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Société Publié le samedi 5 mai 2012 | L’intelligent d’Abidjan

Interview du contrôleur général Désiré Adjoussou, président de la ComNat-CI : ‘’Une Kalachnikov se vend à 20.000 FCFA en Côte d’Ivoire’’

© L’intelligent d’Abidjan
Armes saisies des prisonniers sont affichés dans la cour de l`Hôtel du Golf
Le Contrôleur général Désiré Adjoussou est le président de la Commission nationale de lutte contre la prolifération et la circulation illicite des armes légères et de petit calibre ComNat-CI). Il est donc chargé de lutter contre ce fléau qui mine le développement et fragilise la paix en Côte d’Ivoire. Dans cette interview, M. Adjoussou nous indique ces méthodes pour parvenir à cette tâche difficile.

Mon Général, la ComNat a fait de l’amplification des opérations de collectes des armes une de ses priorités. A ce jour, peut-on avoir une idée précise des armes, munitions et objets connexes que vous avez collectés ?

Nous vous comprenons. C’est d’ailleurs la réaction de la majorité des personnes que nous rencontrons. Nous sommes toujours interpellés : Que faites-vous depuis ? Il y a trop d’armes qui circulent dans le pays. D’aucuns même nous traitent d’incapables. Dans tous les cas, nous positivons. C’est la preuve que le sujet intéresse tout le monde. C’est aussi la preuve que le commun des mortels estime qu’il ya effectivement trop d’armes en circulation illicites. C’est une bonne chose. La Commission doit lutter, comme son nom l’indique contre la prolifération et la circulation illicite des armes légères et de petit calibre. Tout le monde veut du concret tout de suite. On s’intéresse uniquement à la partie visible de l’iceberg. C’est normal. N’oublions cependant pas que nous sommes dans le domaine de l’illicite, c’est-à-dire des ALPC qui ne sont pas contrôlés par les Etats. Dès notre création (Avril 2009) il nous était impossible d’inscrire les opérations de collecte dans nos activités. Il fallait asseoir d’abord des bases solides, travailler avec méthode. Renforcer les capacités de certains partenaires, dans le cadre de la sensibilisation. Tout cela nous a permis de passer à l’acte depuis quelque mois. Tout est lié et tout est important. A ce jour, nous avons collecté et peu plus de 1300 armes et 260 000 munitions. Ces opérations sont réalisées avec l’inestimable appui de l’ONUCI-DDR que nous remercions vivement et avec la participation de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale, des FRCI.

Il s’agit dans la plupart des cas de collectes volontaires. Votre action est-elle uniquement basée sur le dépôt volontaire des ex-combattants ou avez-vous une méthode de réserve ?

Nous ne nous adressons pas aux ex-combattants spécifiquement, mais aux populations civiles et à tous ceux et celles qui détiennent illégalement des armes. Ces personnes nous déposent volontairement les armes en leur possession, suite à des actions de sensibilisation.

Au sortir de cette crise où la circulation des armes illicites est devenue un problème de sécurité publique, nous sommes un peu dans une période de grâce, une sorte de grâce tacite. Aussi, demandons-nous à tout détenteur illégal (sans autorisation) sans exception de venir déposer son arme. S’il veut garder l’anonymat, il peut nous joindre au 8000 04 04. Nous n’avons de méthode de réserve, mais plutôt des méthodes d’incitations au dépôt volontaire: démontrer aux populations qu’il est dangereux pour elles-mêmes de détenir une arme de toute sorte, mais aussi pour leur environnement.

Certains experts pensent qu’il faudra bien un jour ou l’autre, retirer de force les armes dans les mains de ceux qui les détiennent de façon illicite. Qu’en pensez- vous ?

Nous pensons qu’il faut faire attention. Il ne faut pas oublier que c’est un fléau que nous connaissons depuis une trentaine d’années. Pour soigner un mal, il faut en connaitre les causes profondes. C’est pour cela que nous avons commandé une étude de terrain, comme le recommande la CEDEAO au niveau de tous les pays membres. Le constat des résultats de l’enquête est sans appel. La majorité de l’enquête établit un lien de causalité entre la conjoncture économique difficile (chômage, pauvreté etc.) et les ALPC illicites, sans oublier les faiblesses de l’architecture sécuritaire et judiciaire qui entrainent un sentiment d’insécurité et de perte de confiance dans les institutions. L’arme est donc considérér à tort comme une source de revenue et d’auto défense. Comme vous le constatez, cela relève de la bonne gouvernance. Beaucoup de choses sont entrain d’être faites pour soigner le mal à la racine.

Nous à la COMNAT, notre cheval de bataille c’est une sensibilisation de tous les instants pour un dépôt volontaire. Pour la coercition, c’est ce qui s’est toujours fait en application de la loi de 98 toujours en vigueur. Nous ne disposons d’ailleurs pas de force pour se faire. Cette mission est dévolue à la Police, à la Gendarmerie, au Commissaire du Gouvernement, depuis toujours mais avec qu’elle résultat ? Nous pensons qu’il faut combiner à la fois une bonne politique de répression et une bonne politique de prévention.

Quelle sont les filières actives de trafic d’ALPC Côte d’Ivoire et surtout dans quelle zone sont-elles active ?

Nous avons, d’abord, la porosité de nos frontières. Nous n’avons pas de frontière digne de ce nom. Nous luttons contre des ALPC illégales qui sont par définition faciles à transporter, à démonter et à camoufler. Pendant la crise il y a eu la transhumance des combattants. Qui dit un combattant, dit une arme. Les poudrières, les armureries ont été cassées ou pillées. Le licite a énormément alimenté l’illicite. La fabrication artisanale est non contrôlée et devient de plus en plus performante. Les zones où il y a eu des combats, notamment à Abidjan et dans le grand ouest. Cependant, l’enquête de terrain révèle qu’on en trouve partout, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

Mon Général, selon votre expérience de la question, combien coûte une ALPC en Côte d’Ivoire sur le marché illégal ? C’est-à-dire le prix d’un AK47, d’un pistolet automatique ?

Ce n’est pas mon expérience qui compte, mais ce que l’enquête de terrain à révélée. Les prix pratiqués sur le marché, obéissent à la loi de l’offre et de la demande. Plus un produit est rare, plus il coûte cher et plus il en existe, moins il coûte cher. L’Enquête a révélée qu’une AK se négocie entre 20 000 et 40 000 FCFA et un pistolet automatique entre 10 000f et 20 000 FCFA. Ces prix très bas démontrent s’il en était encore besoin que beaucoup d’armes circulent en Côte d’ivoire.

Mon Général, à votre avis combien de temps faudrait-il pour que l’opération de collecte d’arme puisse porter ses fruits ?

Nous pensons que l’opération de collecte volontaire d’armes porte déjà ses fruits. Nous avons collecté à ce jour plus de 1300 armes et plus de 260 000 munitions, avec pour objectifs 10 000 armes jusqu’en fin décembre 2012. Même la collecte d’une seule arme lors d’une opération, nous apparait comme un succès, car c’est un pas de plus vers la sécurité.

Votre conclusion

Nous comprenons l’impatience des Ivoiriens qui souhaitent à juste titre que leur environnement soit complètement débarrassé des ALPC illicites. Je rappelle que nous sommes dans le domaine de l’illicite, que nous travaillons sur une matière facile à déplacer, à démonter et à camoufler. Les ALPC illégales circulent depuis plus de 30 ans en Côte d’Ivoire.

La répression seule n’a réussi à l’endiguer, malgré tous les efforts déployés par les forces de sécurité, souvent au péril de leur vie.

C’est une œuvre de longue haleine qui impose une synergie d’actions à la fois complémentaire et coordonnée. Nous faisons un clin d’œil aux médias pour qu’ils jouent leur partition, en nous accompagnant un peu plus dans nos actions de sensibilisation. Nous invitons les détenteurs illégaux à venir déposer les armes en leur possession. Ce sont en général des jeunes à risque, qui ont besoin aussi d’une insertion durable ou d’un appui à la réinsertion dans les tissus socio-économique du pays. Aidons-les.

Interview réalisée par Olivier Guédé

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