destinations voisines est jalonné de gros villages. Bakoubly, Tiobly… Sur place, l’ancien poste de contrôle douanier, dispute l’autre voisinage avec un barrage de fortune. De façon virtuelle, elle dessine un portail jouxtant une portière. Dans la réalité, deux vieilles barriques rouillées, distantes de quelque cinq mètres, à vue d’œil, décrivent le portail. Un long bois de forme cylindrique est prévu, que l’on abaisse, en vue de fermer (?) la frontière. Juste à droite, la portière n’est qu’un cadre de bois, lui aussi de fortune. Un contre-plaqué visiblement récupéré, parce que badigeonné d’un bleu dégradé qui vire au vert, fait office de porte. Elle est même déchiquetée à la hauteur et pend, à peine fixée au cadre. D’ailleurs, ce sont des ficelles qui la retiennent. Passons le seuil. Derrière, à la sortie donc, en allant au Libéria, un petit hangar branlant abrite une sorte de guérite. C’est-là que se tiennent les éléments des forces de l’ordre ou de sécurité de service. L’abri ne peut contenir plus de trois personnes. Interdit de passer le check-point avec des armes ou des produits prohibés. Les soldats ont déposé leurs armes sur une tablette avant d’accompagner Paul Koffi Koffi. Une, deux minutes de marche pour passer un pont métallique, certainement réhabilité. Car, au dire des autorités ivoiro-libériennes, la passerelle a été érigée en 1960 à la demande conjointe des présidents ivoirien Félix Houphouet-Boigny et libérien William Tobman. Ne passerait pas ce cordon de fer qui veut. Et pourtant… L’anecdote racontée par un officier en dit long sur la porosité du rideau censé être de fer. « Quand on dit à un paysan ou à un jeune de rebrousser chemin, quelques instants après, on entend du bruit dans la brousse. Des fois, on retrouve ce même monsieur en train de couper du bois. Quand on lui demande ce qu’il fait, il dit qu’il est sur les terres de ses parents », se désole-t-il. L’officier croit savoir que « c’est comme ça » que des gens les « contournent » pour gagner le territoire ivoirien. Et vice-versa. La nature aurait pu s’opposer à des passages frauduleux si elle n’était pas un patrimoine que partage les deux peuples voisins. Une rivière effilée roule sous le pont et s’infiltre à nouveau dans la forêt. Elle n’est pas vraiment un obstacle puisqu’un bon saut suffirait à quiconque veut se donner du mal à la sauter. Sinon, la traversée à pied serait un jeu d’enfant.

Même négligence côté Libéria
A la descente du pont, voilà Bia, dans l’encablure de Zamu, les premiers villages libériens. Une imposante construction en dur peint de jaune trône à la sortie du passage de fer. Mais on n’y accède pas tout de go. Si les Libériens n’utilisent pas des barriques et un manche, ils comptent sur une ficelle. Pour retenir tout intrus loin de leur territoire. De couleur jaune, le fil de matière synthétique traîne à même le sol, au passage de la délégation ivoirienne. Décidément, la négligence semble la mieux partagée dans le coin. Il ne faut pas se fier à ce dispositif sécuritaire léger. Car, à la moindre velléité de pénétration de leur zone, les forces libériennes se déploient aussitôt. Elles prennent même le pont, jusqu’à son milieu. Elles en ont fait la démonstration.


Un point chaud de la crise
Le jour, une clairière illumine le poste frontalier. Mais, aux alentours c’est partout la forêt vierge. A l’entrée de ‘’Pékan‘’, des bâtiments en dur peints en jaune font face à la verdure. C’était le poste de douane… L’alignement des bâtisses dessine une cité résidentielle qu’on trouverait en ville. Pourtant, en dépit du charme qu’elles dégagent, ces maisons ne servent plus. Béantes et défenestrées, elles exhibent des graffitis. Des phrases sont écrites en français. On peut lire au fronton d’une d’entre elles, « les intellectuels de Marcory » ; une commune du sud d’Abidjan. Est-ce à dire que des riverains de cette ville sont passés par-là ? On en sait pas plus. Toutefois, des membres des forces nationales soupçonnent un « point de transit de jeunes en armes ». C’était au plus fort de la crise post-électorale, disent-ils. Un coup d’œil, même furtif, passé sur les façades des maisons l’atteste tout de suite. C’est partout des impacts de balles. A l’évidence, des échanges de tirs y ont fait rage. Tenez, le jour de la visite du ministre, un policier prend sa suite à témoin. «Vous voyez là, ce sont des traces de balles », montre-t-il une dizaine d’orifices dans un panneau routier. «Ça veut dire que ç’a chauffé ici. Des gens ont tiré sur d’autres qui allaient là-bas », tente-t-il de reconstituer les faits, en insinuant une « fuite » de « miliciens ou des mercenaires » vers le pays voisin. En effet, les trous dans la plaque métallique donnent sur le Libéria. Pour lui, « des gens tiraient à partir d’ici », a-t-il conclu, en pointant du doigt ‘’Pekan‘’. La plaque en question, à fond couleur blanc, indique la destination Côte d’Ivoire. Elle est censée donner l’indication à l’arrivant. Adossé à un poteau électrique en béton, le mât du panneau d’indication n’est plus fixé au sol. C’est au pied de cette tige métallique que part la frontière. Les autorités nationales gagneraient à ériger des dispositifs sécuritaires dignes du nom en ces lieux.
Bidi Ignace, envoyé spécial à Toulepleu

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